Amis écologistes n'oubliez pas que le PCF est pronucléaire !

Partout en France on voit des écologistes et des communistes se rassembler en vue des élections départementales de mars prochain. Ici même à Rouen, un accord entre EELV, le PCF, Nouvelle Donne et Ensemble! soutenu par le Parti de Gauche vient de voir le jour.

Partout en France on voit des écologistes et des communistes se rassembler en vue des élections départementales de mars prochain. Ici même à Rouen, un accord entre EELV, le PCF, Nouvelle Donne et Ensemble! soutenu par le Parti de Gauche vient de voir le jour. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. La Gauche radicale enfin réunie appelle le peuple aux urnes inspirée par les succès de Syriza et de Podemos.

L'intention est louable mais ses limites sont évidentes. La première d'entre elles est l'absence de mouvement social au sens classique du terme. La multitude semble sidérée. Si ce n'est face aux grands projets inutiles on n'observe guère de mouvements de résistance à l'intérieur des frontières de l'hexagone. Cela ne veut pas dire qu'il ne se passe rien. L'action collective de masse laisse la place à de nouvelles formes de mobilisations diffuses, modestes mais efficientes. Le succès grandissant de la dynamique Alternatiba le donne à voir clairement.

En tout cas une chose est sûre, si les mobilisations traditionnelles s'épuisent la participation au jeu politique ne se porte guère mieux. La désaffection des manifestations n'a d'égale que le délitement des appareils politiques. Les effectifs des partis fondent comme neige au soleil alors que le débat politique lasse tout-un-chacun. Telle est la seconde limite de l'union des forces politique à la gauche du PS. Il ne s'agit pas ici de la résultante d'une demande effective mais du produit d'accords entre des états-majors politiques.

Ce qui est improbable pour le commun des mortels devient dès lors possible. Les appareils se rapprochent et convergent autour du même désir de prendre place sur la scène institutionnelle ou tout du moins de peser dans l'arène électorale. Ce faisant ils oublient leurs singularités et taisent leurs différences. L'important est de faire bloc, de mutualiser les moyens, d'éviter ce qui est considéré comme une dispersion des voix.

On a donc affaire à une configuration des plus surprenantes. des écologistes et des communistes vont ensemble aux élections alors que fondamentalement ils divergent sur beaucoup de sujets et autres questions de société. L'appel pour des chantiers d'espoir proclamé opportunément à l'aube de la longue séquence électorale qui s'ouvre ne saurait cacher l'opposition ancienne entre ces deux courants politiques.

L'une d'entre elles concerne le nucléaire. Si le mouvement écologiste s'est construit autour des résistances à l'industrie de l'atome, le parti communiste depuis la Libération s'est distingué comme l'un des plus chauds partisans de l'énergie nucléaire. Aujourd'hui cette distinction demeure même si elle n'est plus guère affirmée que par quelques uns. Alors que la loi de transition énergétique est passée à la moulinette par le Sénat[1], la question nucléaire n'apparait plus comme un enjeu majeur du débat politique, en particulier entre le Front de Gauche et EELV[2]. Bon nombre d'écologistes semblent même négliger quelques fondamentaux.

L'article qui suit propose une présentation générale du discours officiel du Parti communiste sur le nucléaire et incidemment sur l'écologie. Je l'adresse à tous mes amis écolos pour qu'ils se souviennent que ce ne sont pas quelques divergences qui nous distinguent des dignitaires communistes[3] mais de profonds désaccords dont le rapport au nucléaire n'est que l'expression la plus visible. Cela ne signifie pas que tout accord est à proscrire mais cela ne doit pas se faire au prix de quelques renoncements.

L'heure n'est pas à une affirmation résolue ne serait-ce que de la réduction de la part du nucléaire dans le mix électrique. La feuille de route environnementale 2015 présentée le 4 février par Manuel Valls en dit long. Le gouvernement du «°changement°» assume une ligne très sarkozienne de promotion de l'énergie atomique à mille lieues des questionnements qui ont eu lieu lors du débat national sur la transition énergétique. On savait déjà que l'arrêt des réacteurs de Fessenheim était très compromis. Aujourd'hui on est quasiment certain que les 50% de nucléaire vont être passés par profits et pertes au nom de la mobilisation nationale contre le réchauffement climatique.

Curieux retournement de tendance. Alors que quelques député(e)s écologistes ne cessent de multiplier les marques de fidélité à l'attention de François Hollande, c'est finalement la ligne communiste qui l'emporte. Le productivisme le plus forcené est à l'honneur : intransigeance face aux zadistes, coups sévères portés au droit de l'environnement, choix d'investissement des plus contestables, etc. A l'heure où nombre d'entre nous pensent qu'il convient de ralentir, de passer à la post-croissance, la croissance continue à être présentée comme la solution à tous nos problèmes. Peu importe quelles sont les conséquence sur la santé et le cadre de vie de ce modèle de développement, l'urgence est de produire et de mettre au travail une population en plein désarroi. On est dès lors en droit de s'étonner dans ce contexte si paradoxal que celle qui a voulu la participation au gouvernement en 2012 se tourne aujourd'hui vers le parti de gauche le plus productiviste pour construire une alternative.

Si renforcer les coopérations avec Ensemble°! ou le Parti de Gauche, organisations qui comprennent dans leurs rangs des écologistes sincères, s'impose, le rapprochement avec le PCF a de quoi surprendre. Aurait-on oublié qu'en 1981, George Marchais revendiquait la construction d'une centrale nucléaire à Plogoff[4]°? Le Parti socialiste n'est pas le seul à avoir des atomes très crochus avec l'atome[5]. Le Parti communiste est certainement le parti français le plus résolument favorable à l'industrie nucléaire. En 1997, quand il apparaît évident au plus grand nombre qu'il faut mettre un terme à la vaine tentative de faire fonctionner Superphénix, le PCF persiste dans sa soumission à l'atome[6]. «°Superphénix est un formidable outil au service de la recherche, de l'indépendance énergétique de notre pays et de la planète, et un moyen pour rechercher une réponse moderne au problème écologique du traitement des déchets nucléaires pour résorber l'énorme stock de plutonium militaire[7].°» Que ce Pu dit militaire soit produit par des centrales dites civiles n'est pas un problème Place du Colonel Fabien...

