L’histoire méconnue d’une production rizicole ratée : Feronia Inc. en RDC

De nouvelles informations fournissent des raisons de soupçonner que Feronia était impliquée dans des activités frauduleuses, alors même que l’entreprise recevait des fonds des banques de développement. Cela suffira-t-il à déclencher une enquête en bonne et due forme pour déterminer le rôle que le financement de Feronia par les banques de développement a pu jouer dans la corruption en RDC?

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Meurtres, accaparement des terres, engagisme. Voici quelques-unes des accusations portées par des communautés de RDC à l’encontre de Feronia Inc., une entreprise canadienne qui a reçu plus de 150 millions de dollars de financement de la part de banques européennes de développement.

La plupart de ces accusations troublantes concernent les grandes plantations de palmiers à huile situées dans les provinces de l’Équateur et de la Tshopo, que l’entreprise a rachetées à Unilever en 2009. Mais les premières années de Feronia en RDC avaient aussi pour projet une grande ferme rizicole au Bas-Congo qui, selon l’entreprise, permettrait à terme de libérer le Congo de sa dépendance vis-à-vis des importations alimentaires.

En 2016, Feronia avait déjà englouti au moins 14 millions de dollars dans ses projets rizicoles avant de brutalement « mettre fin » à toute sa division « Arable Farming » en 2017, sans aucune explication. Quelques années plus tard, Feronia déclarait faillite et à la fin 2020, ses plantations de palmiers à huile passaient aux mains d’un fond de capital-investissement.

On soupçonne depuis longtemps que les projets agricoles de Feronia servaient de façade pour transférer des fonds à un éminent homme politique congolais qui avait facilité l’entrée de Feronia en RDC. Les accusations d’éventuelle corruption étaient bien connues quand la banque britannique de développement, le CDC Group et d’autres banques de développement ont commencé à financer Feronia. L’entreprise comme les banques de développement ont contesté ces accusations et aucune enquête sérieuse n’a jamais été menée.

Les nouveaux éléments d’information évoqués ci-dessous fournissent des raisons supplémentaires de soupçonner que la division Arable farming de Feronia était peut-être impliquée dans des activités frauduleuses, alors même que l’entreprise recevait des fonds de plusieurs banques de développement. Cela suffira-t-il à déclencher une enquête en bonne et due forme pour déterminer le rôle que le financement de Feronia par les banques de développement a pu jouer dans la corruption en RDC ?

Des liens étroits avec le plus proche conseiller de l’ancien président Joseph Kabila

En 2009, quand Feronia a acheté PHC, l’entreprise de plantation de palmiers à huile d’Unilever, la transaction s’est faite via une entreprise des Îles Caïman, Feronia JCA Limited. « JCA » faisait référence à la SARL Jean Collette Afrique, une entreprise détenue à 100% par Kikaya Bin Karubi, homme politique de haut niveau, alors très proche du président de la RDC Joseph Kabila. Lorsque Kabila accède au pouvoir en 2001, Karubi devient ministre de l’information, avant d’être nommé ambassadeur au Royaume-Uni en 2009. En 2014, il est rappelé à Kinshasa où il devient conseiller principal du Président jusqu’à la chute de Kabila en janvier 2019.

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