Et vous, quelle est votre ligne rouge?

Mettons les gilets de côté. Oublions le mouvement, les raisons de la colère. Détachez vous et observez comme si on était en train de parler d'un autre pays. Attachez vous aux faits, indiscutables. Vous n'avez plus le droit de ne pas voir ce qui est en train de se passer ici. Cet article s'adresse à celles et ceux qui ne voient pas le naufrage vers le totalitarisme de notre gouvernement.

Cet article s'adressant à des gens non convaincus, j'ai volontairement choisi une grande variété de sources pour éviter l'argument "non mais ça c'est de la propagande de gauchistes". Je me suis concentré sur tout ce qui était factuel, qui peut être le moins criticable possible. J'essaierai de mettre à jour avec la suite des événements. Vous êtes libres de partager cet article avec qui vous voulez, de le transformer, le compléter, le retoucher comme ça vous chante, de vous l'approprier sans faire de référence à ce site (à nouveau, le risque de partager un lien "mediapart" est que l'article ne soit pas lu parce que "bouh, les vilains gauchistes").

Hier encore j'ai entendu un ami me dire (à propos du mouvement des gilets jaunes) : "ça ne me touche pas, c'est manipulation contre manipulation". Ou similairement "je suis ni pour l'un, ni pour l'autre, sans avis".

Ok, admettons que depuis le temps vous ne voyez pas la raison du mouvement. Vous pensez (et certainement avec raison) qu'il y a une guerre de la com' des deux côtés.  Mais mettons entièrement les gilets jaunes de côté. Oublions le mouvement, les raisons de la colère. Détachons nous et observons ce pays comme si on était en train de parler d'un autre pays, donnez lui le nom que vous voulez, et indépendamment de la guerre de com', attachez vous aux faits. Vous n'avez plus le droit de ne pas voir ce qui est en train de se passer ici.

Le problème des informations en continu, c'est le même que pour la fable de la grenouille : on s'habitue peu à peu à tout sans voir le moment brusque du passage vers un régime totalitaire. "Si j'ai accepté ça, finalement ce nouveau truc n'est pas si scandaleux".

Il faudrait vraiment se poser la question avant tout : pour vous quelle est la "ligne rouge", ligne à partir de laquelle selon vous l'état n'est plus une démocratie et rentre dans un régime autoritaire. Dit différemment, pour les pays que vous considérez comme totalitaires/autoritaires, pourquoi les considérez vous comme non démocratiques ?

Voici quelques exemples, commencez par essayer de vous positionner dessus. N'hésitez pas à en proposer d'autres.

  1. Des violences physiques du gouvernement contre la population ?
  2. Des mensonges du gouvernement sur ces violences ?
  3. Des mises en garde lancées par des associations liées aux droits humains ?
  4. Une fusion du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire ?
  5. Des tentatives de musellement de la liberté de la presse ?
  6. Le fichage d'opposant·e·s politiques ?
  7. Des attaques sur le droit de manifester ?

 

Maintenant regardons ce qu'il se passe en France :

Des violences physiques gouvernementales ?

(attention certains liens sont durs à voir)

Des mensonges du gouvernement sur ces violences ?

  • Castaner, "pas d'attaques policières sur les gilets jaunes" (Orange News)
  • Macron, "pas de morts liés aux actions policières" (France Soir)
  • Nunez "vidéos à l'appui, il n'y a pas eu de tirs de flashball" (Huffington Post)

Des mises en garde lancées par des associations liées aux droits humains ?

  • La commission des droits de l'homme (France) : (CNCDH)
  • La commissaire aux droits de l'homme (Europe) : (COE)
  • Amnesty
  • Le commissariat des droits de l'homme (ONU)

Une fusion du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire ?

  • Macron désigne lui même le procureur de Paris (JDD)
  • Les préfets peuvent maintenant interdire à des personnes de manifester sans l'aval d'un·e juge (Le Monde)
  • Matignon à l'origine de la perquisition chez Médiapart (Huffington Post)

Des tentatives de musellement de la liberté de la presse ?

  • La loi sur le secret des affaires critiquée par une vingtaine de sociétés de journalistes (y compris le Figarole Monde, le Point, France 3, BFM TV, l'AFP etc) (Le Point)
  • La presse expulsée de l'Élysée (Europe 1)
  • Le procureur de Paris tente de perquisitionner les locaux de Mediapart (L'Express)
  • Des journalistes agressé·e·s par les forces de l'ordre pendant les manifestations (Le Figaro), d'autres dont le matériel se fait détruire (twitter)

Le fichage d'opposants politiques ?

  • Le procureur de Paris demande à ce que les interpellations même pour des faits non constitués soient notées sur le casier des antécédents judiciaires de la personne (Le Canard Enchainé, texte complet)
  • Les RG ressuscités pour ficher les leaders des gilets jaunes (Le Canard Enchainé 23 janvier)
  • 150 gilets jaunes mis sur écoute téléphonique et espionnés sur internet (France Soir)

Des attaques contre le droit fondamental de manifester ?

  • Des arrestations préventives dont nombreuses sans raisons (l'Express)
  • Une loi dénoncée pour ses atteintes à la liberté de manifester (y compris dans la majorité) (France Info)

Voilà, donc oubliez les gilets jaunes si ça vous chante, mais aujourd'hui vous n'avez plus le droit de ne pas voir ce qu'il se passe. Dans 6 mois quand un tribunal européen aura déclaré les lois non conformes au droit international, il sera trop tard pour dire "ah oui en fait", il y aura déjà 10'000 personnes en moins pour vous aider.

Et d'ailleurs avouez le vous directement, si tout ça ne vous convainc pas aujourd'hui, dans 6 mois, est-ce que ce nouvel argument vous convaincra plus ?

 

Mais que faire ?

Qu'on se le dise, aujourd'hui la technique de repression gouvernementale marche, il est très difficile d'aller marcher le samedi en se disant qu'on peut perdre un œil, une main, qu'on peut être blessé. Si vous n'avez pas peur, allez-y, allez marcher le samedi, on a besoin de vous tous et toutes. Notre nombre c'est notre force.

Dans le cas où vous n'osez pas aller marcher, il y a encore énormément de choses possibles : la résistance n'est pas composée que d'actions visibles. Par exemple :

  • Parlez de tout ça autour de vous. Il faut informer le plus possible. Partagez ces informations, discutez en avec vos proches, vos familles, vos voisins et voisines. Même si ça ne les convainc pas aujourd'hui, c'est une graine que vous plantez pour la prochaine personne qui viendra leur en parler. Notre nombre c'est notre force.
  • Allez voter aux européennes, réflechissez pour qui votez, ne votez pas par peur, ne vous laissez pas impressionner par la "nécessité" d'un vote utile, mais votez par conviction. Notre nombre c'est notre force.
  • Faites la grève, le mouvement des grèves générales et des convergences des luttes est en train de se former, il faut être présent. Notre nombre c'est notre force.
  • Si vous le pouvez, donnez aux caisses de grèves pour aider d'autres personnes à faire grève. Notre nombre c'est notre force.

Mais arrétez de ne rien faire en vous disant "ça va passer, c'est pas mon problème". Ce l'est.

Maintenant vous savez. Demain il sera trop tard.

 


MàJ 08/02/2019 : fichage + écoutes téléphoniques + Matignon à l'origine de la perquisition chez Médiapart
MàJ 15/02/2019 : mise en garde ONU
MàJ 17/02/2019 : aggressions policières sur journalistes + sombrage <- naufrage pour faire plaisir aux commentaires :)

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