Aujourd'hui, plus que jamais, le Parti communiste persévère sur cette voie. L'actualité est pleine de déclarations plus tonitruantes les unes que les autres pour célébrer les grandeurs du nucléaire français. En novembre 2014, alors que l'Autorité de Sûreté réclame des moyens pour mener ses missions de service public, un article publié par la Revue Progressistes chante les louanges du CEA et demande des financements pour la cathédrale de la nucléocratie[8]. Quelques mois plus tôt, un autre article de cette revue rappelle les mérites de la IVe génération de réacteurs[9]. Il s'agit là d'une cette publication est très ouverte puisqu'y sont invitées des personnalités dont l'engagement à gauche ne fait aucun doute, tel Bertrand Barré [10]...

Aucun argument n'est trop gros pour chanter les louanges de l'atome. On peut même considérer qu'au fil du temps, le discours est devenu de plus en plus caricatural. Dans les années 1970, la position du Parti communiste connaît ainsi une inflexion notable. Sous l'influence de Jean Kanapa, le PCF opère un virage à 180° et reconnaît que la force de frappe nucléaire est un élément fondamental de l'indépendance nationale[11]. La distinction casuistique entre nucléaire civil et nucléaire militaire promue jusque-là vole en éclat. Le soutien du PCF à l'industrie de l'atome est désormais complet.

Le rapport Kanapa mérite qu'on s'y arrête. Pour cet apparatchik, la force nucléaire française «°représente un fait incontestable°». Puisque l'État n'a cessé de diminuer les moyens des forces conventionnelles, poursuit ce document, «°nous ne pouvons envisager de laisser notre pays sans une défense valable°». Conclusion : «°Aujourd'hui [l'armement nucléaire] représente le seul moyen de dissuasion réel dont disposera pour un temps notre pays pour faire face à la menace d'agression°». Ainsi, le PCF se prononce-il pour «°la maintenance de l'arme nucléaire°», c'est-à-dire le maintien de l'aptitude opérationnelle des forces françaises, entretien et modernisation inclus ; une doctrine de dissuasion « au sens strict » refusant aussi bien le nucléaire tactique _ armes de bataille _ que le recours au premier emploi de l'arme atomique. Le PCF se contente de proposer de retirer au président de la République le monopole de la décision et de la confier à une instance collégiale formée du Président, du Premier ministre, du ministre de la Défense, du chef d'état-major et des «°ministres représentant la coalition gouvernementale°». La participation au gouvernement Maurois ne fait que renforcer la résolution du PCF. Le parti vote sans broncher la loi de programmation militaire 1984-1988, incluant le projet de construction du septième SNLE français.

Bien évidemment, tous les militants communistes ne partagent pas cette soumission du parti aux intérêts du lobby militaro-industriel de l'atome[12]. Cependant la catastrophe de Tchernobyl, loin de susciter le moindre doute Place du colonel Fabien, renforce leur résolution à soutenir le nucléaire coûte que coûte. Une même ligne de communication est reprise par tous les partisans de l'industrie nucléaire :

  • insister sur le niveau de sûreté des réacteurs en Europe de l’Ouest et le savoir faire d'EDF,
  • ne pas se laisser impressionner par les milliers, millions voire milliards de Bequerels,
  • dissiper la «°fable du nuage°» ; il s’agit d’atmosphères contaminées par diffusion,
  • bien montrer qu’en France et dans les autres pays peu exposés, les doses reçues ont été de 100 à 1000 fois plus faibles qu’autour de Tchernobyl.
  • laisser donc la discussion sur l’effet des faibles doses aux spécialistes. Retenir qu’il s’agit en général de très faibles doses souvent bien inférieures aux doses de provenance naturelle dont les effets n’ont jamais pu être observés...

La négation des conséquences fatales de Tchernobyl est massivement reprise par le PCF et la CGT-FNME. La réalisation du Plan Messmer se poursuit donc comme si de rien n'était. En dépit de la mobilisation des écologistes, les centrales sortent de terre. Et personne n'entend les craintes des élus locaux qui comprennent parfaitement que la promesse d'emploi et de développement est au mieux éphémère[13]. Ailleurs, les choses se passent tout autrement. De nombreux pays prennent leur distance avec le nucléaire : l'Australie, le Danemark, la Grèce, l'Irlande et la Norvège proscrivent tout projet de construction de centrale suite à la catastrophe de Tchernobyl. La Pologne, qui avait commencé de construire une centrale, met un terme à son programme nucléaire. Si l’Italie décide de sortir du nucléaire par la voix référendaire, une « union sacrée » se reforme en France pour imposer l’irréversibilité du choix du nucléaire et même exiger le développement du parc électronucléaire.

Le Parti communiste joue un rôle fondamental dans cette séquence. Robert Hue met en cause la fermeture de Superphénix négociée par les écologistes[14]. L’argumentaire n’a guère évolué depuis le lancement du surgénérateur en 1979 : « Il ne faut pas hypothéquer les sources énergétiques d'avenir. Le nucléaire est une source d'avenir, économe du point de vue de l'environnement. » Le PCF se présente comme un défenseur responsable de l’environnement, à la différence des écologistes toujours accusés d’obscurantisme. Une note nouvelle vient cependant compléter la ritournelle communiste. «Cette source ne fait pas appel aux énergies fossiles, et elle limite l'effet de serre[15]. » Le discours se met au goût du jour quelques mois après la conférence de Kyoto.

