La Grande arnaque des grands carénages : épisode 1

Le projet D'EDF est de poursuivre l'exploitation du parc nucléaire au-delà de la durée envisagée lors de sa construction. Cette série d'article essaie d'expliquer comment cette entreprise a procédé pour soumettre le pouvoir politique et imposer ses ambitions au cours des deux décennies qui viennent de s'écouler.

A en croire le très sérieux magazine l’Expansion, « Conçu par EDF, le « grand carénage » est un vaste programme industriel devant rendre possible l'exploitation des centrales nucléaires au-delà de 40 ans. Le coût est estimé à 55 milliards d'ici 2025[1]. » EDF doit pour cela remplacer des gros composants dont la durée de fonctionnement est de l’ordre de 25 ans environ. Générateurs de vapeur, turbines, transformateurs, vannes, etc..., sont différents éléments qui seront remplacés par du matériel entièrement neuf[2]. « Des investissements sont donc nécessaires autour de trente ans. Une fois réalisés, selon Dominique Minière, cadre dirigeant d’EDF, ils permettent de fonctionner techniquement pendant environ trente nouvelles années ».

La communication est bien huilée. D’aucuns pourraient croire qu’EDF œuvre au bien commun en déployant ce vaste programme industriel. La réalité est bien moins honorable pour l’exploitant nucléaire. Le « grand carénage » intervient après une quinzaine d’année de sous-investissement[3]. Selon Jacques Percebois, « EDF a délaissé un peu la France, qu'il soit question de ses réseaux mais aussi de son parc nucléaire. Aujourd'hui le taux de disponibilité de ce dernier n'est que de 78% alors que l'objectif à 2011 était d'atteindre les 85%[4]. » Début 2013, le Rapport de sureté de l’Autorité de sureté nucléaire (ASN) jugeait très sévèrement ce désengagement. « Le manque d'investissements d'EDF dans les centrales nucléaires "en partie responsable" de la faible disponibilité des réacteurs nucléaires pour produire de l'électricité, et peut-être de certains incidents, en 2012. "Il y a eu pendant une certaine période un manque d'investissements global, en termes de maintenance des centrales d'EDF, et certainement pour partie responsable au moins d'une partie des indisponibilités et peut-être d'un certain nombre d'incidents", a dit Pierre-Franck Chevet[5]. » Il faut dire que pendant près d’une décennie, l’entreprise autrefois publique à privilégier la « croissance externe » à la maintenance de ses installations et du Réseau[6].

Force est de reconnaître avec Pierre Gadonneix « que le nucléaire n'est pas une rente[7] ». C’est une technologie très sensible qui n’a jamais été parfaitement maitrisée quoi qu’en disent les nucléocrates de toute obédience. Les dossiers noirs du nucléaire français n’ont cessé de s’épaissir[8]. Or « l’entretien de cet outil n'a pas été assuré correctement depuis au moins dix ans. Un peu comme une vieille voiture qui coûte d'autant plus cher à entretenir qu'on n'a pas changé en temps et en heures les pièces maitresses[9]. » Aujourd’hui, EDF se trouve face à un mur d’investissement. En 2009, il était question d’une trentaine de milliards d’investissement. Fukushima a considérablement augmenté la facture[10]. La volonté d’étendre au-delà du raisonnable la durée d’exploitation l’a fait exploser[11] au point qu’EDF envisage de céder une partie de RTE pour faire face à ses obligations[12]. Solution toujours à l’ordre du jour[13] après les manœuvres de 2010 pour consolider la dette aux dépends du gestionnaire du Réseau[14].

Somme toute l’exploitant nucléaire fait face à un double impératif, technique et financier. La mise à niveau de sureté des centrales est un défi prohibitif qui sera au final payé par l’usager[15]. Bien des éléments amènent à croire que la facture sera plus salée encore[16] d’autant plus que rien ne prouve que l’ASN admette la possibilité d’une poursuite d’exploitation de tous les réacteurs au-delà des VD3 qui sont loin d’être toutes terminées[17]

 


[1] http://energie.lexpansion.com/energie-nucleaire/nucleaire-qu-est-ce-que-le-grand-carenage-_a-32-8015.html

[2] http://www.usinenouvelle.com/article/nucleaire-le-detail-des-55-milliards-du-grand-carenage-d-edf.N242680

[3] http://www.lejdd.fr/Economie/Pierre-Gadonneix-ancien-patron-d-EDF-Le-prix-de-l-electricite-a-trop-baisse-pendant-quinze-ans-685336

[4] http://lexpansion.lexpress.fr/entreprises/edf-a-t-il-abandonne-la-france_1398363.html

[5] http://www.lepoint.fr/science/six-centrales-nucleaires-epinglees-par-l-autorite-de-surete-16-04-2013-1655805_25.php

[6] http://www.mediapart.fr/journal/economie/281010/edf-histoire-dune-tres-chere-berezina-americaine

[7] http://www.lejdd.fr/Economie/Actualite/Gadonneix-Le-nucleaire-n-est-pas-une-rente-152019

[8] http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/20131107.OBS4602/fukushima-estompe-dans-les-memoires-edf-continue-a-ergoter.html

[9] http://www.slate.fr/story/9729/edf-gadonneix-sur-un-siege-ejectable

[10] http://www.lefigaro.fr/societes/2012/10/01/20005-20121001ARTFIG00675-nucleaire-les-19-centrales-francaises-epinglees-par-l-ue.php

[11] http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/20120104trib000675496/une-facture-post-fukushima-de-10-milliards-d-euros-pour-edf.html

[12] http://www.actu-environnement.com/ae/news/edf-rte-vente-partielle-19438.php4

[13] http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/20150123trib31d220719/edf-pret-a-ceder-partiellement-sa-filiale-rte.html

[14] http://lexpansion.lexpress.fr/entreprises/edf-se-separe-de-6-milliards-d-euros-de-dette_1366268.html

[15] http://www.lesechos.fr/06/05/2014/lesechos.fr/0203481329219_nucleaire---edf-conditionne-55-milliards-d-investissement-a-la-prolongation-des-centrales.htm [15] http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/02/25/prolonger-les-reacteurs-nucleaires-hors-de-prix-selon-greenpeace_4373122_3244.html

[16] http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/02/25/prolonger-les-reacteurs-nucleaires-hors-de-prix-selon-greenpeace_4373122_3244.html

[17] http://www.usinenouvelle.com/article/nucleaire-le-detail-des-55-milliards-du-grand-carenage-d-edf.N242680

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