Les diesels, la rustine thermique de l'industrie nucléaire

Un réacteur nucléaire est une machine bien fragile. Afin de la protéger, EDF n'a rien trouver de mieux que d'équiper les centrales avec de vieux moteurs obsolètes qui fonctionnent bien mal. C'est la fameuse rustine thermique du nucléaire, une solution défaillante qui ne rassure personne...

L’actualité nucléaire est très riche ces derniers temps. Les fuites se multiplient histoire de remettre en cause des promesses de campagne nécessaires pour ferrer les voix écologistes. Les arbitrages de l’Élysée sont bien connus... point de changement dans le domaine du nucléaire, l'urgence est de relancer cette industrie coûte que coûte. La France selon les partisans de l'atome aurait besoin non seulement de prolonger les réacteurs en exploitation mais de plusieurs EPR. D'aucuns pourraient croire que l'affaire est pliée, que la France se dirige inéluctablement vers une le maintien voire l'élargissement de l'option nucléaire. Les choses sont cependant plus compliquées.

Il semblerait que le nucléaire ne fait plus consensus dans les milieux industriels. Beaucoup ont compris que la catastrophe de Fukushima n'est pas une simple anecdote. Elle révèle la fragilité d'une industrie très sensible. Si production nucléaire il doit y avoir cela doit se faire dans des conditions de sûreté à l’abri de tout soupçon. En tout cas c'est le sentiment de quelques industriels peu connus pour alimenter des polémiques stériles[1].

Le 19 février 2014, le journal Libération publie un article sur un recours en référé d'Alstom et MAN contre un appel d'offre d'EDF pour des diesels d'ultime secours. Renaud Lecadre ne mâche pas ses mots. « EDF est-elle en train de sacrifier la sécurité de ses centrales nucléaires sur l’autel de la rentabilité ? Dans l’actuel appel d’offres portant sur le marché des centrales dites d’«ultime secours» - qui permettent de refroidir les circuits en cas d’incident -, les critères financiers, dans la décision finale, pèsent pour 92%, contre 8% pour les critères techniques…[2] » L'expertise judiciaire est sans appel. Le 21 février 2014, le magazine Capitale révèle que le président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), Pierre-Franck Chevet, a reçu une lettre de trois pages mettant gravement en cause les choix faits par EDF pour équiper d’ici 2018 ses réacteurs nucléaires de moteurs diesels d’ultime secours (DUS)[3]. « L’auteur de ce document confidentiel, dont Capital.fr a pu obtenir une copie, sait de quoi il parle. Expert près de la Cour d’appel de Paris, Yves-Marie Le Marchand est ingénieur en Génie Atomique. Début janvier, il avait été contacté par MAN Diesel & Turbo France. Allié à Alstom, ce fabricant de turbines à Saint-Nazaire, filiale du groupe allemand MAN, venait d’être écarté par EDF a l’issue d’un appel d’offre pour la fourniture de 58 moteurs diesels (un par réacteur installé en France). Un marché de près de 10 milliards d’euros. » Quelques heures plus tard, La Tribune[4] confirme l'information. « Les moteurs diesels d'ultime secours (DUS) proposés par les deux consortiums retenus ne sont pas conformes au cahier des charges d'EDF alors que celle d'Alstom et MAN l'était. Il ajoute que le choix d'EDF doit reposer sur des moteurs qui existent et non sur des projets de moteurs à construire qui ne disposent d'aucune démonstration de fiabilité. »

Une fois n'est pas coutume, la critique des choix technologiques vient de l'industrie. Des entreprises sérieuses commenceraient elles à douter de la capacité d'EDF à gérer le nucléaire ? En tout cas une hypothèse peut être formulée : des enjeux financiers semblent avoir déterminés des choix technologiques conservateurs qui ne garantissent pas une sureté nucléaire en toute circonstance...

Les centrales sont équipées de moteurs d'un autre temps !

Même si en tant qu'écologiste il est difficile de faire la promotion du diésel, il faut bien reconnaître que cette technologie a pu répondre à certains besoins. Ces gros moteurs permettent de fournir les quelques 6 MW nécessaires à l'alimentation électrique d'urgence des réacteurs nucléaires. A l'époque où les centrales ont été conçues c'était la meilleure technologie disponible malgré des faiblesses connues de beaucoup. Or peu d'entreprises étaient capables d'assembler de telles machines qui demandent un minimum de savoir-faire et des capacités industrielles réelles.

L'une d'entre elles est la SEMT qui construisait le fameux moteur Pielstick[5]. Moteur qui équipe encore de nombreux navires et qui a permis le développement des motrices diesel-électrique par la SNCF[6]. Il s'agit de machines robustes qui ont passionné plusieurs générations de thermiciens en particuliers dans la marine. Seuls les coussinets donnaient à voir quelques soucis, nous y reviendrons plus tard.

Mais le recul du diesel-électrique et la crise des chantiers navals impose à cette industrie mécanique de revoir sa stratégie[7]. On a craint même un temps qu'elle disparaisse. En 2006, MAN qui a pris progressivement le contrôle de la SEMT envisage la fermeture du site de Saint-Nazaire[8]. Mais l'entreprise ne baisse pas les bras et fait le choix de renouveler sa production. La SEMT décide de suspendre la fabrication de Pielstick pour se concentrer sur la production des nouveaux moteurs qui ont le mérite de fonctionner aussi au gaz[9]. L'activité de MAN se renouvelle voire se renforce[10].

Cette épisode peut sembler complètement étranger à l'industrie nucléaire. Il n'en est rien. Un peu comme dans le domaine du fréon, EDF pour des raisons économiques a préféré conserver des technologies obsolètes plutôt que de recourir aux fameuses meilleures technologies disponibles. Des moteurs conçus lors de la Seconde Guerre mondiale connaissent de multiples défaillances dès les années 1990 au point que l'ASN doive reconnaître en 2009 des défauts génériques[11]... pourtant bien connus dans la Marine ou à Quatre-Marre depuis longtemps.