Les thuriféraires rouges de l'atome reprennent sans scrupule la ligne de communication de la COGEMA. Il faut dire que l'entente entre le Parti et le groupe public se porte au mieux à la fin du XXe siècle. En juin 1998, le journal L'Humanité ouvre grandes ses pages à Jean Syrota qui se présente comme un écologiste convaincu. «°Oui, je suis écologiste et il n'y a aucun paradoxe. Aujourd'hui le problème du réchauffement de la planète, du fait des émissions de gaz carbonique, est clairement reconnu. Or, il n'existe pas trente-six méthodes pour réduire les émissions de gaz carbonique. Il y a d'abord les économies d'énergie et on peut faire plus dans ce domaine. Mais il faut bien qu'on s'éclaire, qu'on fasse marcher des moteurs, qu'on se chauffe, il faut donc de l'énergie. Parmi les sources d'énergie qui ne produisent pas du gaz carbonique on trouve l'hydraulique. Depuis belle lurette, les pays les plus développés sont équipés dans ce domaine. Vous avez ensuite les énergies dites nouvelles, comme le soleil ou les éoliennes. Il faudra encore des années pour que ce type d'énergie couvre ne serait-ce que 5 % des besoins énergétiques[16] .» L'accord est total entre l'appareil communiste et ce qu'il faut bien appeler un intérêt industriel.

Peu importe si la filière nucléaire donne à voir déjà des signes de faiblesse économique[17], l'important en dernier recours est de soutenir une industrie où décidément les relations entre syndicats et direction sont plutôt cordiales[18]. Il faut sauver l'un des derniers bastions du mouvement ouvrier quel qu'en soit le prix politique.

L'entente est telle entre la centrale syndicale et la direction que la mobilisation contre la privatisation du groupe est tout au plus modeste[19]. Certains ont pu même parler à l'époque de «°privatisation négociée[20]°». Le spectacle de l'opposition tient lieu de résistance. Le technique et le politique viennent se mêler. La centrale syndicale dénonce en effet « une stratégie qui vise à tenter de prendre de vitesse les organisations syndicales opposées à la privatisation, mais surtout à priver l'opinion publique d'un grand débat démocratique sur les enjeux énergétiques, tant au niveau national qu'européen[21].°» Mais c'est la suite de cet article qui est le plus savoureux : la syndicaliste semble s'étonner de l'augmentation des provisions faites par l'entreprise en vue du démantèlement des installations nucléaires qui arrivent en fin de vie et du traitement des déchets nucléaires... L'ambigüité du positionnement ne trompe personne. Les effectifs du syndicat fondent comme neige au soleil[22]. Une chose est certaine°: le trouble est profond dans l'entreprise et l'on observe une réelle radicalisation à la base[23].

On ne saurait minimiser la place que joue le nucléaire dans toute cette séquence. Dans un article du journal Le Monde de 2003, le journaliste Pascal Galinier propose une thèse qui mérite qu'on s'y arrête. «°Une décision rapide en faveur de l'EPR n'est pas non plus dénuée d'arrière-pensées de politique intérieure. La droite sait que la gauche est profondément divisée sur la question nucléaire : le Parti communiste y est favorable, les Verts et une bonne partie de l'extrême gauche hostiles, et le PS partagé. Par ailleurs, le gouvernement envoie un signal à la CGT, dont la puissante Fédération mines-énergie - ouvertement pronucléaire - tient son congrès à Biarritz la semaine prochaine. Un congrès que Jean-Pierre Raffarin a qualifié lui-même d'"important" pour l'avenir d'EDF, le 26 juillet. De là à imaginer que le lancement de l'EPR pourrait servir de monnaie d'échange au Premier ministre pour obtenir en retour un feu vert de la CGT au changement de statut d'EDF et de Gaz de France[24]...°» En tout cas une chose est certaine : CGT et PCF jouent à fond la relance du programme nucléaire à l'heure où les agents craignent de perdre leur statut.

Le vingtième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl en 2006 donne lieu à une déferlante de déclarations plus nucléophiles les unes que les autres. «°En effet, si le nucléaire n'est pas la seule solution, il n'en reste pas moins qu'il représente aujourd'hui un outil contre le réchauffement climatique. Tchernobyl nous rappelle que cette forme d'énergie doit être développée avec toutes les précautions et les garanties qu'elle requiert[25]. » La lettre n°2 de la Commission Écologie et développement durable du PCF énonce en mai 2006 la ligne qui prévaut encore aujourd'hui. «°Parce que le nucléaire est indispensable pour lutter contre le réchauffement climatique, nous considérons qu'il doit être 100 % public, que la précarité doit être bannie de ce secteur et que celui-ci doit être mis sous la responsabilité d'un débat citoyen[26].°»

Le Parti communiste, en bon relais des services de communication d'EDF et d'AREVA, revendique un nucléaire sûr... à défaut de pouvoir demander un nucléaire fiable :

C'est dans cet état d'esprit que le PCF propose et agit :

  • Pour que la filière nucléaire reste publique dans le cadre de la création d'un pôle public de l'énergie et de l'environnement ;
  • Pour que tout soit mis en œuvre pour développer la compétence et les capacités techniques dans la conception des installations ;
  • Pour l'élévation des qualifications et de la culture de sûreté des équipes de conduite et de maintenance, ce qui exclut la sous-traitance ;
  • Pour un contrôle rigoureux et un souci constant d'amélioration de la sûreté des installations°;
  • Pour que, localement et nationalement, les populations, les salariés, les associations, les élus exercent un véritable contrôle citoyen sur la gestion et le fonctionnement des installations et des déchets nucléaires et, plus généralement, afin qu'ils soient informés et associés aux orientations et aux choix.

La ressemblance entre ce discours est celui tenu aujourd'hui par Ségolène Royal et Manuel Valls est saisissante. On retrouve la même foi en la technologie, le même déni du risque et surtout le même refus de reconnaître que le nucléaire est hors de prix. Mais surtout la notion de sûreté est invoquée comme solution à tous les problèmes que pose l'industrie nucléaire. La compétence, les capacités techniques et la qualification permettraient d'éviter le drame nucléaire. On sait très bien ce que valent ces vœux pieux quatre ans après Fukushima.

