Non à la prolongation de la durée d'exploitation des réacteurs nucléaires

En début d'après midi, le dimanche 13 octobre 2013, l'Agence France Presse diffusait une dépêche selon laquelle "La décision de prolonger de 10 ans la durée de vie des centrales nucléaires françaises, pour qu'elle passe de 40 à 50 ans, est prise et devrait être annoncée bientôt. " Le texte précise : " Selon le JDD, l'Etat veut allonger la durée d'exploitation des 58 réacteurs composant les 19 centrales du pays, et la décision pourrait être officialisée à l'occasion d'un conseil de politique nucléaire prévu le 15 novembre. Selon une source proche de l'administration citée par le JDD, la décision de prolonger à 50 ans la durée de vie des centrales est actée et le gouvernement cherche juste le bon timing politique. Elle sera prise avant la fin de l'année, selon une autre source citée par le journal, présentée comme proche du ministère de l'Ecologie. Si rien n'est officiel pour l'instant, c'est inéluctable, confirme une troisième source au journal.[1]"

En début d'après midi, le dimanche 13 octobre 2013, l'Agence France Presse diffusait une dépêche selon laquelle "La décision de prolonger de 10 ans la durée de vie des centrales nucléaires françaises, pour qu'elle passe de 40 à 50 ans, est prise et devrait être annoncée bientôt. " Le texte précise : " Selon le JDD, l'Etat veut allonger la durée d'exploitation des 58 réacteurs composant les 19 centrales du pays, et la décision pourrait être officialisée à l'occasion d'un conseil de politique nucléaire prévu le 15 novembre. Selon une source proche de l'administration citée par le JDD, la décision de prolonger à 50 ans la durée de vie des centrales est actée et le gouvernement cherche juste le bon timing politique. Elle sera prise avant la fin de l'année, selon une autre source citée par le journal, présentée comme proche du ministère de l'Ecologie. Si rien n'est officiel pour l'instant, c'est inéluctable, confirme une troisième source au journal.[1]"

Le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs considère la prolongation de la durée d'exploitation des réacteurs nucléaire de France comme inacceptable. Alors qu'aux Etats-Unis de plus en plus mettent en cause la possibilité de poursuivre l'activité nucléaire[2], le gouvernement Ayrault s'apprêterait à annoncer un nouveau prolongement de l'activité des réacteurs nucléaires[3]. Est-ce ainsi qu'il compte favoriser la baisse de la part du nucléaire ?

Si le conseil de politique nucléaire, institution créée par Nicolas Sarkozy pour réaffirmer le pilotage politique de la filière nucléaire[4], décidait effectivement d'étendre l'exploitation des réacteurs nucléaires il répondrait favorablement aux revendications d'EDF[5] aux dépends des intérêts du plus grand nombre. En effet l'ancien groupe public ne cesse de faire pression sur les pouvoirs publics depuis une décennie pour utiliser les centrales au delà de la durée envisagée lors de leur construction[6] bénéficiant de revenus confortables apportés par des installations amorties depuis longtemps, sans parler des bénéfices comptables que cela apporte.

Force est de reconnaître une réelle contradiction entre cette intention du gouvernement publiée par le Journal du Dimanche[7] et le modeste engagement de campagne du candidat Hollande de ramener de 75 % à 50 % la part du nucléaire dans l'électricité consommée en France.

Mais là n'est pas le plus inquiétant. Le gouvernement Ayrault n'a manifestement pas entendu l'avertissement clair de l'Autorité de sureté nucléaire[8]. Le 2 octobre dernier, Pierre-Frank Chevet lui-même rappelait que "la France ne doit pas compter sur ses réacteurs nucléaires au-delà de 40 ans" :

"Les 40 ans arrivent rapidement. Comme tous les réacteurs ont été construits à marche forcée entre les années 1980 et 1990, il pourrait y avoir 5 à 6 réacteurs par an à retirer du réseau entre 2020 et 2030", explique Pierre-Franck Chevet. Et d’ajouter : "Si telle devait être la situation, il faudra construire des moyens en plus, faire des économies d'énergie… il faut compter une dizaine d'années assez offensives. Donc le message est simple : il est urgent de prendre des décisions dès maintenant, en considérant que les réacteurs pourraient ne pas aller au-delà de 40 ans[9]".

Alors que tous les réacteurs n'ont pas encore passé l'épreuve des troisième visites décennales[10], il apparaît clairement pour les experts officiels de la filière nucléaire que toutes les conditions de sûreté ne sont pas réunies pour poursuivre l'exploitation des réacteurs.

