Guillaume Blavette
militant antinucléaire
Abonné·e de Mediapart

107 Billets

0 Édition

Billet de blog 20 mars 2016

De qui se moque EDF à Paluel et ailleurs ? Pour un arrêt immédiat du Grand Carénage

Depuis mai 2015 les opérations de "Grand Carénage" ont commencé à Paluel. Le bilan des opérations sur le réacteur n°2 est affligeant. Aujourd’hui, EDF veut commencer les travaux sur le réacteur n°1 sans même attendre un quelconque retour d'expérience. Il est urgent de mettre un terme à ces opérations dangereuses, non maitrisées et hors de prix

Guillaume Blavette
militant antinucléaire
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

En dépit des engagements du Président de la République de ramener la part du nucléaire dans le mixe électrique français de 75% à 50%, l’énergéticien français a décidé de lancer un vaste programme de maintenance des centrales nucléaires, le « Grand Carénage ». L’objectif affiché est de réaliser les opérations nécessaires à la poursuite d’exploitation des réacteurs au-delà de 40 ans[1]. La réalité est bien moins glorieuse. Après une décennie de sous-investissement dans le parc nucléaire, EDF réalise de vaste opération de maintenance afin d’intégrer les nouvelles normes de sureté définies après Fukushima.

Bien loin d’être une opération inédite, le « Grand Carénage » n’est jamais qu’une expression pour désigner la mise en œuvre des conclusions des évaluations complémentaires de sureté[2] à l’occasion de visites décennales programmées depuis longtemps[3]. Dominique Minière l’a reconnu devant la commission d’enquête parlementaire sur la filière nucléaire le 20 février 2014 :

« Il s’agit de dépenser 55 milliards d’euros d’ici 2025 pour prolonger la durée de vie des réacteurs existants de 40 à 60 ans.  

Sur cette somme, 10 milliards concernent les mesures complémentaires de sûreté suite à l’accident de Fukushima.  Dans les mois qui ont suivi l’accident au Japon, l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a imposé à l’électricien historique d’équiper ses réacteurs d’un noyau dur où seront préservés des outils de sauvegarde ultime (générateurs, pompes...) ou encore l’ajout de sources froides supplémentaires. Autant de travaux qu’EDF doit mettre en place dans les années qui viennent.

20 milliards serviront à la mise à niveau des centrales lors des opérations de maintenance et des visites décennales. Lors de ces dernières, les agents de l’ASN observent de fond en comble les réacteurs et autorisent le fonctionnement pour dix ans supplémentaires (hors événements) sous conditions de travaux.  Par ailleurs, 15 milliards seront consacrés au remplacement de grands composants (générateurs de vapeurs, circuits…) et 10 milliards iront "au titre d'autres projets patrimoniaux (environnement, risque incendie, risque grand chaud-grand froid)", a expliqué le responsable d’EDF[4]. »

Aujourd’hui, nous savons que la facture sera beaucoup plus lourde encore. Les magistrats de la Rue de Cambon considèrent que le « Grand Carénage » coutera au bas mot 100 Mds € notamment parce que les opérations se poursuivront au-delà de 2025[5]. WISE-Paris a publié un rapport en février 2014 qui établit un bilan plus sévère encore. Les investissements nécessaires à la prolongation de durée de vie pourraient être plus de quatre fois supérieurs à ce qu’envisage EDF pour augmenter de manière significative la robustesse des réacteurs et correspondre aux nouveaux référentiels de sûreté internationaux[6]

schéma Yves Marignac

 [7]

Mais là n’est pas l’objectif visé par le « Grand Carénage ». L’Etat et son opérateur énergétique, au prétexte de renforcer la sureté des installations, veulent en dernier recours garantir l’irréversibilité du nucléaire à un « cout économiquement acceptable ». Plutôt que d’investir dans la transition énergétique à la mesure des enjeux climatiques mais aussi sociaux, d’aucuns préfèrent poursuivre une stratégie industrielle qui n’a jamais été soumise à un débat démocratique digne de ce nom depuis cinquante ans[8].