Mais pour être tout à fait objectif, il faut reconnaître que la "crise de coussinets" n'a pas touché les Pielstick mais un autre moteur, dénommé aujourd'hui Wartsila[12]. Il a été conçu puis fabriqué par une entreprise tout aussi honorable que la précédente, la Société alsacienne de construction mécanique (SACM)[13] de Mulhouse qui est passée de mains en mains depuis une trentaine d'année. Aujourd'hui la fabrication de ces moteurs est arrêtée. L'entreprisse se contente de proposer en France des offres de service en particuliers de maintenance[14].

Si on résume, les centrales françaises sont donc aujourd'hui équipées de moteurs anciens qui ne sont plus produits, des Pielstick, des SACM et des Sulzer à Chooz. Les problèmes et les faiblesses de ces machines sont bien connues et ont donné lieu à de nombreuses études[15]. Comment considérer que le nucléaire est une industrie fiables et modernes ? Le maintien de vieux moteurs n'est pas étranger aux innombrables défaillances des alimentations électriques de secours que l'ASN ne cesse de dénoncer. On a bien affaire à un talon d'Achilles des centrales...

Pour garantir l'alimentation électrique de secours...

L'affaire récente des disjoncteurs a donné à voir que les réacteurs nucléaires sont de gros consommateurs d'électricité. Les lignes à Très-Haute-Tension auxquelles les centrales sont reliées ne servent pas seulement à évacuer l'électricité produite mais à pour garantir le bon fonctionnement des installations[16]. L'alimentation électrique est ainsi un enjeu de sûreté de première importance. Si elle vient à défaillir, il n'est pas possible de faire fonctionner la plupart des équipements que nécessitent un réacteur (pompes, vannes, ventilateurs, capteurs, éclairage, etc.). C'est tout particulièrement important lorsqu'il faut arrêter un réacteur ne serait ce que pour des opérations de maintenance ou un arrêt de tranche. On comprend mieux l'attention portée par l'Autorité de sûreté à cette nécessité technique.

Dès leur construction les réacteurs nucléaires ont ainsi intégré des moteurs diesels dits de secours pour suppléer le cas échéant à une perte d'alimentation électrique partielle ou complète. Ces gros moteurs ont été installés pour entraîner des alternateurs destinés à produire l'électricité nécessaire aux équipements de sûreté du réacteur au premier rang desquels des pompes.

En effet, une centrale nucléaire n'est jamais qu'une grosse chaudière qui devient très dangereuse dès que son fonctionnement en exploitation vient à défaillir. A partir du moment où le circuit secondaire, celui qui produit l'électricité, ne vient plus refroidir le circuit primaire, celui qui est au contact du combustible, il faut faire appel  à différents circuits de secours afin d'arrêter le réacteur et surtout éviter que les barres de combustibles se retrouvent à l'air libre[17]. Généralement il suffit d'alimenter en eau froide les générateurs de vapeur pour évacuer la chaleur résiduel du circuit primaire[18]. Quand cela ne suffit pas, par exemple lorsque les grappes de contrôle dysfonctionnent, la conduite du réacteur peut alimenter directement le circuit primaire avec une eau borée. Mais pour cela faut du courant et des pompes c'est à dire des diesels de secours dans certaines circonstances.

Ces grosses machines constituent pour l'essentiel ce que l'on appelle les auxiliaires nucléaires disposés dans des bâtiments (BAN) construits autour du bâtiment-réacteur (BR). La doctrine de sûreté en vigueur impose que ces engins soient disponibles en permanence et puissent démarrer immédiatement. Et si un équipement vient à défaillir d'autres doivent prendre le relais. C'est ce que l'on appelle la redondance. « Les actions automatiques de protection du cœur, destinées à agir dès les premiers instants d’un accident, sont quadruplées dans le contrôle-commande Les systèmes de sauvegarde – injections de sécurité, diesels de secours, circuits d’aspersion auxiliaires, circuits de refroidissement des piscines de stockage de combustible – sont doublés, chacun d’eux pouvant assurer, à lui seul, la fonction requise[19]. »

Mais de la théorie à la pratique, il y a plus qu'un pas. Si une seule de ces cinq alimentations est suffisante pour garantir le fonctionnement des matériels de sûreté, il arrive qu'aucune soit disponible. L'Autorité de sûreté est ainsi très attentive à la fiabilité des alimentations électriques de secours. Elle est particulièrement vigilante à la disponibilité des diesels, à leur fiabilité mais aussi au bon approvisionnement des réserves de fuel. Force est de reconnaître que l'exploitant ne se montre pas toujours à la hauteur des attentes. L'entretien et la maintenance des diesels sont souvent approximatives sans compter les erreurs humaines.

...trop souvent défaillantes !

Comme les capacités du serveur de Mediapart ne permet pas de stocker la très longue liste des incidents publiés par l'ASN, je me contenterai de présenter quelques exemples significatifs.

Le 5 février 2001, une inspection révèle à Chinon que les volets d'admission d'air des locaux des 2 groupes électrogènes de secours diesels ont été fermés. Dans cette configuration, le fonctionnement des diesels est considéré comme non-opérationnel par manque de comburant. Cette situation a eu pour conséquence l'impossibilité de garantir la disponibilité des diesels pendant une durée de 5 heures.

Le 28 décembre 2001, l'exploitant a découvre au Blayais dans le cadre de ses procédures de surveillance que les aérations des locaux contenant les groupes électrogènes de secours du réacteur 4 étaient totalement obturées. Depuis les observations de ce genre n'ont jamais diminuées, les inspecteurs regrettant la présence de bidons, de flaques d'huile, de fuite de fuel, de toute une série d'objets qui gênent non seulement l'aération mais aussi l'accès aux équipements... non sans accroitre les risques d'incendie.

Lors d'un contrôle réalisé le 25 septembre 2002 une première anomalie générique est repérée à Golfech. EDF constate le blocage de la vanne thermostatique de l'un des groupes électrogènes de secours à moteur diesel dû à la perte d'un anneau de maintien dans la commande mécanique de la vanne. Le blocage de la vanne thermostatique, qui règle le refroidissement en eau du groupe électrogène, peut entraîner la panne de celui-ci. Des anomalies similaires ont été détectées sur les centrales de Nogent, Penly, Cattenom, Saint-Alban et Paluel.