Toujours est-il que les communistes sont incapables de parler d'énergie sans rappeler leur soutien inconditionnel au nucléaire. Plus d'un an après le vote de la loi POPE, qui initie la diversification du mix énergétique français et surtout la maitrise de la demande[27], le Parti plaide «°pour une politique nucléaire diversifiée[28]°». Le texte est un galimatias qui tente vainement de laisser croire que la Place du colonel Fabien reprend à son compte quelques propositions écologistes... pour in fine réaffirmer la ligne nucléariste traditionnelle. Ce qu'on n'appelle pas encore la transition énergétique «°nécessite également le développement d'une filière nucléaire publique. Celui ci doit s'accompagner, dans le cadre du renouvellement du parc nucléaire actuel, d'un effort d'investissement conséquent en matière de recherche afin d'élever le niveau de sécurité et d'améliorer le traitement des déchets. Le développement de cette filière nucléaire doit se faire dans la transparence. » Je passe sur les dernières propositions. Le Parti communiste a en effet l'audace de revendiquer en octobre 2006 ce qui figure dans la loi depuis le mois de juin de la même année[29].

Tout comme la Société française d'énergie nucléaire (SFEN), qui considère qu'aucun impact sanitaire de la radioactivité artificielle due à l’industrie nucléaire française n'est décelable, ni sur le public, ni sur le personnel[30], le Parti communiste croit au nucléaire propre. Dans le premier numéro de la revue Communisme & écologie la position assumée est sans appel : «°si le nucléaire n’est pas la solution, il n’y a pas de solution sans le nucléaire°». L'article a beau jeu de rappeler quelques limites du recours à l'atome ; au final le Parti se prononce pour la poursuite du programme nucléaire[31].

Les numéros suivants de Communisme & écologie, loin de construire une synthèse entre le communisme et l'écologie politique comme annoncé[32], proposent une critique en bonne et due forme des arguments écologistes. Le n°7 de septembre 2007 développe ainsi une critique surprenante de Négawatt. «°Le déroulement de la partie du scénario Négawatt concernant la production d’électricité spécifique semble beaucoup trop tendue, dans l’hypothèse de la disparition complète de la ressource nucléaire. La fin de l’industrie nucléaire française prévue pour 2035 ne paraît pas réellement crédible, et ce pour plusieurs raisons, qui donneront lieu à débat dans cette lettre. Par ailleurs, les ressources en uranium étant limitées, leur seul emploi rationnel supposerait la mise en œuvre de la surgénération, ce qui ouvrirait des perspectives d’approvisionnement sur le long terme, mais ne s’accorde pas avec l’abandon de la filière programmé par Négawatt[33]. °» La seule concession que les communistes font à l'écologie est de reconnaître la nécessité d’une maîtrise de la demande d'énergie. Pour le reste on retrouve la même passion pour la génération IV et l'invocation rituelle de la lutte contre le réchauffement climatique sans la moindre proposition effective.

La Lettre n° 11 de Communisme & écologie publiée en novembre 2009, alors que la Conférence de Copenhague bat son plein, confirme le positionnement du Parti communiste[34]. S'il reconnaît l'urgence climatique, les solutions qu'il préconise se distinguent clairement de celles proposées par le mouvement écologiste. Le recours à la puissance publique et aux solutions étatiques demeurent l'alpha et l'oméga des communistes. Aucun n'argument n'est trop fort pour discréditer les propositions des écologistes que Sylvestre Huet n'hésite pas à comparer sans beaucoup d'égards à de vulgaires technocrates. «°Les khmers verts – ceux qui pensent à une « dictature écologiste » lorsqu’ils désespèrent de convaincre les populations de la justesse de leurs propositions – trouvent leur équivalent chez les ingénieurs formatés grande école qui estiment justifié de laisser à « ceux qui savent », donc eux, les manettes de la politique énergétique[35]. °» L'adversaire politique est bel et bien identifié. Reste à hisser haut et fort et à rappeler la doxa communiste. Ce que fait Hervé Bramy qui non seulement vante les mérites de la fission mais appelle de ses vœux l'avènement de la fusion nucléaire. «°Nous savons que le nucléaire est une technologie infiniment dangereuse si elle n’est pas maîtrisée. Cela n’empêche pas qu’aujourd’hui, face à l’augmentation des GES, nous pensons que l’utilisation du nucléaire est nécessaire tout en sachant les inconvénients qu’il peut générer. Notre position est un choix de raison. Dans un avenir plus lointain, lorsque le stockage de l’énergie sera maîtrisé, lorsque le renouvelable sera déployé dans toutes ces dimensions notamment le soleil qui recèle d’énormes potentialités, lorsque la fusion de l’atome sera domptée, nous n’écartons pas l’hypothèse visant, au rythme des avancées technologiques, à dépasser le nucléaire exploité dans le cadre de la fission de l’atome[36].°» Mais comme cela n'est guère suffisant, l'auteur, afin de bien marquer sa différence avec les khmers verts, s'élève contre le projet de taxe carbone au nom de la protection du pouvoir d'achat. Il n'est décidément pas facile de se détacher du mythe de la croissance quand on est communiste. Il est plus aisé d'entonner la ritournelle classique contre les méchants banquiers que d'envisager des mesures immédiates d'atténuation du réchauffement climatique.

Ce numéro 11 révèle cependant un problème d'une toute autre nature qui n'est pas sans faire écho à la situation politique actuelle. La revue communiste propose un article d'un militant trotskiste qui a rallié le Front de Gauche. Issu de la LCR, un mouvement dont l'engagement antinucléaire a toujours été résolu et puissant, Francis Sitel se livre à une prestation pour le moins édulcorée. «°Personne donc ne dit que le nucléaire est la solution au problème énergétique, mais est-ce une solution°? Disons que c’est d’abord un problème. On évoque les déchets. On pourrait rappeler les questions de sécurité, puisque ce jour même on nous raconte que du plutonium a pu se trouver oublié dans un coin de Cadarache. Ces risques on peut d’autant plus s’en inquiéter que des logiques de privatisation sont à l’œuvre dans le secteur. Or, plutôt qu’une sortie du nucléaire (qui, même si elle était décidée, demanderait beaucoup de temps pour se concrétiser), est à l’ordre du jour une relance du nucléaire : EPR, prolifération des centrales à l’échelle mondiale…°» Tout cela est désolant alors que le NPA est alors le seul parti politique à assumer la revendication ancienne d'une sortie du nucléaire en 10 ans[37]. A croire qu'il faut mettre ses idées en retrait si l'on veut bénéficier de l'onction des apôtres rouge de l'atome !

