La conjuration des "égos"

Nous allons bientôt reprendre le chemin de l’école se disent nos élèves, leurs parents, les journalistes, le boulanger, le citoyen… mais que sait-on vraiment de ce qui s’y passe par temps de pandémie ? Quels sont les protocoles sanitaires mis en œuvre pour contraindre cette épidémie qui n’en finit plus ?

Tel Bayard, Blanquer terrassant les hackers russes Tel Bayard, Blanquer terrassant les hackers russes

Je vais reprendre dans ce billet une grande partie du témoignage que j’avais écrit dans un commentaire de l’article Écoles : « On est dans le mur et le ministre dans le déni » .

Je sais le titre de mon billet est « facile » compte tenu de mon pseudo… Mais il décrit très bien notre situation que nous vivons en Absurdistan. Nous avons dépassé les 100 000 morts (bien plus d’après une étude de l’Inserm…) mais notre grand phare de la pensée suprême n’énoncera même pas le moindre remord. Au contraire il aurait même envisagé une visio avec des familles de défunts… Quant à son grand vizir chargé des hautes œuvres d’éducation et du dégauchissement des portes fermées, il profite de sa mise en quarantaine pour traquer les « Hackers » jusque dans les « chiottes russes »…

Chaque jour désormais amène son lot de « scandales » qui ne font plus scandale. On ne peut aujourd’hui douter que cette succession effarante d’absurdités est en fait une ligne de conduite pensée et volontaire. J’invite à lire l’excellente dernière publication de Frédéric LORDON sur son blog du Monde Diplo.

Je suis d’abord très surpris que les médias Meanstream « ont découvert » seulement fin mars 2021 que les collèges et les lycées étaient des lieux privilégiés de contamination. Ce n’est absolument pas nouveau, c’est depuis longtemps renseigné par des études scientifiques robustes : une trentaine de personnes adultes ou adolescentes dans un lieu non aéré pendant une heure, même avec un port de masques peut aboutir à plusieurs contaminations si l’un d’entre est déjà contaminé. Il n’y a qu’en France qu’on le nie, à cause de l’arrogance et du mépris d’une part de Monsieur Macron se croyant plus « malin » et de la mégalomanie et l’ego démesuré de Monsieur Blanquer que tous les personnels de l’éducation ou presque connaissent depuis sa prise de fonction.  Je parle de son égo car lui on ne peut pas passer à travers, sur tous les plateaux de « news » radio et télé. Mais il avait enfin cessé de nous (personnels de l’éducation, de l’AED au cadre..)  envoyer des vidéos, un de ses conseillers avait fini sans doute par le convaincre que c’était totalement contre-productif (certains arrivent même à en rire !). Mais son égo fut plus fort il a remis cela pour le confinement.

Mais de fait, nos gouvernants ont eu pour complice quasiment toute la population. D’abord les enseignants, qui ont très mal vécu le premier confinement totalement impréparé contrairement aux affirmations mensongères de Monsieur B. L’enseignement à distance sans formation, sans moyens techniques a été une véritable gageure… mais finalement assez bien réussi grâce à des bouts de ficelle. Malheureusement nous avons perdu beaucoup d’élèves (surtout les plus fragiles) et les enseignants en sont sortis lessivés. Aussi je comprends qu’ils veuillent fermer les yeux… tout en étant apeurés des conséquences d’une maladie qui parfois s’avère très grave même pour les plus jeunes. Le grand cafouillage du retour au distanciel leur a donné raison. Notre ministère n’a une nouvelle fois strictement rien anticipé. Personnellement dans mon académie, un inspecteur d’académie DASEN a transformé une réunion la semaine précédente avec des chefs d’établissement pour faire une FAQ improvisée, où bien des questions sont restées sans réponses…

Ensuite il y a les parents d’élèves soumis à la pression de leurs employeurs et qui, s’ils ne sont pas scientifiques, veulent bien croire ce que raconte le ministre, les journalistes qui ne vont pas investiguer plus loin… face à un danger : le déni est aussi une stratégie. Je peux vous dire aussi qu’il y a les chefs d’établissement qui par loyauté suivent les injonctions de leur hiérarchie… Ce n’est pas une surprise ils sont très épuisés par les ordres et contre ordres. Mais par intérêt personnel et fierté ils préfèrent croire qu’il ne se passe rien dans leur établissement puisqu’ils respectent les consignes… Ils oublient ou même ne sont toujours pas au courant (expérience vécue !) que les adolescents contaminés sont extrêmement majoritairement asymptomatiques. Du coup s’il n’y a pas de test, on ne peut pas savoir à quel point il y a contamination. Et lorsqu’il y a des tests organisés ce n’est que sur la base du volontariat (on peut supposer que ce sont les plus prudents : quelle est donc leur valeur ?). Et là encore la méconnaissance statistique est effarante. Un exemple concret : un proviseur était très content de m’annoncer qu’il n’avait que très peu de cas : 1 cas sur 145 testés (pour un établissement de 2500 élèves !)… Il a ouvert grand les yeux quand je lui ai dit que c’était une incidence de 690 pour 100 000 c’est-à-dire énorme ! La pression sociale est grande même pour les plus prudents. Ainsi quinze jours avant le confinement, je suis au téléphone avec une cheffe d’un établissement qui est en demi-jauge depuis la rentrée de septembre (et oui !)… Préparation en juin avec les équipes. Et là elle m’annonce qu’elle va rouvrir pleine jauge.

