Quand le CVO fait pschitt...

Comme tout le monde nous voulions y croire. Mais comme tout le monde nous savions qu’il y avait quand même un problème. Et comme tout le monde, on voit que l’arsenal anti COVID du pays fait pschitt…

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Comme tout le monde nous voulions y croire. Mais comme tout le monde nous savions qu’il y avait quand même un problème. Et comme tout le monde, on voit que l’arsenal anti COVID du pays fait pschitt…

Au nom de quoi Madagascar, notre grand et beau pays qui peine à nourrir, soigner, éduquer, vêtir, divertir (ah non, pour ça on a la classe dirigeante…) sa population pourrait-il sauver le monde de la pandémie du siècle ? Au nom de quoi, ce pays qui ne dispose pas d’un hôpital suffisamment fiable et performant pour voir ses enfants les plus riches s’y faire soigner, prétend-il produire un remède miracle contre le COVID19 (on dit LA COVID paraît-il, - et LE pont - mais je ne m’y ferais jamais...) ? Au nom de quoi, ce pays n’est pas capable d’élaborer et mettre en œuvre un semblant de politique sanitaire et dont les patients doivent acheter sur leurs propres deniers le moindre pansement, sparadrap etc., peut-il prétendre aider le reste du monde à lutter contre le COVID19 ?

Un peu comme la foule acclamait Eric Moussambani aux Jeux Olympiques de Sydney (2000), ce nageur équato-guinéen qui avait appris à nager huit mois plus tôt et dont on doutait qu’il arrivât au bout des 100 mètres, Madagascar bénéficie d’un capital sympathie qui a assuré un accueil plutôt favorable à sa potion magique. « Ils ont une potion qui renforcent le système immunitaire, ah oui, pourquoi pas, les médicaments classiques sont bien tirés des plantes après tout… ». Dans la même veine, la potion miracle est érigée en instrument d’influence. Assez piquant de la part d’un pays qui ne dispose ni d’une politique étrangère, ni d’une diplomatie, ni d’un brin de levier sur la course des affaires du monde, du continent, voire de sa région. Toujours est-il que sur une fulgurance propre aux montres brisées qui indiquent deux fois l’heure exacte chaque jour (pas celles, hors de prix, qui ornent élégamment le poignet de notre Président vénéré), la potion magique devient un emblème de la lutte des pays opprimés par les vilains Occidentaux. Des Africains qui soignent d’autres Africains, l’affiche est trop belle (au fait les Malgaches sont donc bien Africains, certains devront s’y faire…). On est en droit de s’interroger sur les arrière-pensées des gouvernements amis qui acceptent les paquets-cadeaux venus de Madagascar. La Guinée-Bissau, au ban de la communauté internationale pour être dirigée par un gouvernement de transition, était bien en mal de reconnaissance… (transition, médiation régionale, reconnaissance, mafia, trafics… tiens tiens tiens, ça me rappelle quelque chose…), la RDC avec un gouvernement tout beau tout neuf issu d’un scrutin vite vite voilà voilà, pas la peine de commenter. Le Nigéria, s’est rapidement distancié du cadeau (pas-tout-à-fait-mais-presque) empoisonné, reprenant ses esprits et rappelant que tout médicament doit faire l’objet d’un protocole de validation scientifique avant d’être présenté, homologué et mis en circulation comme tel.

Là où les choses tournent au vinaigre c’est quand on a commencé à prétendre que cette potion serait un remède efficace contre le COVID19, quand on alimente la confusion sur ses vertus préventives, curatives, adjuvantes, quand on en fait le pilier de la réponse nationale au virus, pire quand on le rend obligatoire dans les écoles et qu’on organise des séances de distribution publique du breuvage mystique béni par le Chef de l’Etat, véritable roi thaumaturge des temps modernes. Au cours du Conseil des ministres, la potion est bue avec plus ou moins d’entrain pour complaire au Chef de l’Etat et tenter de crédibiliser cette fiole de l’espoir. Dans un pays où les sectes évangéliques se livrent à des croisades publiques de lutte contre le démon, à des séances d’exorcisme collectif et à un grand n’importe quoi non-règlementé on ne sera pas surpris de voir les autorités s’emparer de la crédulité du peuple pour lui extorquer sa confiance. Bref, on rentre dans le dur.

Au fait, comment, faire face au COVID19 dans un pays extrêmement pauvre (cf. post précédents) ? Faut-il boucler le pays et laisser l’essentiel des citadins mourir de faim ? Faut-il ériger un étron compact en béton, baptisé Colisée (franchement on en rigolerait si cette farce n’était pas aussi tragique…) pour faire diversion ? Faut-il décréter un état d’urgence à rallonge pour bien raffermir son pouvoir sur l’armée et les corps habillés afin de bien étouffer les quelques poches de contestation, notamment à Toamasina ? Faut-il agiter le spectre de l’ennemi extérieur, à travers la controverse des Iles (à ce stade et sans décision internationalement agréée) Eparses ? Faut-il consolider jour après jour un culte de la personnalité autour d’un druidisme des temps modernes mâtiné de relents panafricanistes, à telle enseigne qu’on se débarrasse d’un ministre de la Santé gênant pour avoir dit à haute voix ce que chacun sait : personne ne peut surmonter seul cette pandémie, ses conséquences sanitaires et socio-économiques - ni la France qui a eu besoin d'exfiltrer temporairement ses malades du Grand Est vers l'Allemagne et la Suisse, ni l'Italie qui a reçu des masques de divers pays, ni les pays d'Afrique qui ont besoin de respirateurs et de concentrateurs d'oxygène, ni Madagascar, ni personne. Notre ami Naina (cf. notre héros du post précédent, pas le maire de la capitale…) ne s’en sortira pas dans un confinement aussi sévère que débile et inefficace. Ses enfants ne s’en sortiront pas non plus faute de structure scolaire appropriée. Sa femme ne s’en sortira pas faute de soins appropriées. Où va-t-elle accoucher ? Chez elle ?

Bref, les coups de bouc, les coups de bluff, les coups de com’, voire les coups de main armés, ne feront jamais une politique, ni n’établiront de respectabilité internationale d’un pays, qui est déjà la risée du monde entier et qui n’est pas loin d’être au ban de la communauté internationale. En tout cas, encore faut-il que ladite communauté internationale s’intéresse à notre pays, rendu insignifiant par soixante ans d'indépendance qui se sont traduits par soixante de bêtise et d'errements où chaque gouvernement fait (presque, faut pas déconner non plus) regretter le gouvernement précédent. Car quand le CVO fait "pschitt" ce qui compte ce n'est pas l'image écornée d'un Chef d'Etat mais la vie de 26 millions de personnes...

A suivre !

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