Un dimanche sur la côte.

Billet d'humeur d'un syndicaliste et juriste pour l'Etat de droit


Il faisait chaud et beau ce jour du 23 avril 2017, un léger vent marin envahissait les criques et l’horizon devenait cotonneux , le cap Creus avait disparu au lointain.
Ma voiture cahotait sur la route sinueuse de Cerbère, il ne manquait plus qu’un bureau de vote a contrôler.
Depuis Argelès et tout le long de la côte rocheuse j’en avais fait un nombre incalculable.

Après une carrière professionnelle et militante bien remplie je devais ce dimanche assurer l’effectivité de la règle de droit au service de la démocratie.
Belle mission à laquelle j’avais adhéré rapidement lorsque le Conseil Constitutionnel l’avait demandé.
Forte participation, le scrutin se déroulait bien. Quelques questions habituelles..L’image d’un pays pacifié..
Pourtant ça et là on sentait les échos du tumulte près à  se réveiller.
Quatre candidats au coude à coude, dont l’une avait pour tradition historique le fascisme.
Les autres avaient été avalés par les médias.

Le dernier bureau de vote de Cerbère, moments irréalistes en face de la plage de galets dans ce petit bourg oublié au sud du territoire.
Echanges aimables sur la taux de participation dans une atmosphère un peu moite.

L’histoire me revenait, celle de Walter BENJAMIN qui était mort non loin de là, en septembre 1940.

Toute ma vie syndicale et politique a été un combat pour la devise de la République: Liberté, Egalité, Fraternité..Mais surtout la liberté, celle d’analyser, de contester, d’accepter aussi, de se relever aussi, d’écrire, de s’exprimer.
Je sais aujourd’hui que l’Etat qui s’est construit  est devenu un léviathan en cage et que ce ne sont pas mes pages du code civil annotées  et gribouillées qui seront un rempart contre ce populisme autoritaire que je pressens arriver.

Oui, par pure démagogie, ils ont construit cet état sécuritaire en laissant entre les mains d’un seul toutes les opportunités d’en abuser et d’en jouir.

Pure folie…

Tout le monde accepte l’idée de voir, lors du  deuxième tour, la présence de la fille du père et ses idées pseudo sociales mais vraiment autoritaires et étroitement nationalistes.

Vais je par dépit, ne rien faire ?

Que puis je y faire, continuez à dire, écrire peut être,  mais sommes nous encore dans une ère de la réflexion ?  Si c’était le cas nous n’en serions pas là.

Au bord du gouffre, démocratique, écologique, social, économique.. tout à la fois ..contemplant notre extinction..tels des vestales de la société de consommation en délire

Voter il ne reste plus que cela au terme de 20 ans de militantisme syndical et associatif, voter une fois, deux fois…. Illusions des luttes collectives devenues d’un seul coup pauvres d’un bulletin de quelques centimètres carrés.

Vote futile et vote necessaire .





Il  me reste à faire une escapade à Port Bou sur les derniers pas de Walter BENJAMIN..

Devant ce bloc de pierre il est question de barbarie, je préfère quant à moi cette citation de Walter : « Les mouvements de masses, en premier lieu la guerre, représentent une forme de comportement humain qui correspond tout particulièrement à la technique des appareils.
 Les masses ont le droit d’exiger une transformation du régime de la propriété ; le fascisme veut leur permettre de s‘exprimer tout en conservant ce régime. Son aboutissement logique est une esthétisation de la vie politique. […]
Tous les efforts pour esthétiser la politique culminent en un seul point. Ce point est la guerre. »


Se méfier des appareils, des guides suprêmes, de l’avant garde éclairée, celle-ci ne travaille qu’à sa propre domination..
Tous les messages politiques ont été savamment brouillés lors de cette campagne, à la recherche d’un esthétique du langage qui se veut populaire, mais cache un rêve de pouvoir absolu.

20 heures, le résultat du premier tour est ânonné par la radio .


Il est loin le rêve d’une démocratie participative, d’expressions citoyennes locales et de pouvoir horizontal citoyen..Ce schéma de société n’est même plus évoqué..

La  démocratie devrait se confondre dans la masse qui  aurait  toujours raison parce que correctement manipulée, on nous promet moults référendums, instruments bonapartistes par excellence. Erdogan fonctionne à coup de référendums avec 30% ( au moins) de sa fonction publique en taule, les corps intermédiaires à dégager !…Poutine, Trump, Orban, j’en oublie, il semble que le sanguinaire soit aussi la mode au Vénézuela en ce moment.

Voilà le contexte,

Le projet: instaurer une démocratie restreinte en France, illibérale : ( ttps://www.franceculture.fr/emissions/le-tour-du-monde-des-idees/democratie-illiberale-2-le-refus-des-controles-constitutionnels)

Bien évidemment je suis contre,  au cours de ces décennies nous avons pu asseoir le concept d’Etat de droit, j’y ai participé

Voter pour qui, je le sais, il n’y a pas de doute, je voterai contre la seule femme de ce scrutin.

Dommage pour les femmes.

Pour cela il n’y a qu’une seule solution: mettre l’autre bulletin dans l’urne, et jeter celui de la fille blonde dans la poubelle de l’isoloir pour le moment, les poubelles de l’histoire, plus tard..

Il faut toujours espérer.

GS syndicaliste

Nb: les commentaires sont fermés, je n'ai pas la prétention d'imposer mes vues a qui ce soit, je suis encore moins un guide de la pensée. Par ailleurs, je pense que pour une honnête discussion il faut connaître l'identité de celui qui vous parle, en ce sens avec tous ces pseudos, internet est devenu une falsification de débats.

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