Il serait temps de mettre un terme aux privilèges de l'industrie nucléaire

Triste jour pour la sûreté nucléaire. L'ASN a donné son accord au redémarrage de neuf des douze réacteurs concernés par des anomalies majeures et offre un délai supplémentaire à EDF pour remettre en état le réacteur n°2 de Paluel. Ces décisions sont d'autant plus choquantes que le nucléaire donne à voir qu'il n'est pas en capacité de répondre à nos besoins...

Les mauvaises nouvelles se suivent. Tout d'abord le parc nucléaire donne des signes évidents de faiblesse. De nombreux réacteurs sont à l'arrêt. Et cette nuit la tempête sur le littoral normand a contraint EDF de mettre à l'arrêt le réacteur n°1 de la centrale de Paluel qui vient tout juste d'être redémarrer après son « Grand Carénage ». Preuve s'il en est que ces opérations de maintenance ne permettent guère de renforcer la robustesse des installations. Reste que l'Autorité de sûreté a manifestement autorisé fin 2016, la poursuite d'exploitation de cette vieille casserole qui manifestement n'offre pas tous les signes de fiabilité tant vantés par les partisans de l'atome.

A croire que l'ASN est contrainte de prendre des décisions dont la robustesse n'est pas avérée

Des décisions publiées au cours des dernières heures ne font que confirmer cette désagréable impression. Le 12 janvier une décision autorise EDf à redémarrer 9 des 12 réacteurs encore concernés par des vérifications de sécurité décidées à la suite d'une concentration excessive en carbone dans l'acier de leurs générateurs de vapeur. EDF devra encore attendre un peu pour les deux réacteurs de Civaux et Tricastin 2. Mais bon, l'opérateur énergétique de l'Etat peut être satisfait. En dépit des fortes inquiétudes sur la robustesse des équipements incriminés et d'une perte de confiance globale dans la capacité des installations à fonctionner en toute sûreté, le nucléaire dispose comme souvent d'un blanc-seing choquant.

L'Etat peut être rassurée, les inquiétudes soulevées par RTE à la fin de l'automne sont levées. Les réacteurs tournent à plein régime et répondent aux appétits démesurés de consommation du plus grand nombre. Seuls 8 réacteurs étaient aujourd'hui à l'arrêt. Même ceux dont des équipements sous pression présentent des « anomalies » graves fonctionnent (à l'exception de Bugey 4 et de Tricastin 4).

Ce qui figure dans la pathétique Stratégie nationale bas carbone que les héros du climat ont oublié de dénoncé en 2015 se réalise. La sécurité des approvisionnements s'impose comme une loi d'airain et l'emporte sur le nécessaire contrôle d'installations usées et défaillantes.

Si cela suffisait pour offrir l'électricité nécessaire, cette posture pourrait se comprendre... si tant que l'on accepte comme l'Etat de nier l'ampleur du risque nucléaire. Mais ce n'est qu'un pansement sur une jambe de bois. « Les marges disponibles pour répondre aux besoins en électricité - à partir de mardi et jusqu'à vendredi (prochains) - seront réduites » alerte le gestionnaire du réseau de transport d'électricité RTE. La hausse de la consommation attendue en raison d’un recours trop massif au chauffage électrique et les arrêts de quelques réacteurs expliquent cette situation.

Ce n’est pas pour autant qu’on peut céder au moindre caprice d’EDF

Or une autre décision de l’ASN donne à voir que décidément la sûreté ne fait pas bon ménage avec quelques impératifs industriels. C’est le cas à Paluel où un réacteur n’est pas au mieux de sa forme après une modeste chute d’un générateur de vapeur, un feu de métal et quelques autres péripéties qui amène à douter des compétences d’EDF.

Ce matin, l’Autorité de sûreté nucléaire a ainsi publié un avis favorable relatif à une demande de dérogation de l’exploitant pour une prolongation de la durée autorisée d’arrêt admise par la réglementation en vigueur.

Selon la Loi de transition énergétique (art. 127) et le décret du 28 juin 2016, une installation nucléaire est considérée comme défensivement arrêté « si une installation nucléaire de base cesse de fonctionner pendant une durée continue supérieure à deux ans ». Mais bien évidemment cela n’est qu’un cadre général. « Le ministre chargé de la sûreté nucléaire peut, à la demande de l'exploitant et par arrêté motivé pris après avis de l'Autorité de sûreté nucléaire, proroger de trois ans au plus cette durée de deux ans. »

Reste qu’on est en droit de se demander si une telle dérogation est opportune ici

Le réacteur n°2 de la centrale nucléaire de Paluel est à l’arrêt depuis le 16 mai 2015. EDF réalise en effet ici le premier « Grand Carénage » qui devait permettre à cette installation de correspondre aux exigences définies par l’Autorité de sûreté pour correspondre au référentiel de sureté de 3e visite décennale (VD3). Depuis le printemps 2015, ce chantier n’a été qu’une longue suite d’incidents, de défaillances et d’irrégularités. Deux événements notoires ont marqué ce chantier et ruiner l’ambition de l’exploitant de mener au plus vite des opérations de grande ampleur : un feu de métal au cours de l’été 2015, dont les impacts matériels restent encore à établir précisément, et surtout la chute d’un générateur de vapeur, fait sans précédent, le 31 mars 2016.

Plus généralement Paluel est une centrale qui a toujours donné à voir des signes de fragilité. La sûreté de chaque réacteur pose question. Leur production est intermittente. Les impacts sur l’environnement au vu de l’ampleur des rejets sont considérables. Et les conditions de travail pour les agents d’EDF comme pour les sous-traitants n’ont cessé de se dégrader.

Ne conviendrait-il donc pas de reconnaître que Paluel 2 ne sera plus jamais en mesure de fonctionner en toute sûreté ?

Dans une région marquée par le pétrole, le charbon et l’atome nous considérons que la mise à l’arrêt définitif de Paluel 2 serait un signal fort en faveur d’une authentique transition énergétique. Si l’électricité produite par ce réacteur n’a manqué à personne depuis près de deux ans, les travaux réalisés ici en pure perte ont privé la nécessaire évolution de notre système énergétique de ressources considérables.

Paluel 2 n’est ni utile ni indispensable au système électrique français

Les risques auxquels il nous expose sont trop grands. Non seulement de nombreux éléments nous amènent à considérer que ce réacteur ne pourra pas correspondre au nouveau référentiel de sureté applicable après les deux accidents évoqués ci-dessous mais la présence d’équipements sous pression « irréguliers » soulèvent des inquiétudes supplémentaires. Le nucléaire sûr n’existe pas… tout particulièrement à Paluel.

Arrêtons les frais !

La France ne pourra atteindre les objectifs fixés par la Loi de transition énergétique sans fermer des réacteurs. Paluel est au nombre de ceux qui présentent le plus grand nombre de problèmes aujourd’hui.

Il serait cohérent en conséquence de reconnaître la réalité des faits et d’admettre qu’un arrêt définitif est possible sans aucune suppression d’emplois puisque les agents de Paluel participent à la Force d’action rapide nucléaire (FARN) créée par EDF en réponse aux prescriptions complémentaires de sureté que l’Autorité de sureté nucléaire a imposé après Fukushima.

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