Le rôle du climat dans l'effondrement de la civilisation maya

Les Mayas auraient été victimes de sécheresses intenses qui auraient contribué à l'effondrement de leur civilisation. Le mystère de leur disparition se dévoile un peu plus, grâce à un groupe de chercheurs qui sont parvenus à quantifier de manière précise l'hydrologie durant le déclin des Mayas à partir du 9ème siècle après J.C.

Vous connaissez sûrement la civilisation maya. Originaire d'Amérique centrale, c'est l'une des civilisations précolombiennes les plus célèbres. Elle est reconnue pour ses avancées dans les domaines de l'agriculture, l'art, l'architecture et l'astronomie. Civilisation très ancienne, elle a prospéré à l'époque dite classique, entre le 6ème et le 9ème siècle après J.C. Elle s'est développée en de nombreuses cités-états, qui auraient mystérieusement été abandonnées à la fin de la période classique.

Tombés dans l'oubli pendant des siècles, leurs écrits ayant été brûlés et leurs cités recouvertes de végétation tropicale, les Mayas ont pendant longtemps été une énigme. Un des nombreux mystères qui les entourent est celui de leur disparition. Les raisons du dépeuplement de leurs grandes cités-états sont nombreuses et débattues. Il semblerait que l'abandon des villes soit la résultante de nombreuses causes. Il y aurait eu une crise écologique et climatique couplée à une augmentation démographique trop rapide. Mais aussi des révoltes contre les élites et des guerres entre cités qui les auraient affaiblies, facilitant l'invasion par d'autres peuples.

Parmi les pistes qui expliquent le déclin progressif de la civilisation maya, des sécheresses longues et intenses auraient été un facteur déterminant. Elles auraient entraîné des mauvaises récoltes et des famines. S'il est clair depuis une vingtaine d'années que le climat a joué un rôle important, on ne savait pas mesurer avec précision son impact, par manque de données.

Des paléoclimatologues de l'université de Cambridge au Royaume-Uni, et l'Université de Floride aux Etats-Unis, ont réussi à quantifier la sécheresse qui a précipité la chute de la civilisation maya à la fin de la période classique. Dans une étude de 2018 publiée dans la prestigieuse revue Science, ils décrivent leur technique, qui consiste à analyser la composition des sédiments du lac Chichancanab, au Mexique.

Ce lac, situé dans la péninsule du Yucatán où vivaient les Mayas, est très riche en minéraux, en particulier le gypse. En période de sécheresse, le gypse qui sature le lac crée un dépôt. Les scientifiques ont pu observer ce dépôt dont l'âge correspond au déclin de la civilisation maya. Une analyse de ce gypse leur ont permis d'établir l'hydrologie durant la fin de la période classique. Pour trouver le bon scénario hydrologique, les scientifiques ont mis au point un modèle de formation de gypse en fonction des pluies. Ils ont ensuite effectué des simulations de ce modèle sur la période classique, et comparé le gypse simulé aux données recueillies dans le lac. Leurs résultats montrent que les Mayas ont subi pendant de longues périodes une réduction de moitié des précipitations annuelles, avec des pics de réduction de 70%.

Cette étude montre une fois encore que l'histoire de l'humanité est intimement liée au climat de la Terre. Certes, le climat n'est pas le seul facteur pouvant précipiter l'effondrement d'une civilisation entière, mais il n'est clairement pas négligeable. Nous avons aujourd'hui la connaissance et la technique pour comprendre le changement climatique, et son impact sur notre civilisation. Contrairement aux Mayas, nous avons le choix de quitter la trajectoire d'un possible effondrement.

 

SOURCE : EVANS, Nicholas P., BAUSKA, Thomas K., GÁZQUEZ-SÁNCHEZ, Fernando, et al. Quantification of drought during the collapse of the classic Maya civilization. Science, 2018, vol. 361, no 6401, p. 498-501.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.