La grande arnaque des grands carénages : épisode 6

L'élection présidentielle de 2012 aborde la question nucléaire sans pour autant envisager des politiques publiques qui permettent de maîtriser cette filière qui met tout en oeuvre pour verrouiller la politique énergétique de l'Etat

Dès mars 2012, les grandes orientations sont posées. Faute d’un développement suffisant des Energies renouvelables et des centrales à gaz depuis la 2005, la France est pieds et poings liés au nucléaire. Ce n’est pas le développement de l’éolien offshore qui inverse la tendance[1]. La construction des parcs est reportée au-delà de 2017 et il faudra attendre 2020 pour que les premiers kWh soient produits[2]. Les autres productions alternatives si elles se développent sont bien loin de pouvoir répondre à une demande même réduite. Le nucléaire est triomphant. « Malgré une croissance moindre que l’an dernier (+ 3,6 % contre + 4,5 % en 2010), la consommation des énergies renouvelables thermiques et des déchets valorisés est celle qui a le plus augmenté en 2011. À 17,1 Mtep, elle ne représente toutefois encore que 6,4 % de la consommation primaire totale. Après deux années de baisse, le pétrole se redresse (+ 2 %). L’électricité primaire également en hausse consolide sa part dans la consommation primaire totale (presque 44 %)[3]. »Contrairement à 2010, la France n’a pas atteint en 2011 les objectifs de part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie finale fixés par le plan d’action national en faveur des énergies renouvelables pour atteindre la cible de 23 % en 2020, mais cette part progresse de 0,3 % pour atteindre 13,1 %. Entre 2005 et 2011, l’accroissement de la consommation d’énergie renouvelable a été de 4,6 Mtep, contre 6 attendus. Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas…

Heureusement, les différents candidats à l’élection présidentielle s’engagent à s’emparer du problème. La transition énergétique est le thème à la mode. Le candidat Nicolas Sarkozy apporte un soutien sans faille à cette industrie au titre de « l’intérêt supérieur de la France[4] ». Les écologistes assument leur opposition aux « énergies sales » et revendiquent une sortie progressive du nucléaire[5]. François Hollande, quant à lui, cultive en permanence l’ambiguïté[6] après avoir notoirement expurger l’accord avec EELV[7]. Somme toute chacun est dans son rôle[8]. Le débat n’est pas de meilleure qualité qu’en 2007. Tous parlent d’énergie mais personne ne dit rien de très intéressant. Il faut dire qu’aucun candidat ne maitrise vraiment les enjeux énergétiques et les arguments développés sont plus des slogans que de réelles propositions.

L’industrie nucléaire peut être rassurée. Elle ne risque pas grande chose. Les écologistes sont plus occupés à vanter les mérites des énergies renouvelables qu’à dénoncer « les dossiers noirs du nucléaire français[9] ». L’écologie positive n’est pas le propre de Ségolène Royal. Un consensus se dessine entre les candidat(e)s. Chacun a clairement conscience du « déclin de l’Empire français[10] » mais personne ne veut prendre des mesures d’urgence. Aucun candidat ne s’intéresse aux enjeux de sureté et aux modalités d’exploitation du parc nucléaire. Les divergences éludent le présent du nucléaire se contentant de d’envisager son avenir. La seule mesure immédiate proposée est la fermeture de la centrale de Fessenheim[11]. Et encore, bien des éléments donnent à voir qu’il ne s’agit là que d’une ultime concession du candidat Hollande pour ne pas s’aliéner les écologistes. « Conformément à la tribune publiée par François Hollande dans Le Monde, seule la fermeture de Fessenheim est prévue[12] », déclare Bernard Cazeneuve dans une interview au Monde en janvier 2012.