Le « Grand Carénage » apparait ainsi comme une fuite en avant dans le tout nucléaire au moindre coût. Conforté par la Stratégie nationale bas carbone[9] et une Programmation pluriannuelle de l’énergie[10] dont on connait aujourd’hui les grandes lignes, EDF met chacun devant le fait accompli. Le « Grand Carénage » a déjà commencé et s’impose à tous. Même l’Autorité de sûreté nucléaire est mise devant le fait accompli. Les opérations seront réalisées quelle que soit la situation économique d’EDF[11]… puisqu’en dernier recours l’entreprise peut compter sur le soutien indéfectible de son actionnaire majoritaire[12].

Sauf qu’EDF ne maitrise plus rien. Le « Grand Carénage » donne à voir l’incapacité de l’exploitant nucléaire à organiser et mettre en œuvre de vastes opérations de maintenance dans des installations usées, dégradées et obsolètes. En raison d’une perte de savoir-faire évidente et d’ambitions disproportionnées au regard des moyens disponibles, on voit se multiplier incidents, accidents et autres défaillances.

A Paluel, le « Grand Carénage » est un fiasco complet. Initié en mai 2015, le chantier devait durer 250 jours à en croire la communication d’EDF[13]. Aujourd’hui on sait qu’il se prolongera au moins jusqu’en aout[14] vu les retards accumulés. Le « Grand Carénage » de surcroît déçoit. Les entreprises qui attendaient avec impatience ces commandes et ces marchés déchantent. « Les attentes sont déçues dans les secteurs de la maintenance ou de la mécanique, qui avaient pourtant beaucoup investi pour se préparer aux travaux, explique Céline Cudelou, déléguée générale du Groupe intersyndical de l'industrie nucléaire (GIIN)[15]. »

Mais peu importe ces « aléas ». EDF persévère envers et contre tout à mener à son terme son projet pharaonique. Avant même que le « Grand Carénage » soit terminé sur la tranche n°2, l’exploitant veut commencer les travaux sur la tranche n°1. Le 17 débutera ainsi un second « Grand Carénage » alors qu’aucun retour d’expérience n’a eu lieu….

*

Au vu des nombreux incidents survenus, des retards et surcouts accumulés ici, il est urgent de suspendre immédiatement les opérations de « Grand Carénage » à Paluel. Non seulement il d’agit de reconsidérer les objectifs que s’est fixé l’exploitant nucléaire mais de mettre un terme à des opérations qui ne vont aucunement améliorer la sûreté nucléaire et la radioprotection.

Afin de justifier cette revendication, voici une analyse critique de ce qui se cache derrière l’expression « Grand Carénage ». Ce projet hors de prix n’est jamais que la conséquence d’une démarche fragile et insuffisante au regard des risques que fait peser le nucléaire sur les populations et le territoire. Plutôt que d’opérer ces travaux inutiles et imposées, il conviendrait plutôt d’envisager la mise à l’arrêt définitif des réacteurs.

dossier complet à lire

http://www.calameo.com/read/001574975d083532ef027


[1]http://energie.lexpansion.com/energie-nucleaire/nucleaire-qu-est-ce-que-le-grand-carenage-_a-32-8015.html

[2]http://www.asn.fr/Controler/Evaluations-complementaires-de-surete/Decisions-de-l-ASN/Decisions-2012-de-l-ASN

http://www.asn.fr/Informer/Actualites/Exigences-complementaires-pour-la-mise-en-place-du-noyau-dur

[3]http://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Poursuite-de-fonctionnement/Calendrier

[4]http://www.usinenouvelle.com/article/nucleaire-le-detail-des-55-milliards-du-grand-carenage-d-edf.N242680

[5]http://www.lepoint.fr/economie/cour-des-comptes-edf-les-incertitudes-du-grand-carenage-10-02-2016-2016738_28.php

[6]http://www.greenpeace.org/france/PageFiles/266521/greenpeace-rapport-echeance-40-ans.pdf

[7]http://www.global-chance.org/IMG/pdf/ymarignacauditionan140326diaporama.pdf

[8]http://reporterre.net/Retour-sur-l-histoire-du-nucleaire

[9]http://www.developpement-durable.gouv.fr/Strategie-nationale-bas-carbone.html

[10]https://fr.scribd.com/doc/303187123/Le-document-de-presentation-de-la-programmation-pluriannuelle-de-l-energie-PPE#fullscreen

