A chaque fait divers, le gouvernement fait voter une loi par sa majorité. Cette pratique confine à la gesticulation. Comment croire que les citoyens en soient dupes? Cette situation conduit petit à petit à déchoir de la loi toute force effective, à abaisser le parlement, in fine transformer la loi pénale en tigre de papier. Il faut revenir sur ce phénomène pour en comprendre tout son sens mais aussi répondre à une question lancinante: comment des politiques peuvent-ils s'adonner à ce petit jeu?
Le pouvoir magique de la Loi
Dans notre démocratie parlementaire la Loi est un élément fondamental du puzzle de notre Etat de droit. C'est aussi le canal par lequel s'exprime le plus directement la volonté du peuple, même si cette volonté ne s'exprime que tous les cinq ans....
La mode sondagière et la fascination télévisuelle substituent dorénavant le vote. Il est sûr qu'ils sont plus facilement manipulables notamment en utilisant le registre de l'émotion. Il en sort une cascade de projets de lois ( notamment pénales) , de normes dont on pense qu'ils vont façonner un nouveau citoyen : changer son comportement par la multiplication des interdits.
La loi ou son accumulation aurait un pouvoir magique: elle pourrait, par son édiction, combattre et anéantir la maladie mentale, re programmer les affects, susciter des comportements vertueux, garantir le risque zéro vis à vis de la nature et des phénomènes humains et de la violence...
Nous sommes là dans une croyance totalement héritée de la vulgate libérale où règne en maître l'homo economicus qui décide de sa vie en fonction de choix économiques rationnels : si on lui pose un interdit, il va le respecter parce qu'il saura qu'il lui en coutera plus cher s'il ne respecte pas. Sorte de démiurge qui fait fi de toutes les contraintes matérielles, psychologiques et de sa condition de mortel.
Ainsi l'on a accru les pénalités pour toutes sortes d'infractions qu'elles soient criminelles ou délictuelles...
Le résultat n'est pas au rendez vous malgré les manipulations statistiques.
Comme la main invisible du marché, la loi devient une croyance et endosse un pouvoir magique que l'on croit pouvoir faire partager au citoyen pour en faire un être au comportement rationnel et docile.
Une loi, un nouveau spectacle
La cadence éruptive à laquelle on édicte ces textes de lois traduit évidemment leur inefficacité. Le moindre bon sens voudrait que l'on qualifie cela d'impuissance mais l'habilité médiatique va consister à en faire un spectacle. Le spectacle de la réactivité: voyez comme nous sommes bons, comme nous réagissons vite: à chaque fait divers on vote une loi... C'est confondre gouvernement et gesticulation.
Ce qui compte n'est plus le résultat, de toute manière on a déjà truqué les chiffres et leurs méthode de collation... Ce qui compte c'est le spectacle.
Un reportage bien scandé, dégoulinant et finalement humiliant pour les victimes, ou des policiers triés sur le volet qui en citroen Xsara serigraphiée poursuivent le délinquant forcement la nuit, forcément dans une banlieue que l'on nomme zone de non droit...au détour d'un périphérique.
Les spectacle s'arrête à cette image avec la déclaration d'un ministre nous présentant au choix: un nouveau texte sur l'enfance délinquante, sur les criminels sexuels, sur les étrangers en situation irrégulière, sur le Roms, ou tout à la fois....
Ce spectacle sert de diagnostic, il invalide en lui même le travaux des professionnels, des équipes sur le terrain ( que ce soit des policiers ou des soignants ), le travail au quotidien de tout le monde: seul compte le haussement de menton.. qui implique que de toute manière, force doit rester au pouvoir exécutif, force doit rester à sa loi.
Plus tard, il se trouvera bien quelques exécutants zélés qui nous expliqueront à longueur d'antenne: " que c'est le seul choix possible, qu'il faut reformer": c'est à dire détruire l'expérience professionnelle accumulée, désorganiser le service public en question pour lui substituer une solution précaire dictée par l'appétit du privé: L'on aura droit alors aux prisons privées, aux vigiles privés, aux citoyens apprentis policiers, aux voisins vigilants, à la vidéo surveillance et à ses contrats de maintenance mirifiques..etc..
Finalement le spectacle paie... mais il oublie une chose essentielle: la dureté du réel, celle qui aboutit à laisser les mafias régler leurs compte à Marseille, à laisser tranquille celles qui détiennent les réseaux internationaux de trafic de stupéfiants et qui font régner leur ordre dans les cités, etc..
Ainsi, depuis dix ans, la loi spectacle ne quitte pas les spots lights mais à force de devenir aussi omniprésente, il s'insinue comme un doute...Est ce vraiment la solution....?
Il faut revenir aux fondamentaux de la République sociale pour s'apercevoir de la supercherie: Une Loi n'est efficace qui si elle s'adosse à une politique publique. C'est à dire une politique qui contextualise la solution légale..et appréhende se dimensions sociales, culturelles et économiques...dans une durée. Or la seule politique mise en oeuvre fut celle de l'immédiateté, du profit notamment par la création d'une industrie de la punition.
Il est temps de mettre un terme à ces dérives qui nous conduisent vers de nouvelles barbaries et nous éloigne de la démocratie.