Il n’est ni question d’arrêter l’EPR ni de mettre un terme au retraitement et encore moins de mettre à l’arrêt les réacteurs de plus de trente ans comme le revendique le mouvement antinucléaire[13]. La faiblesse de la campagne d’Eva Joly ne réussit pas à faire figurer la question nucléaire parmi les principaux enjeux de l’élection présidentielle. Le NPA ne le réussit pas non plus, bien qu’il soit le seul à porter l’exigence d’un arrêt urgent du nucléaire[14]. Quant à Jean-Luc Mélenchon, force est de reconnaitre qu’il est très gêné par la question nucléaire. Son allié communiste ne cesse de rappeler son adhésion à l’atome[15] et plus largement la sortie du nucléaire est loin de faire consensus au sein du Front de Gauche. Si bien que La proposition de référendum sur la sortie du nucléaire ne convainc personne… surtout pas les antinucléaires[16]. Somme toute le courant antinucléaire n’est pas très puissant à la veille de la campagne officielle.

Les partisans de l’atome le comprennent. Ils ne ménagent pas leurs efforts pour vanter les mérites de l’industrie nucléaire[17]. Dans ce contexte, la volonté de François Hollande de ramener la part du nucléaire dans le mixe électrique de 75% à 50% apparaît presque comme audacieuse[18]. En tout cas elle est dans la droite ligne du positionnement du Parti socialiste, depuis 1995. Il ne faudrait tout de même pas laissé aux écologistes le soin de proposer des réponses aux questions environnementales[19]. La chose est aisée en 2012. Europe écologie n’ose plus guère s’indigner des prises de position socialistes[20]. La nécessité de préserver coute que coute l’accord du 15 novembre 2011 détermine une ligne au mieux prudente[21]. La fermeture de 24 réacteurs d’ici 2025 est rapidement oubliée[22]. Tout ce qui peut chagriner François Hollande est à proscrire[23]. Comment s’étonner dès lors que les propositions du candidat « normal » aient fini par s’imposer[24] ?

François Hollande connait peu les problématiques énergétiques et ne s’y intéresse guère. Il laisse à ses proches le soin de s’occuper de ce genre de question qu’il considère comme secondaire. François Brottes est ainsi chargé de l’énergie dans l’équipe de Campagne. Au lendemain de la publication de l’accord avec les Verts, c’est à lui que revient de présenter la position du candidat Hollande sur la transition énergétique et le nucléaire. L’important ce n’est pas l’environnement ou la santé publique mais la « politique industrielle »…

« Dans le même temps, la diversification du « mix énergétique » nous fournit l'opportunité de relancer une politique industrielle et de créer des filières d'excellence, créatrices d'emplois à l'instar de l'Allemagne qui en 2009 comptait plus de 230 000 emplois dans les énergies renouvelables. Nous disposons aussi d'un potentiel intéressant en matière d'industrie du démantèlement des centrales. Le marché mondial, estimé à 50 milliards d'euros d'ici 2040, devrait progressivement s’ouvrir pour le démantèlement des 400 centrales actuellement en service et la gestion de leurs déchets. En France, la déconstruction des centrales dites «de première génération», déjà engagée, pourrait être accélérée pour disposer à l’horizon 2020 de premières références qui imposeront le leadership industriel des opérateurs français dans le monde. Bien sûr, tout ceci doit être financé. Les investissements nécessaires d’ici 2025 peuvent être notamment assurés par les bénéfices tirés du nucléaire historique amorti, ce qui peut supposer l’extension de la durée de vie des centrales, en conformité avec les exigences de  l’Autorité de Sûreté Nucléaire en matière de sûreté[25]. »

Le bouquet énergétique n’a qu’une fleur et elle est nucléaire. Si Hollande considère que renforcer la sécurité des centrales est une priorité nationale[26], il n’est nullement question pour lui d’envisager une seule seconde une sortie du nucléaire. « Plus il précise son programme, plus il se contredit et s'éloigne de sa position de départ. Le projet qu'il propose ne permet pas cette réduction », estime Karine Gavand, chargée des questions politiques à Greenpeace. « Il y a une équation qui ne tient pas : il continue de s'engager à réduire de 25 % la part du nucléaire dans la production d'électricité d'ici 2025, sauf que, s'il s'engage à fermer une seule centrale pendant son mandat et à rouvrir le dossier en 2020-2023, c'est impossible... » ajoute-t-elle[27]. Le texte du programme n’a en effet rien de très encourageant :