Le 11 novembre 2002, on entrevoie les conséquences des erreurs humaines. Pendant la phase de redémarrage du réacteur 3 de Cattenom, le système turbo-alternateur de secours a été considéré disponible alors que son fonctionnement global n'avait pas été testé après le remplacement de son régulateur de vitesse. De plus, la fermeture inexpliquée d'une vanne d'alimentation en vapeur détectée tardivement rendait le système turbo-alternateur inefficace en cas de sollicitation immédiate. Enfin, lors de l'essai de requalification, l'alimentation électrique des matériels secourus par le turbo-alternateur de secours a été endommagée, à la suite d'une mauvaise manipulation.

Le 17 janvier 2003, deuxième problème générique. EDF déclare à l'Autorité de sûreté la défaillance de la résistance au séisme de certaines tuyauteries auxiliaires ou de sauvegarde importantes pour la sûreté (IPS) des réacteurs de Blayais, Chinon, Cruas, Dampierre, Flamanville, Gravelines, Paluel, Saint-Alban, Saint-Laurent et Tricastin. Des investigations mettent en évidence des défauts d'implantation de certaines chevilles à expansion utilisées pour la fixation au génie civil des supports de tuyauteries IPS. Les contrôles ont révélé des défauts d'implantation de chevilles sur les supports des tuyauteries auxiliaires des groupes électrogènes de secours des réacteurs de Blayais, Chinon, Cruas, Dampierre, Gravelines, Saint-Laurent et Tricastin.

Le 23 mai 2003, pendant l'arrêt pour maintenance du réacteur 4 de Cattenom, l'un des groupes électrogènes à moteur diesel de secours des alimentations électriques n'a pas démarré lors d'un essai périodique. Cet événement est la conséquence d'une erreur du plan de câblage électrique utilisé lors d'une modification au niveau d'une armoire électrique. Toutefois, le moteur diesel concerné aurait pu être démarré manuellement en cas de nécessité... mais l'expérience de Fukushima prouve qu'il est bien difficile d'intervenir dans un BR surtout quand il n'y plus d'éclairage.

Le 12 août 2003, lors d'un essai périodique sur un groupe électrogène du réacteur 2 de Chooz, l'exploitant constate que la pression d'alimentation en fuel du moteur diesel était supérieure au critère requis par les spécifications techniques d'exploitation. En compulsant les résultats des essais précédents pour analyse de l'évolution, il a relevé que l'essai du 17 juin avait été déclaré satisfaisant alors que le défaut était déjà présent et qu'aucune action de remise en état n'avait été entreprise...

Le 6 septembre 2003, pendant la phase de redémarrage du réacteur n°1 de Penly, l'exploitant a constate que le groupe turboalternateur de secours était indisponible alors qu'il était requis par les spécifications techniques d'exploitation. Le 5 septembre, un disjoncteur nécessaire au fonctionnement du groupe turboalternateur de secours a été mal positionné. Le lendemain, des contrôles préalables aux opérations de redémarrage du réacteur n'ont pas permis de détecter l'indisponibilité...

Le 27 mars 2004, pendant l'arrêt pour maintenance du réacteur n°2 de Cattenom, les deux groupes électrogènes de secours à moteur diesel des alimentations électriques ont été rendus indisponibles simultanément. Cet évènement est la conséquence d'une erreur humaine lors de l'intervention pour maintenance sur l'un des deux moteurs diesels. Des vannes assurant l'appoint en air sur l'un des moteurs diesel ont été fermées alors que le second était arrêté pour maintenance.

Le 10 avril 2005, pendant la phase de redémarrage du réacteur n°1 de Penly, une indisponibilité du groupe turbo-alternateur de secours survient à la suite d'un essai périodique. Il s'avère que cette indisponibilité remontait au mois de décembre 2004. Le groupe turbo-alternateur de secours avait fait l'objet d'une opération de maintenance en décembre 2004 afin de réparer une vanne. A l'issue de cette opération de maintenance, les essais réalisés n'ont pas détecté que le réglage ne permettait pas d'assurer une complète ouverture de la vanne à 15 bars. Par conséquent, en cas de perte totale des alimentations électriques, le groupe turbo-alternateur n'aurait pas eu assez de puissance pour remplir son rôle.

Le 27 janvier 2007, à Dampierre, un agent repère un niveau élevé d'huile dans le carter d'un groupe électrogène de secours. L'exploitant doit reconnaitre l'indisponibilité du matériel, car celui-ci aurait pu être détérioré suite à la saturation des filtres à huile en cas de mise en service. Après analyse, il s'avère que le 23 janvier 2007, un appoint d'huile trop important avait été réalisé sans respecter les procédures adaptées. Le groupe électrogène de secours a été réellement indisponible pendant une durée de 5 jours.

Le 22 avril 2008, à Gravelines, des corrosions importantes ont été détectées sur les tuyauteries de refroidissement des deux groupes électrogènes du réacteur n°2. De fortes corrosions localisées des tuyauteries des circuits de refroidissement des diesels a été identifiée fin mars, lors de l'arrêt pour maintenance actuellement en cours sur le réacteur n°1.

Le 24 juin 2008, à Civaux, la mauvaise préparation d'un essai périodique a conduit à rendre indisponible un groupe électrogène de secours pendant deux heures. Un intervenant a mal actionné un disjoncteur, rendant indisponible le groupe électrogène de la voie B pendant deux heures. Un événement identique était survenu sur le réacteur n°1 le 3 avril 2008. L'opérateur à l'origine de la manœuvre inappropriée du 24 juin 2008 n'a cependant pas été sensibilisé à la difficulté que présentait cette intervention.

