Je m'appelle August, comme tout le monde

Les êtres humains semblent se réveiller, malgré l’abrutissement généralisé, malgré la force de frappe incroyable que tente de déployer les grands industriels.

Depuis quelques temps nous sentons bien que quelque chose cloche dans notre monde. Et il ne s’agit pas ici de la planète terre, mais bien du monde que nous nous sommes crée, que nous avons laissé créer sans y mettre la moindre intention de le prendre en main. Oui, nous sommes des êtres totalement passifs et apathiques. Notre soif démesurée d’exister, de se faire aimer, est condensée dans la vie merveilleuse que nous offre les réseaux sociaux. Et cela avait l’air nous satisfaire.

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Mais la terre tremble. Les êtres humains semblent se réveiller, malgré l’abrutissement généralisé, malgré la force de frappe incroyable que tente de déployer les grands industriels, relayés par les hommes politiques, eux-mêmes relayés par la grande majorité de la presse. Ce n’est qu’un frémissement, certes, mais bien palpable. Grèves à répétitions, mouvements sociaux, renversement de certains président, refus de consommer, manifestations, tout montre qu’une partie croissante de nos concitoyens, de tous les citoyens, de par le monde, commence à rêver d’un monde meilleur. Un monde qui ne serait pas forcément basé sur l’esclavagisme des plus pauvres, sur l’asservissement des plus faibles. Un monde qui pourrait partager plus équitablement, de manière éthique, en étant conscient de notre impact les uns sur les autres. Oui, l’eau de la marmite frétille de plus en plus. Le chili, la Russie, plusieurs pays d'Europe, la Syrie et d’autres. Le mouvement commence à s’emballer. Hier, un jeune homme de 22 ans s’est immolé devant un restaurant universitaire à Lyon. Morales est en fuite et le chaos s’installe en Bolivie. Le peuple libanais se lève contre ses dirigeants, et la police tire à balles réelles dans la foule hongkongaise.  Toute cette horreur ne peut plus passer inaperçue.

Nous le sentons ce changement, et nous en avons peur. Une peur panique s’empare de nous lorsque nous nous projetons dans un futur où ce qui fait la base de notre éducation, de notre civilisation, est en passe d’être détruit.

Oui, nous avons peur et c’est bien normal. Comment imaginer un monde sans lois, où celle du plus fort primerai sur toutes les autres, sans paniquer?

Nous sommes aveugles. Car cette situation est déjà installée depuis longtemps. Ce sont les plus riches, les plus influents, les plus corrompus, les plus forts, donc, qui dirigent et façonnent le monde. Et bientôt d’autres planètes (!) Nous avons été bernés, englués et bafoués depuis longtemps. La guerre n’est plus forcément sur un champ de bataille mais sur un écran d’ordinateur. Et les ordres lancés d’un clic dans le bureau ouaté et aseptisé d’un quartier d’affaires pour vendre des actions ou licencier 5000 ouvriers ont remplacés les ordres hurlés par des généraux planqués à l’arrière tandis que des gamins allaient se faire tuer au front. Rien n’a changé finalement. Anatole France le disait déjà à propos de la grande guerre dans le journal l’Humanité, en 1922: « On croit mourir pour la France, on meurt pour des industriels ».

  Oui, chaque jour, nous allons mourir pour que le patron de celui qui a rendu le smartphone indispensable puisse continuer de s’engraisser.

  Oui, nous acceptons de nous faire marcher dessus par la famille qui rend ta voiture et l’essence qu’on doit y mettre, indispensables pour que cette famille augmente ses dividendes de plusieurs milliards.

  Oui, nous acceptons que des enfants soient martyrisés, ôtés de leur enfance pour que nous puissions chausser des baskets dernier cri ou manger un délicieux chocolat.

  Oui, nous nous fichons de l’impact que peut produire un avion de ligne nous emmenant dans un pays exotique, ou d’autres esclaves feront semblant de nous accueillir à bras ouvert.

  Oui, nous sommes tous responsable de ce chaos qui pointe le bout de son nez. Je ne stigmatise personne puisque je m’inclus dans cette foule de salopards anonymes. Seulement je ne veux plus faire partie de tout cela. Je veux être un homme libre, conscient et heureux de ne pas écraser les autres pour être heureux.

Mais comment faire?

Je ne sais pas. Je n’ai aucune idée de ce que nous pourrions faire. 

Il y a bien quelques possibilités. Comme disait Coluche, « il suffirai que les gens ne les achète plus pour que cela ne se vende pas ». Mais comment demander à un drogué de ne pas toucher à la dose d’héroïne qu’on vient de lui poser devant le nez? C’est impossible. Car, nous sommes des drogués et les industriels sont des « dealers ».

Nous pourrions prendre en otage les palais présidentiels, le bureau des CEO, les datas center, mais la violence reste un acte qui ne conduit de toutes façons qu’a une autre violence.  Alors que faire?

Comment être, de nos jours un August Landmesser* ? Cet ouvrier Allemand qui est le seul à ne pas faire le salut nazi, dans une foule au bras levé?

En découvrant cette photo, je me suis demandé comment être aussi courageux que cet homme-là.

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Peut être n’était-il pas si courageux en somme? Peut être a-t’il simplement agit par instinct. Peut être n’a-t’il tout naturellement pas voulu suivre le troupeau sans se poser quelques questions. En regardant bien son visage, on peut lire le doute, le questionnement et aussi un petit sourire qui semble dire : « Mais vous êtes sérieux? » .

Peut être est-il temps de s’arrêter, de se poser, de regarder autour de soi, de parler, d’écouter, de réfléchir, et par soi-même. Le moment est venu de débrancher le canal tv-réseaux sociaux, de lire, de se cultiver, d’échanger, de rêver, d’admettre, de se contenter de ce que l’on a sans avoir peur d’avoir moins car nous avons déjà beaucoup (trop) . Peut être est-il temps de croiser les bras, entre amis, en famille et voisins. Peut-être est-il temps de ne plus abreuver le moulin-à-fric des puissants. Peut être est il temps d’attendre, dans le calme et l’entraide, que ceux qui nous dirigent terminent de s’entre dévorer. Car la Vie est ailleurs, on le sent au fond de nous. La Vie n’est pas dans une vie organisée par quelqu’un qui te paie, et mal. La Vie n’a pas besoin d’être gagnée. On nous l’a donnée à la naissance. A nous d’en faire quelque chose de positif. Sans que personne ne nous dise comment être heureux. L’espèce humaine est jeune. Trop jeune pour avoir des jouets si puissants. Alors, grandissons, mettons les jouets de côté et croisons les bras un moment.

Il est grand  temps d’être August, à notre tour.

 

 

 

 

*Il existe un doute sur le nom exact de cet homme.

Certains affirment que c’est August Landmesser (1910-1944),ouvrier du chantier naval Blohm & Voss de Hambourg lors du lancement d'un navire-école, le Horst Wessel, le 13 juin 1936.

D’autre qu’il s’agirait de Gustav Wegert.

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