La robe rose (Carte postale N°2)

Aujourd’hui, c’est un peu fête à la station. On a monté une estrade à côté du bistrot de la plage. Amplis, micro, guitares, batterie. Un groupe un peu hétéroclite s’y produit.


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Aujourd’hui, c’est un peu fête à la station. On a monté une estrade à côté du bistrot de la plage. Amplis, micro, guitares, batterie. Un groupe un peu hétéroclite s’y produit. Cinq jeunes type Humphries (le groupe qui fait la B.O. des Derrick) qui doivent faire la tournée des plages contre quelques sous des municipalités. Un répertoire éclectique à mi-chemin entre André Rieu et Metallica avec des grands détours du côté d’Elvis, Schmoll ou Maxime Leforestier. Le tout à fond la caisse. Il en faut pour tout le monde.


Le public, tongs, shorts et paréos, s’est massé en demi-cercle sur les planches. Tout le monde sourit. Applaudit à la fin de chaque morceau. Les enfants surtout sont à la fête. Une toute petite fille en turquoise s’est enhardie au bas de l’estrade et se dandine en rythme, ravie. Un jeune garçon la rejoint, short rouge et casque bleu rutilant sur la tête. Lui se déchaîne, prend des poses vues à la télé, tente des figures compliquées.


Arrive une toute petite poupée en jolie robe rose. Deux ans et demi à peine. Extasiée, la demoiselle se met à danser, battant des bras en l’air, tournant sur elle même comme une toupie. Un derviche tourneur haut comme trois pommes. Tous les regards sont rivés sur elle. Quasi communion. La petite rose se tortille, saute, tourne, saute encore et à la fin de chaque morceau, applaudit de ses menottes aux doigts écartés avec des petits jappements de joie. D’autorité, elle se dirige soudain vers une autre mini-miss à peu près du même âge, en jaune celle-là, qu’elle tente d’amener au centre des planches transformées en salle de bal improvisée. Mais trois petit tours et la petite jaune s’en va, intimidée, retrouver l’abri des jambes parentales. Le concert continue.


Dernier morceau. Un truc très enlevé plein de petites notes façon Haricots rouges des belles années. Le demi-cercle de parents balance des épaules pour marquer la mesure. La petite turquoise bat des mains. Le short rouge se déhanche. La petite rose danse, danse et danse, danse encore. Accord final. Tonnerre d’applaudissements. La minuscule ballerine du jour, étourdie, s’accroupit. Et là, n’en pouvant plus de bonheur, au beau milieu des planches, elle fait pipi.


C’est l’été.

 

 

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