Engagement n°41

"Je préserverai l’indépendance de la France tout en diversifiant nos sources d’énergie. J’engagerai la réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50% à l’horizon 2025, en garantissant la sûreté maximale des installations et en poursuivant la modernisation de notre industrie nucléaire. Je favoriserai la montée en puissance des énergies renouvelables en soutenant la création et le développement de filières industrielles dans ce secteur. La France respectera ses engagements internationaux pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Dans ce contexte, je fermerai la centrale de Fessenheim et je poursuivrai l’achèvement du chantier de Flamanville (EPR)."

L’objectif visé est bien de « moderniser notre industrie nucléaire » alors qu’il s’agit seulement de « favoriser la montée en puissance des énergies renouvelables ». On est là très loin de la transition énergétique que d’aucuns attendent. Et François Brottes met tout en œuvre pour rassurer les milieux industriels acquis à l’atome. A l’occasion d’un colloque organisé par Enerpresse, le 15 février 2012, il déclare sans ambages que la filière nucléaire ne perdra pas d’emplois « car elle doit être confortée (investissements en matière de sûreté, NDLR) et qu’il y aura tout du travail dans le démantèlement[28]. » Tout au plus, il fustige la Cour des Comptes. Mais ses remarques n’abusent personne. Il est important de se démarquer des écologistes et de ne pas laisser penser que le programme socialiste pourrait menacer l’emploi et la croissance… ce que ne cesse d'expliquer Henri Proglio[29].

François Brottes ce faisant s’inscrit parfaitement dans la tendance initiée lors de la rédaction de la PPI 2009. La nécessité impose, pour le Monsieur Energie du candidat socialiste, de prolonger la durée d’exploitation des réacteurs au-delà des troisièmes visites décennales de manière à assurer une montée en puissance mesurée des énergies renouvelables. « Ce rapport [de la Cour des Comptes] montre que la question du renouvellement du parc est incompatible avec la non décision. Il conforte donc la position de François Hollande, qui s’engage sur les économies d’énergie, dans l’habitat notamment, et sur le lancement des filières du renouvelable. Le volume de production de ces dernières seront à maturité quand le gros du parc nucléaire aura atteint les 40 ans, à l'horizon 2025[30]. » La sortie du nucléaire est renvoyée à après-demain vers 2050, c’est-à-dire très loin. En quelque sorte est définie « une voie française pour la transition énergétique » sans aucune rupture qui privilégie le nucléaire au charbon pour assurer le passage d’un modèle à un autre. Beaucoup partage cette option. C’est le cas par exemple du physicien Jean-Paul Biberian qui en avril 2011 ne disait pas autre chose. « Peut-on sortir du nucléaire en France ? Certainement oui, l'Allemagne est en train de le faire, et a mis toutes ses forces pour réussir. Ce pays est maintenant exportateur net d'électricité ! La France peut faire de même, mais cela prendra plusieurs décennies. C'est un choix politique et industrie[31]. »

Le jour où la Cour des Comptes publie le Rapport sur les Couts de la filière électronucléaire, commandé en mai 2011 par François Fillon[32], François Hollande se ballade à l’Ile Longue pour donner à voir son attachement à la « force de frappe stratégique[33] ». La manœuvre est grossière en tout cas elle fait écho à des prises de position récente du chef de l’Etat[34]. Toujours est-il que les partisans du nucléaire saisissent l’opportunité de cette publication pour dire tout le bien qu’ils pensent de l’atome sans craindre une réponse cinglante du Candidat socialiste. L’ineffable, patron du CEA, Bernard Bigot, s’empresse de donner ses propres chiffres sur le cout d’une sortie du nucléaire[35]. Jacques Foos, quant à lui, profite de l’actualité pour dire tout le mal qu’il pense de la sortie du nucléaire allemande[36]. Le lobby nucléaire est tout entier mobilisé[37]. Il ne faudrait tout de même pas que l’opinion croit que le nucléaire est une charge pour la France…