Le 1er octobre 2008, à Cruas, au cours de l'arrêt pour maintenance et rechargement en combustible du réacteur n° 3, EDF a constaté que le turboalternateur de secours n'était pas disponible. L'opérateur a constaté un mauvais réglage mécanique d'une commande de soupape qui rendait indisponible le groupe turboalternateur de secours. Ce mauvais réglage datait d'août 2008.

Le 23 avril 2009, l'exploitant du centre nucléaire de production d'électricité du Tricastin n'a pas procédé à la mise à l'arrêt immédiate des réacteurs n° 1, 2 et 4 alors qu'il venait de diagnostiquer que des essais de bon fonctionnement des groupes électrogènes de secours n'avaient pas été réalisés en 2008.

Le 3 septembre 2009, à Civaux, EDF a constaté qu’un essai périodique d’un matériel important pour la sûreté n’avait pas été réalisé. La règle d’essai, validée par l’ASN, précise que cet essai doit être réalisé lorsque la cuve du réacteur est ouverte. Or, lorsque l’absence de réalisation de l’essai a été détectée, la cuve avait déjà été refermée, ce qui empêchait la centrale de tester son groupe électrogène dans les conditions prévues. L’essai n’ayant pas été réalisé, le bon fonctionnement du groupe électrogène de secours ne pouvait pas être garanti. Le site aurait dû, en application des règles générales d’exploitation, baisser la puissance du réacteur sous trois jours. 

Le 16 octobre 2009, EDF a informé l'ASN d’une anomalie générique concernant les coussinets de tête de bielle des moteurs diesels des groupes électrogènes de secours des réacteurs de 900 MWe suivants : Blayais 1-3, Bugey 2-3-4, Chinon B3, Cruas 3-4, Gravelines 2-4, Saint-Laurent 2 et Tricastin 1-2-3-4. A la suite de la défaillance d’un moteur diesel de secours sur le réacteur 4 de la centrale de Chinon en juillet 2008, EDF et son fournisseur ont engagé des expertises, dont les résultats ont révélé, en octobre 2009, qu’une dégradation rapide du coussinet était à l’origine de cette défaillance. Lorsque le moteur diesel est en fonctionnement, la dégradation du coussinet est susceptible de conduire à son grippage et ainsi à la défaillance du groupe électrogène.

Le 20 octobre 2009, les techniciens de la centrale nucléaire de Fessenheim observent qu’il manque environ 20 m3 dans un réservoir de stockage de fuel. Les investigations menées par l’exploitant ont permis de détecter le 21 octobre une fuite sur une canalisation alimentant les groupes électrogènes de secours à moteur diesel. La canalisation en cause a été isolée et l’exploitant a récupéré environ 7 m3 de fuel encore présents dans un caniveau bétonné. La quantité totale de fuel rejetée dans le sol est donc estimée actuellement à 13 m3.

Le 15 décembre 2009, l'exploitant à Cruas a déclare un événement significatif pour la sûreté relatif à l'indisponibilité du démarrage depuis la salle de commande d'un groupe électrogène de secours du réacteur n°4. Dans le cas où un incident aurait nécessité le démarrage de ce groupe électrogène depuis la salle de commande, ce démarrage n'aurait pas pu avoir lieu et aurait dû être réalisé en local, retardant ainsi la sécurisation des alimentations électriques par ce groupe.

Le 3 août 2010, alors que le réacteur n°1 de Fessenheim est en production, l’exploitant détecte qu’un groupe électrogène de secours est indisponible. Le problème est de à l’endommagement de câbles électriques, survenu lors de travaux effectués le 12 juillet 2010, soit trois semaines auparavant.

Le 16 février 2011 un essai périodique effectué à la centrale EDF du Blayais a mis en évidence la défaillance d’un groupe électrogène. Les premiers éléments de l’analyse engagée par EDF et son fournisseur ont été communiqués à l’ASN le 7 février 2011. Ils mettent en cause une dégradation plus rapide que prévue des coussinets, qui sont des composants mécaniques destinés à limiter les frictions entre les pièces mobiles des moteurs diesel. Sur tous les sites d’EDF, autres que celui du Tricastin, où sont présents des coussinets de ce type (Blayais, Bugey, Chinon, Cruas, Dampierre, Gravelines, Saint-Laurent).

Le 24 mars 2011, alors que le réacteur n° 1 de Paluel est en puissance, un essai de requalification effectué sur un groupe électrogène de secours a entraîné automatiquement le démarrage préventif du système d'alimentation de secours en eau des générateurs de vapeur (ASG). A la suite de travaux de réparations, un essai de la régulation de vitesse a été réalisé sur un groupe électrogène. L’essai a été effectué deux fois consécutivement et dans les mêmes conditions. Il a échoué à chaque fois sans qu’une analyse des causes du premier échec n’ait été faite. Cela a entraîné automatiquement et à chaque occurrence, le démarrage préventif du système ASG, ce qui n’est normalement pas le cas lorsque l’essai est réalisé correctement.

Le 28 novembre 2011, lors de la visite décennale du réacteur n° 1 de Penly, l’un des deux groupes électrogène de secours a été automatiquement mis en service par le système de protection du réacteur. L’exploitant réalisait, une opération programmée de basculement des sources d’alimentation électriques du réacteur n° 1 du transformateur auxiliaire - alimenté en électricité par le réacteur n° 2 - vers le transformateur de soutirage - alimenté par le réseau électrique. Lors de cette opération, à la suite d’une configuration inappropriée des circuits électriques du réacteur n° 1, l’alimentation normale de l’un des deux tableaux électriques secourus des systèmes de sauvegarde a été coupée. Le groupe électrogène a alors été automatiquement mis en service par le système de protection du réacteur. Au regard de l’analyse du compte-rendu d’événement transmis, le 30 janvier 2012 par l’exploitant, il est apparu que la perte de l’alimentation normale du tableau électrique secouru résulte d’un manque de rigueur dans la déclinaison du référentiel de lignage utilisé pour mettre dans une configuration donnée, certains circuits du réacteur. Ce référentiel garantit le bon déroulement des opérations, d’en assurer la traçabilité et de connaître à un instant donné, la configuration précise des circuits.

