Le Fric-Frac de la République

Nous avons connu les années béton et autoroutières du pompidolisme et du giscardisme finissant, assorties de ces célèbres diamants et avions renifleurs, les années fric du mitterrandisme reformé avec Urba mais aussi Elf Aquitaine, puis, la généralisation du conflit d’intérêts, la fin de la séparation de l’argent public et de l’argent privé avec le chiraquisme et enfin, la spéculation financière et les paradis fiscaux du sarkozysme triomphant... Maintenant, avec l’affaire Cahuzac, nous sommes entrés dans des pratiques corruptrices trans-partisanes qui partent des cercles du Front national jusqu’à la gauche de gouvernement. 

Nous avons connu les années béton et autoroutières du pompidolisme et du giscardisme finissant, assorties de ces célèbres diamants et avions renifleurs, les années fric du mitterrandisme reformé avec Urba mais aussi Elf Aquitaine, puis, la généralisation du conflit d’intérêts, la fin de la séparation de l’argent public et de l’argent privé avec le chiraquisme et enfin, la spéculation financière et les paradis fiscaux du sarkozysme triomphant... Maintenant, avec l’affaire Cahuzac, nous sommes entrés dans des pratiques corruptrices trans-partisanes qui partent des cercles du Front national jusqu’à la gauche de gouvernement. 

 

Cette permanence des affaires structure notre vie politique.

 

Affaires auxquelles il faut rajouter les divers scandales sanitaires et agro-alimentaires dont les ressorts sont toujours de l’ordre de la prédation ou bien  les  affaires redondantes  qui tournent autour des pérégrinations sexuelles  d’un  candidat  qui était préprogrammé pour l’investiture socialiste...

 

L’argent, la politique, le pouvoir, (le sexe on verra plus tard),  cette association est banale depuis le début de l’humanité... Dans la course au profit immédiat, la prédation va souvent de paire avec des discours bien lénifiants sur l’égalité républicaine.

Mais,  par la rotation rapide de ces affaires dans l’actualité et la frilosité de la plupart des propositions politiques, il faut  bien se rendre à l’évidence, c’est une  bonne part de nos illusions sur la République exemplaire qui disparaît. 

 

L’affaire Cahuzac fait système, car si l’on pouvait reprocher sa proximité avec les milieux d’affaires à l’ancien président de la République, celui-ci ne faisait pas mystère de son appétence pour le luxe  et le fric. Jérôme  Cahuzac est quant à lui dans un univers politique différent, membre du gouvernement socialiste et chargé de rétablir un peu d’égalité devant l’impôt dans ce pays!!!

 

Toutes ces histoires ne sont pas des itinéraires personnels. Si elles révèlent la faiblesse des hommes, elles soulignent l’inadaptation de nos structures de contrôles et de contre pouvoirs dans ce pays...

 

Il est inutile de donner un « coup de balai», si ce n’est uniquement pour remplacer des hommes. 

Il est utile d’avoir en ligne de mire des évolutions constitutionnelles en évoluant vers la 6 ème République. Mais quelle République... ? Démocratique et sociale ou bien  autoritaire et technocratique ?  Et encore, faut-il s’entendre sur chacun de ces termes.

 

Il y a donc deux temps de réponses nécessaires à notre malaise politique

 

1°) Restaurer immédiatement les contre pouvoirs et organes de contrôle.

 

Il faut rendre gré au pouvoir actuel de ne plus interférer dans la destinée des  récentes affaires médiatiques traitées par l’autorité judiciaire. Cette attitude peut changer au gré des gouvernements et du contexte. Il est donc plus qu’urgent de mettre en place de solides processus pour garantir l’indépendance à l’autorité judiciaire (voir notamment http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/030413/independance-de-la-justice-encore-un-effort-m-le-president).

 

Mais il serait souhaitable de restaurer dans leurs fonctionnalités, les autorités de contrôle. Restaurer les Chambres Régionales de Comptes dans leurs capacités de contrôle des collectivités territoriales, améliorer leurs connections avec les autorités de poursuites pénales, mais aussi remettre  en état de fonctionner les services de la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) que le sarkozysme avait amputé sous prétexte de RGPP,  recruter au sein de l’inspection du travail etc.

Car il est une certitude: les récentes affaires n’ont pas été signalées, ni par le service central  de prévention de la corruption (SCPC), ni par les services de lutte contre la corruption au niveau européen. Qu’est devenu l'appel de Genève de 1996, qui appelait la justice européenne à s’armer mieux contre la corruption et les paradis fiscaux?

La liste est encore longue, et passe inévitablement par le renforcement budgétaire et statutaire de la police judiciaire dont le rattachement à l’autorité judiciaire doit être programmé.

 

2°) Pour une 6 ème République, un changement de moeurs politiques.

 

 

Tout le monde appelle de ses voeux une nouvelle République c’est à dire surtout un nouveau cadre institutionnel.

 L’association C6R crée en 2001 a fait des émules...Mais il est dur pour une oligarchie politique de se faire hara-kiri. Il suffit de voir les lenteurs que prend le vote  d’un texte sur le non cumul de mandats...

 

Il en faudra sûrement plus que le cas Cahuzac pour y parvenir...Et si une manifestation  citoyenne est prévue le 5 mai pour l’élection d’une Constituante, cette perspective devrait nous conduire à revisiter notre  histoire depuis la Révolution de 1789. (A ce propos deux références: http://gillemin.blogspot.fr/2011/11/tous-les-videos-de-henri-guillemin-sur.html, http://www.lafabrique.fr/catalogue.php?idArt=705).

 Il y a bien dans ce pays une certaine continuité des moeurs politiques qu’une République doit dompter à défaut de disparaître: le clientélisme.

 

Le clientélisme à la petite semaine mais qui s’est généralisé: emplois, urbanisme, marchés publics tronçonnés dans les collectivités locales, et dont l’électeur est parfois content de bénéficier…

Clientélisme dans sa version moderne de cet art de gouverner et d’éteindre tout débat démocratique à savoir les  lobbies qui interviennent certes devant la représentation nationale mais plus sûrement dans l’opacité de la gouvernance européenne. Il est parfois difficile de distinguer  avec certitude cette activité du trafic d’influence.

 

 

Il semble que si le double mensonge de Jérôme Cahuzac se confirme tout à la fois   sur l’existence de comptes dans les paradis fiscaux et maintenant sur le montant des sommes concernées, le  risque  est de voir se télescoper tous ces éléments pour n’en faire plus qu’un: un Fric Frac généralisé sous le couvert de la République mais aussi une effraction de notre  République qui est notre bien commun.

 

 A défaut de réelles garanties contre la corruption et d’évolutions institutionnelles,  selon la célèbre réplique d’Arletty, ce seront les citoyens que l’on aura pris pour des « caves».

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