Somme toute la distance n’est pas si grande avec le Rapport de la Commission Energie 2050. Pour Brottes comme pour Besson, « La trajectoire optimale pour notre pays consiste à prolonger la durée de vie des centrales existantes aussi longtemps que l'autorité de sûreté nucléaire le permettra[38]» Le désaccord porte seulement sur les modalités de cette poursuite d’exploitation. Ils partagent la même volonté de « procéder à tous les efforts de maintenance, de recherche des plus hauts standards de sécurité et de sûreté, pour faire en sorte que ce parc puisse être prolongé. » A croire qu’aucun des deux n’a prêté attention à une étude récente de l’Ademe. « La sortie du nucléaire, pour peu qu'on remplace les capacités de production énergétique avec des équipements produits localement, n'aurait pas d'impact macro-économique[39] ». Telle est la conclusion à laquelle arrive Gaël Callonnec à l'issue de la présentation des différents scénarios énergétiques à l'horizon 2030 réalisés par l'équipe chargée de l'évaluation et de la conception des politiques fiscales en matière d'énergie et de transports. La Transition énergétique relève de choix politiques. En dernier recours la balle est dans le camp des gouvernants puisque les acteurs industriels sont « naturellement » enclins au conservatisme…

Mais en cette période de campagne électorale où surtout il ne faut fâcher personne de crainte de perdre quelques dizaines de milliers de voix, le débat sur l’énergie évolue dans un sens assez surprenant. Un nouveau sujet s’impose…. Henri Proglio[40]. En effet, il faut bien trouver un sujet de différenciation quand sur le fond il n’existe aucune divergence. Le personnage est en effet haut en couleur[41]. Le Parti socialiste lui reproche sa grande complicité avec le Chef de l’Etat qui a failli amener l’ancien ministre de l’environnement, Jean-Louis Borloo, à la tête de Véolia[42]. Le feuilleton dure pendant des semaines à croire que le premier objectif de François Hollande dans le domaine de l’énergie est de virer le patron d’EDF. Début avril, la très socialiste Anne Lauvergeon, y va de sa petite note[43]. Ce n’est pas tant le personnage qui est critiqué mais ses méthodes. « Henri Proglio est arrivé en se proclamant capitaine (de l'équipe de France nucléaire), en refusant systématiquement de passer le ballon et en taclant ses coéquipiers, critique Anne Lauvergeon. A peine nommé, il a critiqué publiquement la filière, qu'il connaissait fort peu, prônant le démantèlement d'Areva[44]» Tout cela ne vole pas haut. Et l’Affaire fait pschitt. Une fois arrivé à la tête de l’Etat, François Hollande relâche la pression sur le patron d’EDF[45]. « L’Homme qui en voulait trop » est décidément indispensable[46]

Cette anecdote donne à voir que le changement n’est décidément pas à l’ordre du jour. Il n’est question ni de sortir du nucléaire, ni de sortir Proglio. François Hollande une fois au pouvoir ne change pas une équipe qui perd. Comme par réflexe, à l’heure où s’impose des choix énergétiques, le « capitaine de pédalo » s’en va faire un tour en sous-marin nucléaire. « Le Président de la République a réaffirmé son attachement à la dissuasion nucléaire, à bord du sous-marin nucléaire lanceur d'engins, Le Terrible[47]. » Après avoir entretenu le flou tout au long de la campagne[48], il est en effet urgent de mettre en scène la pérennité de l’option nucléaire.

