L'écologie est l'avenir de nos terroirs

Avec la participation de Benoît Biteau, euro-député écologiste et paysan agronome.

Par la diversité et la beauté de ses paysages, mais également grâce à un patrimoine culinaire sans commune mesure, la France rayonne à travers le monde.

Les produits du terroir, comme on les appelle, sont le fruit de relations complexes, anciennes et fascinantes entre une terre, l’ensemble du vivant qui y vit et le savoir-faire humain.

De ce triptyque, toujours unique, nous tirons le meilleur : des espaces à couper le souffle, des métiers qui ont du sens, des territoires qui vivent, et des tablées chaleureuses.

Mais cet équilibre est fragile. Dérèglement climatique, destruction des écosystèmes, spéculations sur les denrées alimentaires, standardisation des produits, mainmise de l’industrie agroalimentaire et précarisation des agriculteurs : nos terroirs sont en danger.

Très récemment les vignes et arbres fruitiers ont gelé. Précisons que ce gel d’avril est fréquent sous nos latitudes. C’est le coup de chaud de mars qui est inhabituel et qui a provoqué un bourgeonnement précoce. Plus fréquemment, ce sont les sécheresses estivales, parfois même printanières, qui frappent les régions françaises faisant chuter les rendements ou ne permettant pas de récolter suffisamment de fourrages pour les animaux. Dès 2050, les vagues de chaleur seront deux fois plus nombreuses sur l'ensemble du territoire, avec des pics pouvant atteindre 50° par endroits. Inexorablement certains paysages vont profondément se transformer.

La dérégulation organisée des marchés agricoles et la guerre menée par les géants de l'agro-alimentaire aux producteurs fermiers, ont également profondément marqué nos paysages et les pratiques. Compétitivité mondiale, course à la productivité, et spécialisation des productions, le capitalisme appliqué à l’agriculture a engendré une triste standardisation des paysages et des goûts, mais également une chute vertigineuse du nombre d’exploitants agricoles et de leurs revenus. Ces phénomènes ont été encouragé et accompagné par les politiques publiques agricoles de ces dernières décennies, au premier titre desquelles la Politique Agricole Commune européen (PAC). Au sortir de la guerre, dans une Europe en ruine, l’objectif était simple, il fallait produire plus pour assurer la sécurité alimentaire des populations. Mais nous sommes allés trop loin et ces logiques mettent durablement en danger notre souveraineté alimentaire. Il faut renverser la tendance.

Pour permettre à nos paysans et paysannes de vivre dignement de leur métier, pour entretenir un tissu social dense dans nos territoires et continuer à profiter d’une grande biodiversité naturelle mais également culinaire, nous devons dès maintenant anticiper et adapter les pratiques agricoles, notre système économique et l’aménagement du territoire.

L’avenir de nos terroirs, de notre agriculture et de toutes celles et ceux qui en vivent, dépend de notre capacité à déployer des politiques écologistes à travers nos régions. Les régions, qui au-delà de porter la compétence du développement économique, sont une échelle pertinente pour les politiques agricoles. Elles possèdent des identités territoriales fortes, sont suffisamment étendues pour avoir un impact fort, tout en restant à une échelle démocratique palpable, condition indispensable à la réalisation de la souveraineté alimentaire.

Malheureusement la PAC actuellement en fin de négociation à Bruxelles et le Plan Stratégique National dont les premiers arbitrages ont été annoncé par M. Denormandie ne vont pas être à la hauteur des transitions nécessaires. Mais les régions, dont nous devons exiger qu’elles restent autorités de gestion des fonds européens, ont une réelle marge de manœuvre dans la gestion des enveloppes européennes qui doivent être utilisées pour corriger les dérives les plus flagrantes. Saisissons-nous pleinement de tous les leviers politiques régionaux, et assurons un avenir à nos terroirs français. Mettre en œuvre une politique écologiste apparaît comme vital, pragmatique et désirable.

Lancer la création de plusieurs Parcs Naturels Régionaux pour favoriser une politique d’aménagement du territoire qui prend soin des terres et de ses habitants, en concertation avec les élus locaux, et soutenir les parcs existants, c’est pragmatique.

Regarder en face la réalité climatique et accompagner financièrement et techniquement les paysans dans la transformation de leurs systèmes agricoles et le développement des pratiques agro-écologiques, c’est vital.

Lutter contre l’artificialisation des sols et faire de la préservation du foncier une priorité, assurer la passation intergénérationnelle des terres, et l'installation de nouveaux agriculteurs et de nouvelles agricultrices, c'est l'avenir.

Bien loin des affabulations qui lui sont faites, l’écologie est par essence conviviale, inclusive et réparatrice. Par les nombreuses initiatives existantes à travers toute la France, autour de l’agriculture paysanne, de la reconnexion entre les producteurs et les consommateurs, de la volonté de valoriser des races rustiques et d’anciennes variétés locales, de faire revivre nos campagnes en créant des emplois et en donnant du sens à nos activités, des milliers de personnes font déjà la preuve que l’avenir de nos terroirs et la souveraineté alimentaire citoyenne passe par l’écologie.

Ces 20 et 27 juin, amplifions ces enthousiasmantes dynamiques et mettons nos Régions au service du bien vivre.

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