L’accord commercial UE-Mercosur va intensifier la crise climatique

GRAIN a mesuré l'émpreinte climatique du nouvel accord de libre-échange UE-Mercosur dans le domaine agricole. Conclusion : les émissions provenant de la production et le transport de 8 produits augmenteront d'un tiers (+9 millions de tonnes de CO2-e/an), notamment grâce au boeuf du Mercosur.

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Alors que les gouvernements vont bientôt se réunir à Madrid pour discuter des prochaines étapes dans la lutte urgente contre la crise climatique, les organisations d’agriculteurs européennes et latino-américaines et leurs alliés accusent ces mêmes gouvernements de prôner des accords de libéralisation du commerce qui augmentent les émissions mondiales de gaz à effet de serre.

L’accord de libre-échange UE-Mercosur, dernier exemple de cette offensive, a été conclu en juin dernier. Il a été présenté comme un accord commercial qui s’inscrit dans la continuité de l’accord de Paris. L’UE s’est même vantée du fait que Jair Bolsonaro avait renié sa promesse électorale de se retirer de l’accord de Paris sur le climat afin d’obtenir cet accord commercial. L’objectif principal de ce traité est pourtant d’accroître les échanges commerciaux pour une multitude de produits qui perturbent le climat, tels que les automobiles, la viande bovine industrielle, l’éthanol ou le soja.

Une étude de GRAIN, publiée aujourd’hui, montre que ce traité commercial augmentera de 8,7 millions de tonnes par an les émissions de gaz à effet de serre générées par huit produits agricoles, soit un tiers de plus que ce qui sera produit cette année. Plus de 80 % de ces émissions proviendront d’un seul produit : la viande bovine du Mercosur. Du côté de l’Europe, les émissions provenant des exportations de produits laitiers augmenteront de 500 %.

Pour GRAIN, il est crucial d’exposer le lien entre le commerce, l’agriculture industrielle et le changement climatique pour pouvoir changer les systèmes. Sous l’effet de quelques produits agroalimentaires provenant principalement de méga-exploitations situées dans les régions du Cerrado au Brésil, du Chaco au Paraguay et en Argentine et de la Pampa argentine, l’accord UE-Mercosur va générer chaque année 9 millions de tonnes d’émissions supplémentaires de gaz à effet de serre. Il ne faut pas se leurrer. Cela n’a rien à voir avec le fait de nourrir les gens. Il s’agit de développer des marchés pour l’agro-industrie qui, selon le Groupe international d’experts sur le climat, est responsable de 37 % de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial.

On est aussi face à une grave contradiction. L’augmentation des importations d’éthanol et de soja dans le cadre de cet accord sera probablement utilisée pour atteindre les objectifs européens en matière de carburant « vert », mais cela pourrait aussi entraîner un accroissement de la déforestation et de l’accaparement des terres dans des pays comme le Brésil. On pourrait aboutir à une situation dans laquelle les efforts des gouvernements de l’UE visant à atteindre leurs objectifs climatiques entraînent en réalité une aggravation de la crise climatique !

Si nous voulons vraiment faire reculer le changement climatique, nous devons démanteler le système alimentaire industriel au profit d’un soutien complet aux petits producteurs, aux transformateurs régionaux et aux marchés alimentaires locaux, et non pas mondiaux.

Le rapport de GRAIN, « L’accord commercial entre l’UE et le Mercosur va intensifier la crise climatique due à l’agriculture », est disponible aujourd’hui en anglais, espagnol, français et portugais sur https://grain.org/e/6357.

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