Des changements climatiques d'origine astronomique ont rythmé les migrations humaines

Le peuplement de la Terre par notre espèce s'est fait par séries de vagues migratoires orchestrées par des événements astronomiques. Parti de l'Afrique il y a environ 100 000 ans, l'homo sapiens aurait colonisé le monde par migrations successives fortement impulsées par des changements climatiques résultant de la précession des équinoxes, l'orientation de l'axe de rotation de la Terre. Ce sont les conclusions 1 d'une équipe de chercheurs de l'Université de Hawaï à Mānoa (UHM), publiées dans la prestigieuse revue Nature le 21 septembre 2016.


Un voyage rythmé par la planète


Tous les 21 000 ans, la précession des équinoxes générait dans l'hémisphère Nord des étés tropicaux plus chauds et plus humides, favorables à un changement de végétation. Ces "couloirs verts" de savane entre l'Afrique, le Sinaï et la péninsule arabique, ont périodiquement permis à l'homo sapiens de quitter l'Afrique du Nord et migrer en Asie, en Europe, en Australie, et finalement aux Amériques. En outre, l'étude révèle que d'autres changements climatiques plus abruptes, de l'ordre du millier d'années, n'ont pas joué de rôle déterminant dans la colonisation de la Terre par notre espèce.


Pour recréer le voyage de l'homo sapiens durant ces derniers 125 000 ans et observer l'influence des changements orbitaux sur les migrations humaines, les chercheurs de l'UHM ont simulé par ordinateur un nouveau modèle couplé migration-climat. Ce modèle intègre les données des gaz contenu dans les calottes glaciaires, les paramètres orbitaux de la Terre et les changements climatiques abruptes, et prédit les temps d'arrivée de l'homo sapiens sur les différents continents. Ce modèle est validé par la correspondance entre ses prédictions et les reconstructions paléoclimatiques et preuves archéologiques.


Les changements climatiques périodiques auraient non seulement favorisé les migrations hors d'Afrique, mais aussi vers le continent. "Dans la simulation de notre modèle, on distingue un va-et-vient complexe de l'homme entre l'Afrique et les autres continents, qui questionne le modèle décrivant une migration unidirectionnelle hors d'Afrique, qui prédomine encore en anthropologie et dans certaines études génétiques", déclare Axel Timmermann, premier auteur de l'étude et professeur à l'UHM.


Une arrivée précoce en Europe


Étonnamment, le modèle de l'UHM décrit l'arrivée de l'homo sapiens pour la première fois en Europe beaucoup plus tôt que les modèles anthropologiques dominants. "Un des résultats les plus surprenants de notre étude est que le scénario qui s'accorde le mieux avec les données asiatiques est aussi celui qui simule une arrivée très précoce de l'homo sapiens en Europe, il y a 90 000-80 000 ans, antédatant les plus anciennes traces fossiles d'environ 45 000 ans", déclare Timmermann.


Les chercheurs expliquent l'inadéquation de leur simulation avec les traces archéologiques de l'arrivée de l'homo sapiens en Europe par la faible densité des premières migrations. "Le grand portail de migration qui s'est ouvert entre l'Afrique et l'Eurasie il y a 110 000-95 000 ans aurait aussi impulsé une migration de faible intensité vers le sud de l'Europe et possiblement un ancien croisement avec l'homme de Néandertal." explique Tobias Friedrich, post-doc à l'UHM et co-auteur de l'étude.


Cette nouvelle simulation de l'arrivée précoce de l'homo sapiens en Europe soulève de nombreuses questions quant à son passé commun avec l'homme de Néandertal. Le modèle de Timmermann et Friedrich ne décrivant pas l'interaction de nos ancêtres avec nos lointains cousins, il est possible que l'absence de preuve archéologique de l'arrivée de l'homo sapiens pendant 45 000 ans en Europe soit due à la présence des Néandertaliens. Un nouveau modèle intégrant les interactions biologiques et culturelles entre les deux espèces (hybridation, compétition, entraide) permettra peut-être un jour de percer ce mystère.

Sources :
1Timmermann, A., & Friedrich, T. (2016). Late Pleistocene climate drivers of early human migration. Nature, 538(7623), 92.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.