Référendum d'Initiative Partagée - RIP ADP - QUE FAIT MEDIAPART ?

Ce n'est pas un secret : la courbe des soutiens au RIP est dans les choux et, surtout, on trouve très peu d'information dans les média, sinon pour annoncer, d'une façon plutôt fataliste, les chiffres désespérants de ces soutiens. Au-delà, rien ou si peu... Sur ce sujet, Médiapart soi-même n'a consacré que très peu d'articles. Pourquoi ?

Alors que la courbe des soutiens au RIP ADP reste désespérément basse, alors que nous sommes à bientôt 6 mois de collecte des soutiens sur les 9 mois prévus, le RIP ADP n'a reçu qu'un peu plus de 930 000 soutiens là où il en faudrait près de 2 900 000 à aujourd'hui pour espérer arriver au soutien de 10% de l'électorat le 12 mars prochain.

Il y a déjà plus de dix jours que l'on a appris les réserves de Radio France quant à la diffusion d'un clip payé par certains parlementaires pour relancer l'information sur le RIP (voir ici "https://www.liberation.fr/checknews/2019/11/15/radio-france-refuse-t-elle-de-diffuser-des-spots-pour-promouvoir-le-referendum-adp_1763530").

Le dernier article un peu consistant écrit par Mediapart sur le sujet est celui de Pauline Graulle, en date du 26 octobre dernier (voir ici). Encore comporte-t-il de regrettables approximations et n'effleure-t-il qu'à peine le véritable sujet.

Au chapitre des approximations, il est regrettable que l'accent soit mis sur le casse-tête du processus de signature: ce processus s'est largement et rapidement amélioré après les cafouillages des première semaines. Et si l'on estime qu'il est rédhibitoire d'être "inscrit sur les listes électorales, de devoir se munir de sa carte d'identité", bienvenue dans le monde de la nonchalance comme principe ultime du mode de vie. Évoquer les codes INSEE des communes, qui ont disparu très rapidement est très réducteur, si l'on ne rappelle pas que c'était uniquement dans les premiers jours. J'ai moi-même signé le RIP en Juillet dernier et ils n'y étaient plus, ces code INSEE...

Par ailleurs, écrire "Expliquer que la privatisation d’un aéroport parisien est un sujet fondamental pour les Français sur l’ensemble du territoire : pas si simple" relève de l'erreur journalistique. Nous sommes nombreux à savoir que la privatisation porte sur l'ensemble du groupe ADP, gestionnaire de 14 aéroports en Ile de France, de plus d'une vingtaine dans le monde et participant au capital de sociétés aéroportuaires dans neuf pays ! Accessoirement, ce groupe a été exclusivement financé par la contribution publique pendant 60 ans (1945-2005). Il suffit d'ouvrir la page correspondante de Wikipedia pour l'apprendre et l'on aimerait retrouver ce genre d'information dans le journal que "seul ses lecteurs peuvent acheter" ! Voilà, pour le sujet de la privatisation. 

Mais ce que ne semble pas avoir compris la rédactrice de cet article (par ailleurs signataire probable d'un soutien à ce RIP), c'est que le premier sujet de ce RIP n'est pas la privatisation du groupe ADP, mais le RIP lui-même.

Seuls ceux qui sont absolument pour la privation du groupe ADP peuvent s'opposer au RIP, et encore... Pourquoi ?

Parce que, si le droit de vote nous permet d'élire la personne de notre (non-)choix, il ne permet pas à l'électeur de peser sur les décisions ultérieures de cet élu. Le RIP, lui, donne ce pouvoir à l'électeur. De ce seul point de vue, tout citoyen, quelles que soient ses opinions politiques, peut avoir intérêt à ce que ce premier RIP réussisse.

Aujourd'hui, le premier RIP de l'histoire de la Vème République porte sur la privatisation d'ADP. Mais demain ?

Selon l'article 11 de la Constitution, un référendum, quel que soit son initiateur, peut porter sur les sujets économiques, sociaux et environnementaux. Rien que sur l'environnement, va y avoir du pain sur la planche, les amis ! Mais si ce premier RIP échoue, pensez-vous que les parlementaires se casseront le fondement à marier (temporairement, s'entend) la carpe et le lapin pour constater qu'ils ne sont pas suivis par 10% de l'électorat, alors même que des sondages nous apprennent que 75% des français sont prêts à signer une pétition contre la privatisation d'ADP ? Comparé au petit 1,98% de signataires de soutiens, cherchez l'erreur !

L'erreur, elle est dans la question de l'information. Pas seulement l'absence d'information, que l'on ne peut que constater dans l'ensemble du paysage médiatique français, mais au moins aussi grave, dans une réflexion atrophiée de certains journalistes qui ne font manifestement pas l'effort de se poser toutes les questions autour de ce sujet si important pour la participation des citoyens à l'œuvre démocratique.

On aimerait trouver, dans les colonnes de Mediapart, une telle pédagogie du RIP qui, rappelons-le, est un dispositif constitutionnel du même niveau que le droit de vote. C'est, à mon point de vue, la première chose à expliquer à vos lecteurs citoyens. C'est ce que je fais tous les mardis, sur le marché d'un gros village, pour obtenir des soutiens qui sont aussi la marque de la compréhension des véritables enjeux.

On pourra aussi consulter cette page, encore à compléter, sur le sujet.

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