Somme toute la lecture attentive de Communisme & écologie permet d'établir ce qu'il faut bien appeler une archéologie du rapport entre la gauche communiste et le nucléaire. Tout y est°: l'expression d'un attachement viscéral du Parti communiste au nucléaire ; la critique acerbe des écologistes ; le dévoilement de liens forts entre le Parti et les associations pronucléaires (Ecologistes pour le nucléaire, Sauvons le Climat°! et SFEN) ; et les contributions des autres composantes du Front de Gauche réduites à la portion congrue. Tout au plus voit-on poindre quelques critiques sur le fonctionnement de la commission Écologie et l'influence des élus sur la communication du Parti[38]., quelle que soit la manière dont on aborde cette publication, apparait in fine comme un think tank pronucléaire.

Le numéro suivant de Communisme & écologie l'illustre parfaitement. Les rédacteurs osent tout pour asséner leur message. Ainsi interprètent-ils de manière fort surprenante les conclusions du rapport de la Cour des comptes sur le coût du nucléaire publié en janvier 2012. «°En effet, si les chiffres annoncés par la Cour des comptes sont légèrement supérieurs à ceux provenant d’autres estimations, il n’en demeure pas moins que toutes les estimations convergent pour considérer que l’électricité produite à partir du nucléaire civil est très sensiblement moins chère que celle produite à partir du gaz, du fuel, du charbon et de toutes les énergies renouvelables – hydraulique exceptée – au stade actuel de leur développement technique et économique[39].°» Il oublient seulement de mentionner les quelques incertitudes pointées par cette vénérable institution[40]... Il faut dire que les enjeux sont de taille comme le révèle un autre article. Le problème de la revue communiste n'est pas tant de proposer un redwashing des questions environnementales que de mettre en cause l'influence politique grandissante d'EELV. «°Les communistes n’ont pas l’intention de laisser les batailles politiciennes guider la politique énergétique de la France. Ils proposent, avec leurs partenaires, dans le cadre du programme populaire partagé du Front de Gauche, un grand débat public sur les enjeux énergétiques permettant aux citoyen-ne-s et aux salarié-e-s d’en être partie prenante. »

La ligne de campagne du Front de Gauche est imposée dans le seul but de taire les divergences entre le PCF et les autres composantes. Et l'éternelle ritournelle est une fois de plus assénée. «°En effet, en aucune façon, la politique énergétique de la gauche pour la France et l’Europe ne peut s’affranchir des enjeux énergétiques planétaires tels que le droit à l’énergie pour tous à un prix abordable, le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources, le développement de la recherche, la complémentarité des sources d’énergie avec les ENR, la sécurité de toutes les installations.°» On peut certes se féliciter que les EnR soient enfin reconnues comme une possibilité technique acceptable. Il n'en reste pas mois que le conservatisme l'emporte encore Place du Colonel Fabien comme le donne à voir le Cahier du militant : énergie publié fin 2011[41].

Il ne faut pas en effet se laisser abuser par quelques effets d'annonce. Les communistes sont plus sensibles aux sirènes nucléocratiques qu'aux études de Négawatt. Quelques semaines avant la publication de l'ultime numéro de Communisme & écologie, le Parti accueillait Gérard Pierre, président de la section Bourgogne et Franche-Comté de Sauvons Le Climat°!, pour une présentation du scénario Négatep[42]. La relance par le nucléaire n'est plus un vain mot. Tout y est dans ce scénario qui prétend lutter contre le réchauffement climatique : «°augmenter fortement la part de l’électricité décarbonnée dans le mix énergétique, maintenir la part de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité et, tant que des moyens techniques économiques de stockage massifs n’auront pas été développés, limiter la part des électricités intermittentes au niveau que le réseau électrique peut supporter sans augmenter les capacités des centrales à gaz[43]°.»

On comprend mieux dès lors pourquoi une personnalité les plus réservées sur les énergies renouvelables trouve toute sa place dans un numéro de La Revue du Projet intitulé «°Lumières sur l'énergie[44]». Il faut dire que Christian Ngô n'en est pas à son coup d'essai. C'est un propagandiste zélé de l'industrie nucléaire[45]. Toujours est il que pour lui et ses hôtes communistes «°l'énergie nucléaire est une chance pour la France°». Je passe sur l'argumentation développée. Tout y est, à croire que l'on a affaire à une brochure de la SFEN. Si les communistes ont oublié les soviets, ils n'ont pas renoncé à l'électricité. N'est-ce pas elle qui va assurer l'émancipation du genre humain°? «°L’électricité va jouer un rôle de plus en plus important avec le développement de nouveaux usages : pompes à chaleur, véhicules hybrides rechargeables ou électriques. Toutes les sources d’énergie ont leur place et chacune doit être utilisée pour les applications où elle est le plus efficace. L’énergie nucléaire est une de ces sources qu’il faut continuer à exploiter, dans les meilleures conditions possibles. Dans le contexte économique actuel il serait suicidaire pour la France d’abandonner une filière qui apporte au pays beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients[46]. °»

La catastrophe de Fukushima n'entame pas la résolution du Parti communiste. «°Le PCF réaffirme l’importance qu’il attache aux études de sûreté nucléaire et au contrôle strict de celle-ci, en France et dans le monde. L’acceptabilité sociale de la filière nucléaire nécessite que celle-ci reste plus que jamais dans le domaine public qui doit garantir la transparence, l’indépendance de l’expertise, la qualité de réalisation des installations et de leur exploitation[47]. °»