Le 10 mai 2012 alors que le réacteur n° 1 de Paluel était en phase de redémarrage, EDF a mis en évidence une défaillance matérielle sur le turbo-alternateur de secours rendant ce matériel indisponible pendant une durée supérieure à celle permise par les règles générales d’exploitation. 

Le 13 juin 2012, à Belleville, pendant la phase de redémarrage du réacteur n°2 à l’issue de son arrêt pour maintenance, l'exploitant a constaté que le groupe turboalternateur de secours était indisponible alors qu'il était requis par les spécifications techniques d'exploitation. Le 1er juin, un disjoncteur nécessaire au fonctionnement du groupe turboalternateur de secours a été mal positionné. Le groupe turboalternateur n'était alors pas requis par les spécifications techniques d'exploitation. Le 09 juin, des contrôles préalables aux opérations de redémarrage du réacteur n'ont pas permis de détecter le mauvais positionnement du disjoncteur. EDF a donc poursuivi le redémarrage du réacteur. Le groupe turboalternateur, indisponible, était alors requis par les spécifications techniques d'exploitation.

Le 22 juin 2012, l’exploitant du Bugey a procédé́ au remplacement d’un capteur de mesure de pression d’un des deux groupes électrogènes de secours à moteur diesel du réacteur n 4 car il présentait des grippages internes. Le 26 juillet 2012, l’exploitant a réalisé l’essai périodique de bon fonctionnement de ce groupe électrogène. Au cours de l’essai, le groupe électrogène n’a pas démarré́. Les expertises ont permis de déterminer que le dysfonctionnement trouvait son origine dans un défaut de serrage d’une vis lors du remplacement du capteur, réalisé́ le 22 juin 2012.

Le 2 juillet 2012, à Nogent-sur-Seine, un transformateur auxiliaire, qui assure l'alimentation des matériels en lieu et place du transformateur principal alors arrêté, se met à l'arrêt suite à un défaut de fonctionnement sur une ligne électrique. Conformément à ce qui est prévu en pareille situation, le groupe électrogène de secours s'est déclenché automatiquement. Toutefois, le délai de réalimentation des ventilateurs utiles au confinement de la radioactivité en cas d'accident nucléaire a été de six heures au lieu d'une.

Le 5 septembre 2012, à l’occasion d’un essai périodique permettant de vérifier le bon fonctionnement du matériel, EDF détecte une fuite au niveau d’un couvercle de filtre du turbo-alternateur de secours. Le 6 septembre, dans le cadre de la réparation de la fuite, EDF détecte les anomalies de montage de deux goupilles. Le réacteur n°5 de la centrale de Gravelines est à l’arrêt pour maintenance et renouvellement d’une partie de son combustible depuis le 19 mai 2012. Le lendemain, EDF détecte une anomalie de montage de deux goupilles sur le turbo-alternateur de secours qui peut empêcher le bon fonctionnement de celui-ci.

Le 7 septembre 2012, les opérations de redémarrage du réacteur n°5 de la centrale de Gravelines sont en cours. EDF détecte qu’une vanne du limiteur de vitesse d’un diésel de secours est en position fermée, ce qui empêche une montée en puissance de celui-ci. Le 19 août 2012, EDF avait détecté que le retour d’un vérin présent sur le limiteur de vitesse du diésel n’était pas complet mais n’avait détecté aucun élément susceptible d’avoir un impact sur le bon fonctionnement du diésel. Le 7 septembre, à l’occasion d’un nouvel essai périodique, le retour du vérin est de nouveau incomplet. Le 8 septembre, au cours d’une intervention sur le vérin, EDF détecte qu’une vanne présente sur le limiteur de vitesse est déplombée et en position fermée empêchant ainsi la montée en puissance du diésel.

Le 1er octobre 2012, EDF au Bugey déclare à l'Autorité de sûreté un événement significatif pour la sûreté portant sur la détection tardive de la défaillance d’un capteur de mesure de pression équipant un groupe électrogène de secours à moteur diesel du réacteur n°4. Le 22 juin 2012, l’exploitant de la centrale nucléaire du Bugey a procédé au remplacement d’un capteur de mesure de pression d’un des deux groupes électrogènes de secours à moteur diesel du réacteur n°4 car il présentait des grippages internes. Le 26 juillet 2012, conformément aux règles générales d’exploitation, l’exploitant procède à l’essai périodique de ce groupe électrogène de secours à moteur diesel. Au cours de l’essai, le groupe électrogène de secours n’a pas démarré. Dès la détection de cette avarie, les équipes de la centrale ont mené les investigations techniques pour en comprendre les causes : ces expertises ont permis de déterminer que le dysfonctionnement trouvait son origine dans un défaut de serrage d’une vis lors du remplacement du capteur qui a été réalisé le 22 juin 2012. Ce défaut de serrage ne permettait pas d’enclencher la séquence de démarrage du groupe électrogène de secours.

Le 4 octobre 2012, l’exploitant de la centrale électronucléaire de Belleville découvre une erreur dans le calcul d’un critère de l’essai périodique réalisé à chaque arrêt de réacteur pour vérifier certaines des caractéristiques de fonctionnement du groupe électrogène d’ultime secours. L'erreur est présente depuis la création de la procédure locale de réalisation de cet essai en 2002. Après découverte de l’erreur sur une formule de calcul, la reprise, avec la bonne formule, des dépouillements des essais réalisés depuis 2002, a montré que le critère, objet du calcul, n’était pas satisfaisant lors des essais réalisés successivement en octobre 2010 et en octobre 2011. La TAC a donc été indisponible du 21 octobre 2010 au 30 mai 2012, soit durant 19 mois. En cas de perte totale des alimentations électriques externes et internes, la TAC n’aurait pas été en mesure de réalimenter électriquement la totalité des matériels de sauvegarde appelés dans cette situation incidentelle.