- Tu as eu des ordres de la DASEN ou du rectorat ?

- Non mais tu sais la pression des parents, des collègues…

- Je ne comprends pas, je te croyais extrêmement prudente et là les chiffres de l’épidémie dans ton département sont devenus très très mauvais. Quoiqu’en dise notre Ministre, je pense qu’on va vers une fermeture des établissements… 

Deux jours plus tard elle revenait sur sa décision…

Complice aussi la stratégie des ARS et de l’éducation nationale qui considérait que les élèves d’une même classe ne sont jamais cas contact car ils « portent des masques » : résultats on ne testait jamais les élèves d’une classe même si un ou 2 cas étaient déclarés (dans certains établissements les enseignants n’étaient jamais informés officiellement, mais par les élèves eux-mêmes)… Seuls ceux côtoyés en face ou côte à côte sans masque étaient déclarés cas contacts (donc seulement des demi-pensionnaires). J’aurais dû porter une « Gopro » ou une caméra cachée pour montrer que dans toutes mes inspections il ne se passait pas une heure sans que plusieurs élèves portent le masque sous le menton, malgré les rappels plus ou moins efficaces des enseignants. Un jour un proviseur qui m’accompagnait dans cette inspection a été furieusement surpris de voir le non port du masque dans une classe menée par une enseignante qu’il croyait sérieuse…

Je lui ai indiqué que c’était généralement comme ça dans toutes les classes que je peux observer. En fait, nous, corps d’inspection nous sommes pour cette épidémie, les seuls neutres puisque nous n’avons pas d’enjeu de l’établissement ni de carrière. Mais nous ne pouvons pas parler à d’autres personnes que notre supérieur hiérarchique qui est le recteur. Ce dernier quelque temps avant le confinement dans une visioconférence avec le ministre et les doyens des inspecteurs était content quand le ministre annonçait un taux de 0,6 % de contaminé alors que notre académie affiche 0,5 %.… C’est-à-dire 500 pour 100 000 soit un taux énorme… Je crois vraiment que la communication et la stratégie de notre gouvernement ont des effets totalement délétères sur l’ensemble de notre population qui ne prend pas la mesure du drame que nous supportons depuis un an.

 Coupable enfin et naturellement ce gouvernement (le citoyen qui parle) qui, on le comprend bien, a une vision bien plus économique que sanitaire ou même psychologique. Des mesures plus strictes sans un confinement total pris bien plus tôt auraient permis à la fois de préserver l’école mais aussi les conditions sanitaires… Comme le disent de nombreux chercheurs en France et à l’étranger nous aurons malheureusement ET la crise sanitaire ET la crise économique malgré un confinement stricte et devrait être sans doute rallonger sauf si on souhaite continuer à laisser mourir les gens.

 Mais pouvait-on faire autrement sans fermer les établissements ? Bien évidemment nous sommes nombreux à penser qu’il ne fallait pas mettre en total distanciel nos élèves car cela provoque un véritable décrochage. Depuis un an nous aurions pu penser l’embauche d’assistants d’éducation, concomitamment avec la réquisition de locaux pour permettre des dédoublements et éviter ainsi ses regroupements délétères… Mes craintes que cela soit beaucoup trop tard faute de réaction rapide de notre gouvernement se sont révélées exactes : nous avons dépassés les 100 000 morts et les  150 000 morts seront atteints avant la fin de l’automne faute décision de suffisante… Sans compter l’absence d’achat de purificateur d’air… Mais Monsieur B. ne pouvait le faire puisqu’enfermé dans un égo et dans ses mensonges (les croit-il ?).

Je dois vous confier mon amertume aussi d’une grande partie monde journalistique (sauf quelques médias comme Médiapart) qui n’a toujours pas fait les enquêtes sérieuses sur les conditions d’enseignement avec des protocoles sanitaires annoncés qui n’en sont absolument pas : on n’en est aujourd’hui au renforcé du renforcé du renforcé… Cela prêterait à rire s’il n’y avait pas 100 000 familles endeuillées. Vous mesurez à la fois ma tristesse mon écœurement et ma colère.  Ce sinistre de l’éducation et ce mégalo sérénissime ont-ils encore leur place (l’un a perdu la confiance depuis longtemps d’une très très grande majorité du personnel de l’éducation nationale et l’autre la confiance du plus grand nombre) et ne pourrait-il pas être poursuivis pénalement plus tard pour mise en danger d’autrui ? Aujourd’hui on prévoit déjà la réouverture des écoles sans aucune évolutions sérieuses de l’accueil ni aucune réflexion sur ces conditions qui ont permis la propagation en milieu confiné… Mais il faudrait pour cela faire confiance aux acteurs de terrains, les consulter… et faire disparaître tous ses égos… Et là ce n’est pas gagné !

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