Le drame est perçu comme une opportunité pour rappeler les revendications sans cesse reprise depuis plusieurs décennies déjà. «°La catastrophe au Japon ouvre en grand le débat sur le nucléaire et intervient alors même que le réchauffement climatique et la raréfaction des ressources fossiles nécessitent par ailleurs la sortie des énergies carbonées. C'est donc un débat d'ensemble qui doit avoir lieu et une mise à plat générale de nos choix énergétiques[48]. » L'urgence est bel et bien de sauver le nucléaire même face à l'évidence de la défaillance fatale de cette énergie. La nucléocratie rouge ne désarme pas. En avril 2011, Claude Aufort, signataire du Manifeste Sauvons le climat°![49], commet une tribune qui n'a d'autres ambitions que de minimiser le risque nucléaire. «°Le risque le plus important n'est pas nucléaire,°» osait alors déclarer ce retraité du CEA[50]. S'il y a eu un accident nucléaire à Fukushima, ce n'est pas tant en raison d'une faillite de la technologie nucléaire[51] mais à cause «°des choix énergétiques menacés aujourd'hui par les logique du profit[52]. » Le PCF se contente de revendiquer une meilleure transparence.

L'interprétation faite du Programme de la campagne de Jean-Luc Mélenchon diffère ainsi du compromis négocié avec les autres composantes du Front de Gauche[53]. Les «°10 principes pour une transition énergétique réussie°» sont une ode au nucléaire[54]. Tout au plus la prose communiste admet du bout des doigts qu'une sortie à très long terme du nucléaire pourrait être envisagée. «°La croissance à venir des besoins, l'impératif de la lutte contre le réchauffement climatique, les capacités réelles de montée en charge des énergies renouvelables nouvelles nous conduisent à considérer que la présence du nucléaire civil dans le mix énergétique restera nécessaire et qu'il est une garantie pour la maîtrise de la facture énergétique des français. Dans notre pays, où les atouts de maîtrise de la filière, à certaines conditions, sont réels, la sortie immédiate ne nous paraît pas nécessaire. Elle aurait un coût énorme et constituerait un gâchis préjudiciable[55].» Si les communistes sont des écologistes, ce sont des écologistes partisans de la croissance...

La seule concession faite au principe de transition est la reconnaissance de la nécessité de maitriser la demande d'énergie. «°Nous sommes également favorables à un vaste plan d’économies et d’efficacité énergétiques créateur d’emplois dans le bâtiment et les modes de transport. Nous assumons le principe d’une sobriété bien pensée qui recherche une moindre consommation pour des usages identiques[56]. °» Il ne s'agit pas tant pour les communistes de ménager la planète mais principalement de favoriser l'activité industrielle. Point besoin dès lors d'investir massivement dans des énergies nouvelles dont l'efficience est mise en doute. «°De notre point de vue, le potentiel des énergies renouvelables et les économies d’énergie ne suffiront pas à répondre aux besoins. Nous avons donc besoin de faire à la fois des économies d’énergie et penser à investir dans des capacités nouvelles de production pour remplacer les centrales vieillissantes. »

Tout un chapitre de la contribution du Parti communiste au Débat national sur la transition énergétique est consacré à l'énergie nucléaire. La confiance est de mise. Si le nucléaire a failli à Fukushima, c'est uniquement en raison de la gestion comptable de cette industrie. «°Nous considérons que la logique capitaliste doit être exclue de toute activité relevant de la sûreté nucléaire. Après cet accident, les discussions et les coopérations en matière de sûreté et de sécurité nucléaire doivent se dérouler sur d’autres bases. Ce n’est pas une question de fatalité ou de technologie non maîtrisable car ce sont les moyens humains et matériels mis en œuvre qui garantissent la meilleure sûreté[57]. °» Le mot est lâché. Pour les communistes, le nucléaire est maîtrisable. Magnifique exemple de la régression prométhéenne de ce qui n'est plus depuis longtemps une opposition au capitalisme.

La doxa communiste en ce début de XXIe siècle, loin de mettre en cause la représentation du monde résultant de deux siècles et demi d'industrialisation à outrance, la reproduit[58]. Marx relève-toi°! Ils sont devenus fous au point d'oublier que si le travail est père de toute richesse, la nature en est la mère. Nature qui ne se domestique pas. Nature qui ne se maitrise pas. Nature qui ne se laisse pas enfermer par de quelconques artifices technologiques et finit toujours par engloutir ceux qui veulent la contraindre. On touche là au principal point de clivage entre écologistes et communistes. Il ne peut y avoir aujourd'hui de progrès social sans souci de la planète, sans efforts pour reconstruire le lien brisé entre l'humanité et son environnement.

Les communistes n'en ont cure. L'important pour les porte-parole de ce Parti est de rappeler sans cesse leur attachement à l'atome en niant beaucoup d'arguments écologistes. «°Il faut remarquer, dit l'un des leurs, que les conséquences de ces accidents [nucléaires] se traduisent par très peu de morts mais essentiellement par la stérilisation pendant des décennies de terres contaminées. C’est là que réside le défi de la maîtrise. Enfin malgré les croyances majoritaires, la gestion des déchets n’est plus un problème majeur compte tenu des techniques actuellement mises au point. On peut considérer que la maîtrise des déchets est actuellement acquise même si des évolutions sont envisageables.[59]» Il n'y a donc pas de problème majeur. Le vrai souci pour les communistes est de garantir la possibilité pour chacun de dilapider ressources et production. C'est ainsi que députés et sénateurs se sont opposés à la loi sur la tarification progressive de l'électricité dénonçant au passage la mise ne place d'un marché de capacité pourtant utile et surtout la levée des obstacles à l'éolien[60]. Ne fallait-il pas en effet apporter alors un soutien sans faille à la volonté impérieuse d'EDF de poursuivre la durée d'exploitation du parc nucléaire[61] ?

