Le programme d'essai sur la cuve de l'EPR n'est pas convaincant

Le 6 avril 2016 a eu lieu à Paris la deuxième réunion du groupe d’expertise pluraliste constitué à l’initiative de l’ANCCLI, après la révélation par l’Autorité de sûreté nucléaire, en avril 2015, de défauts de fabrication sur les calottes haute et basse de la cuve du réacteur EPR en construction à Flamanville. La démarche de justification proposée n'est décidément pas convaincante...

La démarche de justification des propriétés mécaniques du couvercle et du fond de la cuve de l’EPR de Flamanville 3 proposée par Areva est très loin d'apporter des réponses satisfaisantes au problème révélé l'an dernier. Le programme d’essais mécaniques et chimiques est insuffisant et inapproprié.

La représentativité des échantillons testés n’est pas convaincante

Tout au plus AREVA pourra justifier le caractère suffisant des propriétés mécaniques du matériau utilisé dans la fabrication des calottes testées. Prévues initialement pour des projets EPR avortés au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, elles ne possèdent pas exactement les mêmes caractéristiques que les calottes inférieures et supérieures de Flamanville 3. Le Collectif Anti-Nucléaire Ouest doute de la transposabilité aux calottes de la cuve de l’EPR de Flamanville 3 des résultats de ces investigations.

L’hypothèse de propriétés mécaniques satisfaisantes à mi-épaisseur n’est pas acceptable

La démarche de justification proposée par AREVA repose sur l’hypothèse de propriétés mécaniques satisfaisantes à mi-épaisseur, notamment en matière de résilience. Or tout porte à croire que le phénomène de ségrégation mis en cause soit plus profond et fragilise le cœur des calottes. Il est impératif en conséquence que l’industriel revoit la démarche de justification et apporte des éléments effectifs de la qualité du matériau des calottes sans sa totalité.

Le référentiel auquel seront rapportés les résultats des tests est contestable

La démarche visant à justifier le caractère suffisant de la ténacité du matériau des calottes testées ne prend pas en compte tous les événements susceptibles de survenir en situation normale d’exploitation mais surtout en situation dégradée. Des hypothèses plus larges doivent être pris en compte pour déterminer si la ténacité des zones ségréguées est effectivement suffisante d’autant plus que la puissance annoncée du réacteur entrainera des effets de vieillissement inconnus à ce jour.

Les essais sont réalisés par des acteurs dont l’indépendance pose question

AREVA a confié la mise en œuvre de la démarche d’investigation à des laboratoires, dont les compétences sont reconnues, accrédités selon la norme NF EN ISO 17025. Ce n’est pas un gage suffisant d’objectivité d’autant plus que l'on peut douter de l’indépendance de ces établissements vis-à-vis du groupe AREVA. Il conviendrait dès lors de confier des essais à laboratoires étrangers aux intérêts économiques et industriels européens.

Une appréciation pluraliste des essais réalisés pour le compte d’AREVA est nécessaire 

L’appréciation de la sûreté de l’EPR, au vu des risques auxquels cette installation exposerait le monde entier, est un enjeu international. Il convient donc en conséquence que les résultats du programme d'essai initié par AREVA soient étudiés par une large diversité d'acteurs institutionnels et indépendants. Non seulement différentes Autorités compétentes en radioprotection et sureté nucléaire pourraient être associées à l'appréciation de la démarche et des résultats des essais proposés par AREVA mais surtout des experts de la société civile qui se distinguent par leur connaissance ancienne du dossier EPR.

Toujours est-il que l'arrêt immédiat du projet EPR à Flamanville et ailleurs s'impose

Mais il ne faudrait pas que la technique se substitue au politique. Quels que soient l'importance des défauts de la cuve, force est de constater que les éléments connus dès aujourd'hui sont suffisamment importants pour démontrer l'impasse industrielle dans laquelle EDF et AREVA se sont enfermés.

Aucune mesure ni aucun artifice ne pourra jamais compenser le fait que « le dossier de qualification technique présenté [par AREVA] pour les calottes du fond et du couvercle de la cuve de Flamanville 3 montre que le risque d’hétérogénéité dû aux ségrégations majeures positives résiduelles, phénomène métallurgique connu, a été mal apprécié et ses conséquences mal quantifiées[i]. »

Alors que le décret d’Autorisation de création du réacteur EPR de Flamanville arrive bientôt à échéance[ii], le principe de responsabilité doit amener l'Etat et son opérateur énergétique à convenir que l'EPR n'a décidément pas tenu ses promesses. Ni sûr, ni rentable, ce réacteur doit être abandonné. 

Les choses n’ont que trop duré ruinant à la fois le maitre d’ouvrage, EDF, et son partenaire industriel, AREVA. Il est grand temps de mettre un terme projet EPR de Flamanville dont le coût n’a jamais fait l’objet d’une appréciation sincère et objective. Il est grand temps de mettre un terme à un programme dont les ambitions ne peuvent être satisfaites au vu des pertes de compétence et de savoir-faire d’une industrie défaillante, obsolète et dangereuse.

Une extension du Décret d'autorisation de création ne peut être admise[iii]

Plus que jamais l'arrêt du nucléaire s'impose comme la seule solution pour garantir aux usagers non seulement le droit à l’énergie mais aussi le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé.


[i] Evaluation de la conformité de la cuve de l’EPR de Flamanville 3, Montrouge, le 14 décembre 2015

N° Réf : CODEP-DEP-2015-043888, p 3.

[ii] Art. 3

II. – Le délai pour réaliser le premier chargement en combustible nucléaire du réacteur est fixé à dix ans à compter de la publication du présent décret au Journal officiel de la République française. Ce délai constitue le délai de mise en service mentionné au I de l’article 29 de la loi du 13 juin 2006 susvisée.

http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/joe_20070411_0085_0006.pdf

[iii] http://lenergeek.com/2015/10/26/flamanville-edf-demande-une-extension-du-decret-dautorisation-de-creation/

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.