Le 14 mars 2013, alors que le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Cattenom était à l’arrêt pour maintenance, les opérateurs ont détecté que la tuyauterie d’alimentation en fioul du moteur diesel d’un groupe électrogène de secours présentait une épaisseur insuffisante, ce qui a conduit à la remplacer. Cette sous-épaisseur, vraisemblablement présente sur la tuyauterie depuis plusieurs mois, ne permet pas à l’exploitant de garantir qu’en cas de nécessité, le groupe électrogène aurait pu fonctionner en continu pendant plusieurs jours conformément à ce qui est requis. Après investigations, il est apparu que cette sous épaisseur est due au frottement entre la tuyauterie et un collier de fixation, lorsque le moteur fonctionne. Compte tenu de la cinétique d’usure, l’exploitant estime qu’un fonctionnement prolongé du moteur aurait pu conduire à un percement de la tuyauterie et à l’indisponibilité du groupe électrogène au bout de deux jours. En outre, cette sous-épaisseur ne permettait plus de garantir la tenue de cette tuyauterie en cas de séisme.

Le 23 avril 2013, l’exploitant de la centrale nucléaire du Bugey a déclaré, après l’avoir mis en évidence par des études, un écart de fixation de plusieurs échelles à crinoline situées dans les locaux des groupes électrogène de secours à moteur diesel. Ces défauts de fixation remettent en cause la tenue de ces échelles en situation de séisme et leur chute pourraient constituer dans une telle situation une agression des groupes électrogènes de secours. Ces défauts constituent un écart par rapport à la démonstration de sûreté. En effet, celle-ci repose sur les groupes électrogènes de secours en cas de perte des alimentations électriques externes et en situation de séisme. Or, la présence des défauts de fixation ne permet pas de garantir la disponibilité des groupes électrogènes de secours en situation de séisme.

Le 11 juin 2013, l’exploitant du centre nucléaire de production d’électricité (CNPE) de Gravelines a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un événement significatif pour la sûreté relatif à l’indisponibilité du turboalternateur de secours dû au temps de manœuvre trop long d’une vanne du réacteur n°5. Le réacteur n°5 est à l’arrêt pour maintenance et renouvellement d’une partie de son combustible depuis le 4 mai 2013. Le 8 juin 2013, à l’occasion d’un essai périodique, EDF détecte que le temps d’ouverture d’une vanne située sur le turboalternateur de secours est trop long. L’expertise réalisée par EDF fait apparaître que le robinet permettant la commande de cette vanne n’est pas suffisamment ouvert. En effet, celui-ci a été partiellement fermé lors de l’arrêt du réacteur.

Le 19 juillet 2013, l’exploitant de la centrale nucléaire de Civaux a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire(ASN) un événement significatif pour la sûreté relatif à l’indisponibilité d’un des deux groupes électrogènes diesels du réacteur n° 2. Le 18 juillet, à l’issue d’un essai périodique, l’un des deux groupes électrogènes diesels du réacteur n° 2 s’est arrêté automatiquement, du fait d’un manque de pression sur son circuit d’alimentation en fuel. Il apparaît que l’éventage du circuit d’alimentation en fuel n’avait pas été correctement réalisé à la suite du remplacement d’un équipement sur ce circuit le 1er juillet 2013. Le diesel n’était donc pas en capacité d’assurer ses fonctions depuis cette date. Or, en cas d’indisponibilité d’un diesel, l’exploitant dispose de trois jours pour procéder à l’arrêt du réacteur, conformément aux spécifications techniques d’exploitation. Cette prescription n’a pas été respectée, par méconnaissance de la présence importante d’air dans le circuit de fuel du diesel.

Tout cela n'est qu'un florilège de ce qui a été porté à la connaissance de l'ASN. On peut imaginer que des problèmes de moindre importance n'ont ni fait l'objet de déclaration par l'exploitant ni de publication par l'Autorité. Une chose est sûre. Les alimentations de secours ne sont guère fiables. Les diésels ne sont pas dans un très bon état et leur maintenance est de plus en plus difficile. Les travaux sont souvent mal réalisés et leurs contrôles incomplets. Les règles générales d'exploitation et les spécifications techniques sont manifestement sacrifiées sur l'autel de la rentabilité financière. Non seulement les diésels et les équipements qui leur sont associés sont obsolètes mais ils ont très mal vieillis.

Une question se pose dès lors. Pourquoi donc EDF persévérer sur cette voie alors que défaillances, défauts et autres incidents sont si nombreux ? N'existe-t-il pas d'autres solutions que de maintenir une technologie déficiente pour garantir l'alimentation de secours ? Des turbines à combustion comme au Bugey ne seraient-elles pas une solution technique plus efficiente que des moteurs dont la conception remonte au siècle précédent ? La prescription de l'Autorité de sureté pour doter les centrales d'une alimentation électrique d'ultime secours peut elle être assurée par des diésels ? Ne conviendrait il pas mieux d'installer des équipements plus modernes ? Le retour d'expérience de Fukushima n'imposait il pas d'envisager des solutions alternatives plus fiables, plus efficientes ?

Les diésels sont ainsi le côté mou du noyau dur

L'Autorité de sûreté et son appuis technique ont parfaitement conscience de cette faiblesse de l'alimentation électrique des réacteurs[20]. Les prescriptions qui ont suivi les évaluations complémentaires de sureté menées en 2011 leur ont permis de réaffirmer la nécessité pour les exploitants de revoir équipements et dispositifs pour assurer en toute circonstance l'alimentation électrique de secours.

La prescription [ECS-18] recommande non seulement une augmentation de l'autonomie des batteries en cas de perte d'alimentation électrique mais aussi : "Au plus tôt compte tenu des contraintes de déploiement sur le parc et, en tout état de cause, avant le 31 décembre 2018, l’exploitant met en place, sur chacun des réacteurs du site, un moyen d'alimentation électrique supplémentaire permettant notamment d'alimenter, en cas de perte des autres alimentations électriques externes et internes, les systèmes et composants appartenant au noyau dur objet de la prescription [ECS-1] ci-dessus."

La mise en service d'une alimentation électrique d’ultime secours mentionnés à l’alinéa II de la prescription [ECS-18] seule peut garantir l'opérationnalité des moyens de crise définis au IV de la prescription [ECS-1]. Il s'agit en particulier comme le donne à voir ce schéma de l'IRSN d'une source électrique supplémentaire pour compenser une défaillance des sources internes et externes.