[11]http://www.europe1.fr/economie/edf-est-elle-proche-de-lexplosion-2686246

http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/03/10/la-cour-des-comptes-souligne-la-fragilite-financiere-d-edf_4880734_3234.html

http://www.lopinion.fr/edition/economie/l-etat-actionnaire-paye-cash-difficultes-d-edf-97006

[12]http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/explicateur/2016/02/26/29004-20160226ARTFIG00075-comprendre-le-sauvetage-d-areva.php

[13]https://www.lenergieenquestions.fr/le-grand-carenage-lance-a-la-centrale-de-paluel/

[14]http://www.paris-normandie.fr/detail_communes/articles/5264384/paluel--le-grand-carenage-de-la-tranche-2-s-achevera-fin-aout#

[15]http://www.lesechos.fr/23/09/2015/LesEchos/22029-102-ECH_nucleaire---le-calendrier-du-grand-carenage-d-edf-inquiete-les-pme.htm

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Des femmes et des enfants survivent dans la rue à Bagnolet
Une vingtaine de femmes exilées, et autant d’enfants, dont des nourrissons, occupent un coin de rue à Bagnolet depuis le 4 août pour revendiquer leur droit à un hébergement. Une pétition vient d’être lancée par différentes associations pour soutenir leur action et interpeller les autorités sur leur cas.
par Nejma Brahim
Journal — Logement
Face au risque d’expulsion à Montreuil : « Je veux juste un coin pour vivre »
Ce mardi, une audience avait lieu au tribunal de proximité de Montreuil pour décider du délai laissé aux cent vingt personnes exilées – femmes, dont certaines enceintes, hommes et enfants – ayant trouvé refuge dans des bureaux vides depuis juin. La juge rendra sa décision vendredi 12 août. Une expulsion sans délai pourrait être décidée.
par Sophie Boutboul
Journal — Énergies
La sécheresse aggrave la crise énergétique en Europe
Déjà fortement ébranlé par les menaces de pénurie de gaz, le système électrique européen voit les productions s’effondrer, en raison de la sécheresse installée depuis le début de l’année. Jamais les prix de l’électricité n’ont été aussi élevés sur le continent.
par Martine Orange
Journal — France
Inflation : le gouvernement se félicite, les Français trinquent
L’OCDE a confirmé la baisse des revenus réels en France au premier trimestre 2022 de 1,9 %, une baisse plus forte qu’en Allemagne, en Italie ou aux États-Unis. Et les choix politiques ne sont pas pour rien dans ce désastre.
par Romaric Godin

La sélection du Club

Billet de blog
Ce que nous rappelle la variole du singe
[REDIFFUSION] A peine la covid maitrisée que surgit une nouvelle alerte sanitaire, qui semble cette fois plus particulièrement concerner les gays. Qu’en penser ? Comment nous, homos, devons-nous réagir ? Qu’est-ce que ce énième avertissement peut-il apporter à la prévention en santé sexuelle ?
par Hervé Latapie
Billet de blog
Variole du singe : chronique d'une (nouvelle) gestion calamiteuse de la vaccination
[REDIFFUSION] Créneaux de vaccination saturés, communication inexistante sur l'épidémie et sur la vaccination, aucune transparence sur le nombre de doses disponible : la gestion actuelle de la variole du singe est catastrophique et dangereuse.
par Jean-Baptiste Lachenal
Billet de blog
Variole du singe : ce que coûte l'inaction des pouvoirs publics
« L'objectif, c'est de vacciner toutes les personnes qui souhaitent l'être, mais n'oublions pas que nous ne sommes pas dans l'urgence pour la vaccination ». Voilà ce qu'a déclaré la ministre déléguée en charge des professions de santé, au sujet de l'épidémie de la variole du singe. Pourtant pour les gays/bis et les TDS il y a urgence ! Quel est donc ce « nous » qui n'est pas dans l'urgence ?
par Miguel Shema
Billet de blog
Faire face à l’effondrement du service public de santé
Après avoir montré l’étendue et les causes des dégâts du service public de santé français, ce deuxième volet traite des solutions en trompe-l’œil prises jusque-là. Et avance des propositions inédites, articulées autour de la création d’un service public de santé territorial, pour tenter d’y remédier.
par Julien Vernaudon