La conférence nationale des CLI doit être le moment d'un vrai débat

Après demain se tiendra à Paris la 26e conférence nationale des commissions locales d'information. Cette rencontre s'est imposée après la catastrophe de Fukushima années sous la présidence de Jean-Claude Delalonde comme un espace de débat entre les exploitants nucléaires, les pouvoirs publics et la société civile. En 2011 les évaluations complémentaires de sureté furent à l'honneur.

Après demain se tiendra à Paris la 26e conférence nationale des commissions locales d'information. Cette rencontre s'est imposée après la catastrophe de Fukushima années sous la présidence de Jean-Claude Delalonde comme un espace de débat entre les exploitants nucléaires, les pouvoirs publics et la société civile. En 2011 les évaluations complémentaires de sureté furent à l'honneur. L'année suivante, Delphine Batho apporta une reconnaissance institutionnelle à cet événement . Le discours qu'elle prononça alors tranche nettement avec l'indigence de la loi de transition qui va bientôt arrivée en séance au Sénat . L'an dernier cette séquence se refermait amèrement. Les promesses de l'Etat ne sont pas venues alors que le débat national sur la transition énergétique a esquivé sans scrupule l'enjeu de la sureté nucléaire .

Aujourd'hui l'heure est à la morosité. La promesse de campagne ne sera vraisemblablement pas tenue. La baisse d'un tiers de la capacité du parc nucléaire d'ici 2025 apparaît de plus en plus comme une espérance révolue. Tout au plus on peut espérer qu'une ou deux tranches soient mises à l'arrêt d'ici la fin de la mandature sur deux sites différents. Ultime concession à un allié écologiste qui n'a décidément pas été très pugnace sur le terrain nucléaire. Il faut dire que le limogeage de Mme Batho puis le liberal turn du printemps 2014 ont exclu de l'agenda gouvernemental une authentique transition énergétique.

Un coup d'arrêt peut en cacher un autre. Le retour sur le devant de la scène médiatique de l'enjeu climatique vient modérer un peu plus l'engagement nécessaire pour la sortie du nucléaire. Chacun y va de son couplet entonnant la vieille ritournelle élaborée par les communicants d'EDF à la fin du XXe siècle . Peu importe si c'est un mensonge caractérisé , l'important finalement est que la multitude regarde ailleurs. Du côté des alternatives ou de je ne sais trop quelle initiative citoyenne comme le propose Alternatiba. Dynamique dont le principal acteur Bizi°! est bien plus enclin à dénoncer le charbon que le crime nucléaire. Serait-ce que les néo-écologistes acceptent finalement la transition par le nucléaire qui semble faire consensus aujourd'hui ?

C'est la sureté nucléaire qui en prend un coup. Même si le sinistre Proglio a été remercié, la même stratégie demeure. Ou plutôt se renforce. Au moins sous la précédente présidence l'opposition à l'industrie nucléaire avait enfin obtenu des évaluations complémentaires de sureté et un dépoussiérage de la réglementation. Désormais le «°tout nucléaire°» cède la place au «°tout pour le nucléaire°». Le président de la République ne sait plus quoi faire pour sécuriser les approvisionnements en uranium d'une société à la dérive, AREVA . Le Conseil d'Etat persiste et signe refusant d'entendre les arguments de droits des antinucléaires cette année comme l'an dernier . Si un développement durable est promu c'est bien celui du risque nucléaire !

Plus le parc vieillit, plus les défaillances s'accumulent, plus les survols de drones se multiplient moins la question nucléaire est débattue. Le débat parlementaire sur la loi de transition énergétique a été réduit à la portion congrue du fait d'une «°procédure accélérée °». Le titre VI du projet de loi consacré à la sûreté nucléaire renvoie l'essentiel du contenu réglementaire à des ordonnances ultérieures . La principale et pour ainsi dire la seule contribution des parlementaires sur ce sujet au combien important a concerné le renforcement des examens de sureté pour la prolongation des réacteurs au delà de trente années d'exploitation .

Circulez, il n'y a rien à voir ! En tout cas, voilà bien une belle régression qui ruine les fondements mêmes de la démocratie écologique que les grandes ONG ont appelé de leurs vœux au moment du Grenelle. Plus que jamais le nucléaire apparaît comme le domaine réservé d'une technostructure politico-financière. L'urgence n'est plus de garantir la France et l'Europe voire le Monde des conséquences fatales d'un accident nucléaire mais d'assurer le redressement productif d'entreprises exsangues enfermées dans une impasse technologique. Le nucléaire est décidément une chose trop sérieuse pour être livrée à l'appréciation ne serait-ce que des élus locaux.

Tout a été fait depuis le début du quinquennat pour entraver si ce n'est bloquer l'expression démocratique de ceux et celles qui sont directement concernés par le risque nucléaire. En 2012, Delphine Batho avait annoncé la mort dans l'âme que les budgets des CLI ne seraient pas dotés à la mesure des missions qui leur reviennent . L'année suivante, l'ANCCLI avait été tenu en marge du Débat national sur la transition énergétique . Les observateurs attentifs de l'actualité nucléaire connaissent l'émoi qu'avait suscité la publication du Plan de réponse du SGDN pour la gestion post-accidentelle d'un accident nucléaire. Quant aux amendements proposés aux parlementaires pour la loi de transition, ils ont été manifestement passés pour profits et pertes...

On attend toujours une réponse claire de l'Etat au sujet de l'extension des périmètres des Plans particuliers d'intervention comme le revendiquent conjointement l'ANCCLI et Greenpeace . On attend toujours que les transports de matières radioactives intègrent le périmètre d'activité des CLI. On attend toujours que certaines CLI fonctionnent correctement et surtout que toutes accordent aux antinucléaires la place qui leur revient . L'enjeu de la sureté nucléaire est tel qu'il ne saurait être laissé aux seuls thuriféraires de l'atome et autres clients de l'industrie nucléaire.

La conférence nationale des CLI qui se réunira après demain revêt donc une importance toute particulière. C'est un moment crucial qui donnera à voir la résolution de tous ceux et celles qui connaissent l'ampleur du risque nucléaire à faire entendre leurs voix. La poursuite du fonctionnement des réacteurs après un 4e réexamen de sureté n'est pas un sujet banal . Si la prolongation au delà de 30 années d'exploitation nous expose déjà à des risques immenses, qu'est ce que ce sera après 40 années ? Il est bien beau dès lors de proposer une «°harmonisation des actions de protection de la population°» d'échelle européenne en cas d'accident nucléaire... faudrait-il encore ne pas préparer cet accident en tentant par tous les moyens de maintenir en activité des machines de mort.

Pour que tous ces sujets soient envisagés à leur juste mesure, il convient qu'un vrai débat ait lieu dès l'ouverture de la conférence nationale. La matinée ne saurait être restreinte à un simple point d'actualité. L'enjeu nucléaire mérite plus qu'une simple présentation. Les voix de tous ceux et celles qui œuvrent dans les territoires à la protection des populations contre les risques nucléaires doivent être entendues. Si cela ne peut contribuer à éviter l'accident inéluctable, cet impératif démocratique est la seule possibilité pour qu'une information pluraliste existe.

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