Les exigences complémentaires pour la mise en place du noyau dur reprennent cette orientation. "Pour les centrales d’EDF, le noyau dur devra comprendre des moyens électriques bunkerisés qui doivent être en place partout avant 2018 ; dès la fin 2013, des groupes diesel de secours supplémentaires devront être installés[21]." La prescription [ECS-ND4] précise ainsi que : "Le noyau dur comprend un système de contrôle commande et une distribution électrique aussi indépendants que possible des moyens existant à la date où les évaluations complémentaires de sûreté imposées par la décision du 5 mai 2011 susvisée ont été engagées, sauf pour les cas où cette indépendance est une source de moindre fiabilité du noyau dur."

Tout porte à croire que c'est l'exploitant qui a proposé que l'alimentation électrique d'ultime secours soit assurée par des diesels. Ces fameux DUS qui seraient installés en hauteur sur les toits des BAN pour éviter toute possibilité de submersion[22]. Beaucoup ont accueilli cet engagement d'EDF comme une bonne nouvelle. Même si l'exploitant restait prisonnier de la doctrine de le redondance des moyens de sureté d'aucuns ont considéré qu'il faisait un effort pour accroitre la sureté des installations[23].

Le problème est que l'intention n'est pas à la mesure des besoins d'une alimentation électrique sûre. L'IRSN et l'ASN ont formulé des réserves non négligeables au projet de modification déclaré par EDF relative à la réalimentation électrique des armoires LLS et des mesures de niveau dans la piscine de désactivation situé dans le bâtiment combustible (piscine BK) pour les 1 300 MW. L'IRSN exprime des réserves au sujet de la conduite prévue par EDF en situation H 3 lorsque le RRA n'est pas connecté. L'ASN quant à elle a repéré un risque d'aspiration des fumées du diésel par le circuit de ventilation générale du bâtiment des auxiliaires nucléaires (DVN) pour le palier P'4, c'est à dire celui de Penly.

D'aucuns peuvent supposer que l'exploitant n'a pas à ce jour apporté de réponses satisfaisantes aux remarques de l'Institut et de l'Autorité de sureté... qu'EDF abuse de manœuvres dilatoires et autres esquives dérogeant aux responsabilités qui sont les siennes. C'est le cas en particulier pour les diésels de secours à en croire le courrier de position CODEP-DCN-2012-022924 concernant le chantier de l'EPR de Flamanville. La quête du moindre coût amène l'exploitant nucléaire à faire des choix inquiétants.

Au final c'est la sureté nucléaire qui est sacrifiée

Si on résume : les diésels sont une technologie des années quarante appliquée à des centrales conçues dans les années cinquante dans l'espoir de limiter la catastrophe. L'expérience de Fukushima et les innombrables défaillances des alimentation électrique de secours observées en France prouvent que cette solution est tout au plus une rustine sur une jambe de bois. En particuliers dans des situations exceptionnelles, "hors dimensionnement", tout porte à croire que les systèmes de secours ne fonctionneraient pas[24].

L'Autorité de sureté n'a cessé de multiplier les signaux invitant l'exploitant à revoir sa stratégie et à imaginer des solutions alternatives à la mesure des nouveaux référentiels de sureté. L'exemple de l'EPR prouve qu'EDF n'en a cure et préfère persévérer sur une voie qui a prouvé sa faiblesse. La redondance n'est pas opérante si elle met en œuvre des équipements identiques. A quoi bon multiplier des diésels obsolètes si les agents ne savent plus les maintenir en état de fonctionner[25] ?

Les deux industriels qui ont déposés en janvier 2014 un recours contre l'appel d'offre d'EDF pour les diésels du "noyau dur" posent à leur manière cette question[26]. Puisque le renforcement de la robustesse des centrales est une nécessité, conviendrait-il encore d'investir à la mesure des enjeux. Ce n'est pas une doléance du mouvement antinucléaire mais une exigence de l'Autorité de sureté[27] réaffirmée à l'occasion des auditions de la commission d'enquête parlementaire sur les couts du nucléaires[28]. Des investissements massifs sont nécessaires non seulement pour installer de nouveaux équipements mais pour remplacer des équipements anciens, défaillants et obsolètes.

Cela ne semble pas être le point de vue de l'exploitant nucléaire qui ne peut plus engager les moyens suffisants pour garantir la sureté auquel chacun à droit[29]. EDF préfère poursuivre une orientation ancienne quelques soient les doutes qui commencent à s'exprimer en son sein[30]. Sans même qu'un réel débat ait eu lieu sur les mesures à prendre pour sécuriser un parc nucléaire vieillissant, EDF met tout en œuvre pour imposer l'irréversibilité de ces choix[31]. Les appels d'offre sont passés et chacun est mis devant le fait accompli[32]. Des diésels seront installés sur les toits des bâtiments des auxiliaires nucléaires dont la résistance aux risques sismiques est contestée... sans parler du risque d'un crash d'avion !

Reste une question. Pourquoi donc EDF a choisi une filiale européenne de Westinghouse pour fournir des diesels ? Clemessy n'est pas réputé pour son savoir-faire de motoriste. Une rapide recherche sur le net apporte un élément de réponse. On peut lire dans la rubrique historique du site de la société : "1999 : La famille Clemessy met en vente ses parts de la société. Le consortium EDF-COGEMA-SIEMENS devient actionnaire majoritaire. En octobre 2000, Game Ingénierie, spécialiste de la maintenance industrielle, rejoint le Groupe Clemessy.[33]" C'est seulement en 2008 que la société rejoint le groupe Eiffage après avoir reçu le soutien de Dalkia, entrepie dans laquelle EDF a quelques intérêts[34]... Des enjeux strictement financiers auraient ils donc influencé les choix d'EDF ? En tout cas des éléments portent à croire que des considérations qui n'ont rien à voir avec la sûreté ont pu déterminer des solutions techniques anachroniques au prix de notre droit à la sureté !!!