Une chose est certaine. Pour la Place du Colonel Fabien il faut maintenir coute que coute un système énergétique centralisé et monolithique qui seul peut intégrer la production massive et concentrée des centrales nucléaires. L'autonomie énergétique des territoires est dénoncée sans nuance. Lors de l'université d'été 2013 du Parti communiste, Valérie Gonçalves déclare ainsi «°qu'il est illusoire de penser que les questions énergétiques pourraient se résoudre au niveau local. Une régionalisation de l’énergie rendrait caduque la solidarité entre régions et mettrait en cause la péréquation tarifaire, voire même l’accès à l’énergie tout simplement. » Même RTE n'ose plus assumer un tel discours...

La transition énergétique est bien la cible ultime de la communication officielle du Parti communiste. Ce Parti ne redoute rien tant qu'une transformation des usages, des consommations et des productions. «°On sent bien que nous sommes en train de changer de modèle en ce qui concerne l’énergie. Aujourd’hui le système tel qu’il est conçu, c’est de produire pour répondre à la demande, c'est-à-dire que lorsqu’un usager a besoin d’énergie, on doit la lui fournir. Demain, ce sera au consommateur de s’adapter à la production disponible ; On va gérer la pénurie. Ce qui revient à faire de l’électricité une denrée rare donc chère et seuls ceux qui auront les moyens pourront continuer à se chauffer, les autres se gèleront dans leurs logements[62]. °» Les promesses de campagne de 2012 sont décidément bien vite oubliées.

En 2014, le PCF jette donc le voile. Après avoir admis un temps que la maitrise de la demande d'énergie est nécessaire, il dénonce cet objectif à l'occasion de la présentation de la Loi de transition énergétique. «°L’objectif de diminuer par deux nos consommations d’énergie à l’horizon 2050 est réaffirmé. Cet objectif est contestable et il est pour le Parti communiste un objectif insoutenable ! Cette perspective est complètement incohérente avec l’évolution démographique de notre pays dont les prévisions s’acheminent vers 70 millions d’habitants en 2050 et d’autre part par l’exigence du droit à l’énergie pour tous en corrélation avec la satisfaction des besoins sociaux[63] .» Il ne s'agit pas d'une opposition à quelques aspects de la loi. Le Parti communiste développe une opposition de principe, c'est-à-dire un refus catégorique de la transition énergétique aussi modeste soit celle proposée par la majorité présidentielle. «°Le PCF ne se résigne pas à la désindustrialisation de notre pays. Et cela suppose un accroissement de nos capacités de production et donc de consommation d’énergie[64]. » Le dogme de la croissance est une fois de plus entonné tel un credo pour justifier un vote contre une loi qui en définitive ne méritait pas tant d'honneur[65].

*

Voilà donc où en est le Parti communiste français à l'heure où commence la campagne pour les élections départementales. Invariablement il apparaît comme un adversaire résolu des écologistes dès qu'il est question d'énergie et de nucléaire. Cette posture est incontestablement conservatrice et ferme les portes à un autre avenir privant la multitude de la possibilité de se réapproprier les enjeux énergétiques. On est là bien plus proche des positions de la droite la plus réactionnaire que de l'idéal porté par la gauche tout au long du XXe siècle.

L'alliance entre des écologistes et des communistes, ne serait-ce que sur le terrain électoral, a finalement de quoi surprendre. A se demander lesquels des deux sont les plus ridicules. Serait-ce que l'appareil communiste renonce enfin à ses positions historiques sur le nucléaire et la croissance qui sont contestées depuis longtemps en interne par des militant(e)s sincères ? Ou bien cela signifie-t-il que quelques écologistes sont prêts à renoncer à la cause antinucléaire décidément bien encombrante pour construire des alliances à gauche ?

Je pense que la réalité est bien plus complexe. Mais il est important que les écologistes rappellent partout que la sortie du nucléaire n'est pas un objectif négociable. C'est particulièrement important à l'occasion de ces élections qui vont désigner des élu(e)s pour une collectivité locale encore à ce jour en charge des commissions locales d'information auprès des installations nucléaires de base. La campagne ne saurait se limiter à la seule dénonciation de l'austérité, elle doit porter aussi des thématiques écologistes et développer des propositions efficientes pour mettre en oeuvre la transition énergétique.

 


[1] http://www.actu-environnement.com/ae/news/projet-loi-transition-energetique-senateurs-debats-23751.php4

[2] http://www.lepoint.fr/politique/le-front-de-gauche-rencontre-eelv-pour-evoquer-la-situation-politique-03-02-2015-1902120_20.php

[3] Je tiens à faire une distinction très claire entre d'une part la multitude de militant(e)s communistes sincères qui perçoivent la crise écologique et agissent pour en atténuer les conséquences, et d'autres parts des cadres de l'appareil qui défendent des positions anachroniques pour ne pas dire dogmatique sur l'énergie et le nucléaire.

[4] https://www.youtube.com/watch?v=1tXYZ6paiVo

[5] http://www.reporterre.net/Les-atomes-tres-crochus-des / http://www.slate.fr/story/35467/lobby-nucleaire

[6] http://www.lesechos.fr/04/02/1998/LesEchos/17578-037-ECH_la-majorite-plurielle-est-tres-divisee-sur-la-fermeture-de-superphenix.htm

[7] http://www.humanite.fr/node/169636

[8] http://progressistes.pcf.fr/62195

[9] http://progressistes.pcf.fr/54514

[10] http://progressistes.pcf.fr/64888 / http://www.sfen.org/Bertrand-BARRE

[11] http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/polit_0032-342X_1983_num_48_3_3338

[12] http://vivelepcf.fr/596/hiroshima-nagasaki-67-ans-apres-ne-jamais-laisser-banaliser-lexistence-et-la-proliferation-de-larme-nucleaire/

[13] http://www.ina.fr/video/RXC01010350

[14] http://www.lefigaro.fr/politique/2011/11/25/01002-20111125ARTFIG00530-le-nucleaire-le-perpetuel-desaccord-verts-ps.php