De l'aveu même de l'Institut de recherche sur la sureté nucléaire (IRSN), que l'on ne peut suspecter d'accointances antinucléaires, la prolongation du parc est un défis global. Les préconisations du groupe permanent d'experts pour les réacteurs sur le programme associé au projet d’extension de la durée de fonctionnement des réacteurs du parc en exploitation, publiées le 2 juillet 2013, énumèrent sur 17 pages les objectifs de sureté à atteindre pour satisfaire aux exigences d'une prolongation de la durée de fonctionnement (DDF) des réacteurs du parc en exploitation jusqu'à 60 ans[11].

Le défis n'est pas seulement technique mais il est aussi économique. Si tant est que le renforcement des mesures de sureté garantisse la France d'un accident grave dont le cout est connu aujourd'hui[12], on est en droit de s'interroger sur la pertinence d'un tel investissement. A en croire la Cour des Comptes, le coût de la prolongation du parc dépasserait les 55 Mds €[13], soit un montant équivalent à une évaluation de l'endettement d'EDF. Il n'est pas certain qu'il faille dans le contexte actuel engager de telles sommes au profit d'une industrie porteuse de mort...

Plutôt que de garantir la rente nucléaire d'EDF aux dépends de la facture énergétique des usagers et du droit de vivre dans un environnement sain, l'urgence impose de tirer un trait sur la parenthèse nucléaire. Au lieu d'autoriser la prolongation de la DDF, le conseil de politique nucléaire devrait concevoir un calendrier précis d'arrêt des réacteurs nucléaires d'ici 2025. La fermeture de la seule centrale de Fessenheim ne suffit pas. Il s'agit aujourd'hui d'envisager un plan de transition énergétique à la mesure de la menace économique, sociale et environnementale que représente le nucléaire.

Pour le mouvement antinucléaire l'orientation nécessaire est simple : il faut arrêter les uns après les autres les réacteurs nucléaires au bout de 30 années d'exploitation. Non seulement c'est souhaitable mais c'est possible[14]. Aller au delà représente un risque inacceptable...

Nucléaire nous voulons avoir le choix ![15]

Nous ne voulons plus de déchets ni de centrales

 


[1] http://www.romandie.com/news/n/_L_Etat_compte_prolonger_de_10_ans_la_vie_des_centrales_nucleaires_15131020131426.asp

[2] http://www.prnewswire.com/news-releases/report--over-three-dozen-us-nuclear-reactors-at-risk-of-early-retirement-12-face-greatest-shutdown-pressure-215857411.html

[3] http://groupes.sortirdunucleaire.org/Duree-de-vie-des-centrales-l-EPR-l

[4] http://eelv.fr/2012/09/28/conseil-de-politique-nucleaire-un-anachronisme-incongru/

[5] http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/energie-environnement/actu/0203012470332-edf-se-met-en-ordre-de-bataille-pour-prolonger-ses-reacteurs-nucleaires-607900.php ; http://tempsreel.nouvelobs.com/topnews/20131013.REU4367/eelv-denonce-toute-prolongation-de-vie-des-centrales-nucleaires.html

[6] http://www.actu-environnement.com/ae/dossiers/nucleaire/viellissement-parc-centrales-nucleaire-prolongation.php4

[7] http://www.lejdd.fr/Economie/L-Etat-va-prolonger-le-nucleaire-de-dix-ans-633771

[8] Lettre du président de l'ASN au président d'EDF du 28 juin 2013, CODEP-DCN-2013-013464

[9] http://www.usinenouvelle.com/article/selon-l-asn-la-france-ne-doit-pas-compter-sur-ses-reacteurs-nucleaires-au-dela-de-40-ans.N206783

[10] http://www.asn.fr/index.php/S-informer/Publications/La-revue-Controle/Dossiers-de-Controle-2009/Controle-n-184-la-poursuite-d-exploitation-des-centrales-nucleaires

[11] http://www.irsn.fr/FR/expertise/rapports_gp/gp-reacteurs/Pages/Synthese-rapport-IRSN-duree-fonctionnement-reacteurs-EDF.aspx

[12] http://groupes.sortirdunucleaire.org/2013-Cout-d-un-accident-nucleaire

[13] http://www.ccomptes.fr/Publications/Publications/Les-couts-de-la-filiere-electro-nucleaire

[14] http://www.sortirdunucleaire.org/sinformer/themas/plus/Houpert-des-demain.pdf

[15] http://groupes.sortirdunucleaire.org/Appel-solennel-de-revendications

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