 


[1] http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/01/08/nucleaire-alstom-engage-un-bras-de-fer-judiciaire-avec-edf_4344812_3234.html ; http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/energie-environnement/actu/0203227139792-bras-de-fer-entre-alstom-et-edf-sur-un-gros-appel-d-offres-nucleaire-641155.php

[2] http://www.liberation.fr/economie/2014/02/19/centrales-de-secours-edf-peu-regardante_981573

[3] http://www.capital.fr/a-la-une/actualites/surete-nucleaire-la-lettre-qui-desavoue-edf-912701

[4] http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/20140221trib000816581/edf-la-polemique-sur-les-moteurs-d-urgence-des-centrales-nucleaires-rebondit.html

[5] http://www.mandieselturbo.com/0001009/PrimeServ/PrimeServ-Academies/Academy-Locations/St.-Nazaire.html

[6] http://www.trains-europe.fr/sncf/moteurs_diesel.htm

[7] http://www.usinenouvelle.com/article/semt-pielstick-supprime-66-postes-a-saint-nazaire-et-a-villepinte.N1708

[8] http://www.meretmarine.com/fr/content/semt-pielstick-man-envisage-la-fermeture-dun-premier-site

[9] http://www.lesechos.fr/27/06/2008/LesEchos/20203-75-ECH_l-usine-man-diesel-de-saint-nazaire-monte-en-puissance.htm

[10] http://www.saint-nazaire.maville.com/actu/actudet_-Un-nouveau-centre-de-formation-chez-Man-diesel-_loc-873379_actu.Htm?xtor=RSS-4&utm_source=RSS_MVI_saint-nazaire&utm_medium=RSS&utm_campaign=RSS

[11] http://www.actualites-news-environnement.com/25568-EDF-annonce-anomalie-groupes-electrogenes-secours-reacteurs-900.html

[12] http://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/Les-centrales-nucleaires/REX/Pages/incident-precurseur-diesel.aspx?dId=534aef7f-bf82-4b59-a337-f57765487e99&dwId=34440a55-6591-4820-9d10-7f6b6ae9c86f

[13] http://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00544984

[14] http://www.wartsila.com/en_FR/about-us/overview

[15] http://tel.archives-ouvertes.fr/docs/00/56/31/11/PDF/these_desbazeille.pdf

[16]  En situation normale c’est la ligne électrique dite « principale » d’évacuation de l’énergie produite par la centrale vers le réseau électrique national, qui alimente les auxiliaires de la centrale.

[17] sur chaque site, une source dite ultime peut être connectée manuellement en quelques heures à la place d’un groupe de secours défaillant d’une quelconque des tranches du site (cette source ultime peut être un groupe électrogène ou une turbine à combustion suivant les paliers). Enfin pour parer à l’éventualité d’une perte simultanée des deux sources externes et des deux groupes de secours, chaque tranche a été dotée d’un turboalternateur (LLS) alimenté en vapeur par les générateurs de vapeur et qui assure en quelques secondes le secours électrique ultime des fonctions nécessaires pour maîtriser la sûreté en attendant de retrouver une des sources électriques (mise en place de la source ultime, réparation d’un des deux groupes de secours défaillants…).

[18] l’alimentation en eau de secours des générateurs de vapeur peut être réalisée par des turbopompes alimentées par la vapeur des générateurs de vapeur (1 turbopompe sur les réacteurs du palier 900 MWe et 2 sur les paliers 1300 MWe et N4).

[19] http://www.assemblee-nationale.fr/13/cr-oecst/rapport-final-surete-nucleaire-20111215.pdf

[20] http://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/Les-centrales-nucleaires/Pages/alimentations-electriques-centrales.aspx

[21] http://www.asn.fr/Controler/Evaluations-complementaires-de-surete/Decisions-de-l-ASN/Decisions-2012-de-l-ASN-Prescriptions-complementaires

[22] http://www.anccli.fr/Surete/Les-Evaluations-Complementaires-de-Surete-ECS/Suivi-du-processus-des-ECS

[23] http://climanche.fr/newsletter/doc-201312/livre-blanc-surete-installations-nucleaires-civiles-manche-post-fukushima.pdf

[24] http://www.latribune.fr/journal/edition-du-1603/l-evenement/1133491/le-refroidissement-de-secours-des-centrales-en-debat.html

[25] http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/energie-environnement/actu/0203314630735-le-groupe-est-deborde-par-ses-travaux-s-inquiete-l-asn-650364.php

[26] http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/20140221trib000816581/edf-la-polemique-sur-les-moteurs-d-urgence-des-centrales-nucleaires-rebondit.html

[27] http://www.smartplanet.fr/smart-technology/lautorite-de-surete-nucleaire-demande-un-investissement-massif-dans-la-securite-des-centrales-francaises-9654/

[28] http://www.asn.fr/Informer/Actualites/Commission-d-enquete-sur-les-couts-de-la-filiere-nucleaire

[29] http://www.actu-environnement.com/ae/news/dette-financiere-edf-areva-12039.php4 ; http://www.usinenouvelle.com/article/edf-anticipe-un-pic-d-investissements-de-14-milliards-d-euros-en-2015.N240436 ; http://medias.edf.com/fichiers/fckeditor/Commun/Presse/Communiques/EDF/2014/cp_20140213_resultats_vf.pdf

[30] http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/energie-environnement/actu/0203354250764-surete-nucleaire-les-points-faibles-d-edf-654814.php

[31] http://www.capital.fr/a-la-une/actualites/surete-nucleaire-la-lettre-qui-desavoue-edf-912701

[32] http://tous-corps-d-etat.avisdemarche.com/2013/11/16/construction-des-batiments-des-diesels-dultime-secours-dus-pour-4-ou-6-tranches-du-parc-nucleaire-francais/

[33] http://fr.clemessy.com/clemessy/histoire/

[34] http://www.challenges.fr/entreprise/20131029.CHA6239/edf-et-veolia-tombent-d-accord-pour-partager-dalkia.html

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