[15] http://www.humanite.fr/node/176112

[16] http://www.humanite.fr/node/185351

[17] http://www.lexpress.fr/informations/tres-cher-framatome_631466.html

[18] http://www.lesechos.fr/25/01/1999/LesEchos/17822-007-ECH_edf-gdf---l-accord-entre-direction-et-syndicats-signe-aujourd-hui.htm

[19] Après une petite journée d'action contre la privatisation d'EDF, la CGT dit viser le "long terme"

http://www.lemonde.fr/societe/article/2005/11/08/privatisation-d-edf-apres-une-petite-journee-d-action-la-cgt-dit-viser-le-long-terme_708063_3224.html

[20] UNE PRIVATISATION NÉGOCIÉE

La CGT à l'épreuve de la modification du régime de retraite des agents d'EDF-GDF

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=21410

[21] http://www.humanite.fr/node/334415

[22] Fédération CGT Mines-Energie : un colosse aux pieds d’argile

http://www.istravail.com/article313.html

[23] Appel pour la grève jusqu'au retrait de la loi de privatisation

http://sudenergieedf.free.fr/fede/EDF/Appel%20pour%20la%20gr%E8ve%20jusqu%27au%20retrait%20du%20projet%20de%20loi.htm

[24] http://www.dissident-media.org/infonucleaire/relance_du_nuc.html

[25] http://energie.pcf.fr/canaux/2701?page=18

[26] http://energie.pcf.fr/sites/default/files/lettre_no2_du_15_mai_2006_1.pdf

[27] http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000813253

[28] http://www.pcf.fr/958

[29] http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006053843&dateTexte=20081107

[30] http://www.sfen.org/Le-nucleaire-une-energie-propre

[31] http://www.pcf.fr/sites/default/files/lettre_no1_13_fevrier_2006_3819cen1_0.pdf, p 5-6

[32] «°Nous devons opérer, au sein du PCF, trop longtemps productiviste et scientiste une véritable « révolution écologique » qui en appelle une autre culturelle celle-là, consistant à intégrer l’enjeu écologique dans ce qui fait la raison d’être d’un mouvement politique de transformation sociale, de dépassement des rapports de domination, d’exploitation, d’aliénation qui caractérisent le capitalisme mondialisé actuel, d’un processus d’émancipation humaine.°» Ibidem, p 1.

[33] http://www.pcf.fr/sites/default/files/lettre_septembre_07_1.pdf

[34] http://www.pcf.fr/3941

[35] http://www.pcf.fr/sites/default/files/lettre_decembre_09_1.pdf, p 7

[36] Ibidem, p 10

[37] Proposition qui n'est jamais que la déclinaison dans le champ politique du scénario établi par le Réseau Sortir du nucléaire : http://www.sortirdunucleaire.org/IMG/pdf/nucleaire-sorties-complete.pdf

[38] lire le compte-rendu du débat public sur le Projet Penly III établi par un militant de Seine-Maritime, André Brunstein, dans le n°14 de la Lettre Communisme & écologie : http://www.pcf.fr/sites/default/files/communiste_et_ecologie_no14.pdf

[39] http://www.pcf.fr/sites/default/files/communisme__ecologie_2-2012_0.pdf

[40] http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/03/06/la-cour-des-comptes-releve-les-nombreuses-incertitudes-qui-pesent-sur-la-filiere-nucleaire_1636732_3234.html

[41] http://13.pcf.fr/13754

[42] http://projet.pcf.fr/17471

[43] http://www.sauvonsleclimat.org/negatep2014/

[44] http://projet.pcf.fr/17426

[45] http://www.sfen.org/IMG/pdf/Ngo_valdeloire.pdf

[46] http://projet.pcf.fr/17468

[47] http://www.pcf.fr/8281

[48] http://www.pcf.fr/8307

[49] http://www.sauvonsleclimat.org/qui-sommes-nous/288-personnalites-signataires.html

[50] http://projet.pcf.fr/8762

[51] L'Humanité propose le 17 mars 2011 une interview d'un député communiste japonais qui met en cause les fautes du gouvernement et de l'exploitant : «°Le Parti communiste japonais (PCJ), au contraire, a toujours mis en garde contre la menace de séisme et contre ses possibles conséquences en termes de sûreté nucléaire. Face à cet argument, Tepco et le gouvernement japonais ont toujours fait valoir que des systèmes de secours existaient. Mais sous la pression du tsunami, tous les verrous ont sauté. C’est toute une chaîne de défaillances qui a mené à cet accident nucléaire. °»

http://www.humanite.fr/hidekatsu-yoshii-seisme-tsunami-nucleaire-un-triple-choc-pour-le-japon

[52] http://www.pcf.fr/8294

[53] https://www.lepartidegauche.fr/system/documents/docs-pg-humain_dabord.pdf

[54] http://www.pcf.fr/sites/default/files/4_pages_energie_pcf_nat-2.pdf

[55] http://www.pcf.fr/15262

[56] http://www.pcf.fr/sites/default/files/pour_une_transition_energetique_reussie_reseau-energie-pcf.pdf, p 5

[57] Ibidem, p 18.

[58] Des Lumières contrastées : Cassirer, Adorno et Horkheimer.

http://rgi.revues.org/486

[59] http://energie.pcf.fr/38726

[60] http://energie.pcf.fr/30224

[61] Jean Barra, les centrales nucléaires françaises, Communisme & écologie, décembre 2012 - janvier 2013, p 15

http://ecologie.pcf.fr/sites/default/files/communisme_ecologie_1-2013-3_1.pdf

[62] http://energie.pcf.fr/43980

[63] http://energie.pcf.fr/57564

[64] Ibidem

[65] Position affirmée haut et fort par la nouvelle publication de la commission Écologie du PCF dont le premier numéro est paru en décembre 2014 : http://ecologie.pcf.fr/sites/default/files/planete_humanite_12-14.pdf

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