Début Juillet, le Ministère de l’énergie annonce des dotations exceptionnelles pour le « nucléaire de demain ». Dans le cadre de ce programme doté d’une enveloppe d’un milliard d’euros, il a été alloué au CEA, au titre des Investissements d’avenir, 626,6 M€ pour le projet ASTRID (réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium de 4ème génération à vocation de démonstration technologique et industrielle) et 248,4 M€ pour le Jules Horowitz (réacteur de recherche en support à l’énergie nucléaire et à la production de radionucléides pour le secteur médical). L’industrie de l’atome se lèche les babines. Elle compte désormais un vrai ami à la tête de l’Etat. Le lancement du projet ASTRID le prouve clairement[49]. Ce projet porté par le CEA est une sorte de « retour vers le futur ». En dépit de l’échec piteux de Superphénix, la nucléocratie persévère sur la voie de la surgénération[50]. N’importe quelle personne sensée ne peut que s’indigner de cette fuite en avant nucléaire. Stéphane Lhomme point le problème politique que pause Astrid[51]. La Gazette du nucléaire publie un réquisitoire de Pierre Péguin contre cette nouvelle menace sur Marcoule[52]. Corinne Lepage n’est pas plus tendre et fait remarquer que tout cela a lieu avant le fameux débat sur l’énergie promis lors de la campagne[53]… Chez les écolos en revanche personne ne moufte si ce n’est Noël Mamère[54].

La tendance est au redressement productif. « Sauver des usines fait partie de mon travail, mais ma priorité reste la reconquête industrielle de la France, explique Arnaud Montebourg le 11 juillet 2012. N'oubliez pas que je suis le seul ministre à avoir une obligation de résultat dans l'intitulé de son poste[55]» Or le premier objectif qu’il se fixe est de soutenir la filière nucléaire. Fin aout, il se livre à un magnifique plaidoyer pronucléaire[56]. Le Réseau Sortir du nucléaire sort de sa réserve et publie un communiqué rageur contre le « ministre du passé ![57] ». Rien de très nouveau chez ce personnage. Au cours de la Campagne, il avait donné à voir son attachement à la filière nucléaire si bien implantée dans sa circonscription. « Ce qui est en jeu, c'est l'industrie française, les centaines de milliers d'emplois de l'industrie nucléaire ». L’urgence n’est en aucun cas pour lui la sortie du nucléaire. « Ce qu'il faut organiser, c'est d'abord la sortie du pétrole, pas celle du nucléaire. L'atome est justement l'outil pour assumer cette transition. C'est le moyen d'avancer sur le chemin de la réindustrialisation[58]. » Arnaud Montebourg est loin d’être le seul à partager cette conception. Tous les ténors socialistes s’empressent d’apporter leur soutien au ministre du redressement productif[59]. Ses paroles ne sont pas isolées. Elles témoignent des choix du président et du cap fixé en matière d’énergie. On est là dans la droite ligne de la tribune de François Brottes publiée au cours de la campagne et plus généralement dans celle de l’UFE. La thèse est simple : il faut du nucléaire puisque la consommation d’électricité est appelée à augmenter.

Le piège du flou se referme[60]. Une fois la soumission des écologistes acquises, il n’est plus question de faire la moindre concession. Et on se retrouve dans la stricte continuité des gouvernements précédents. Hollande est le digne successeur de Sarkozy. L’un comme l’autre n’hésitent pas à abuser des arguments les plus contestables pour justifier la poursuite de la politique nucléaire de l’Etat. Le plus caricatural d’entre eux est la thèse selon laquelle la consommation d’électricité évolue au même rythme que la croissance. Toutes les données invalident ce postulat. Tout au plus la consommation stagne… alors que le développement des renouvelables offre une abondance de kWh. En 2010, avec 266 Mtep) elle est même en dessous de son niveau de 2000. Sa progression était de 4 Mtep par an en moyenne pendant les années quatre-vingt-dix, puis de 2 Mtep en 2001 et 2002. Depuis, elle était restée à peu près stable jusqu’au net décrochage de 2009. Après une décennie 1990 où la tendance était à une hausse de + 1,5 % par an en moyenne, et une période de stabilité de cinq ou six ans, la consommation d’énergie primaire, corrigée des variations climatiques, avait diminué franchement en 2009 (- 4,3 %). Elle augmente un peu en 2010 (+ 1,7 %), tout en restant en dessous du palier où elle se maintenait entre 2002 et 2008, entre 270 Mtep et 275 Mtep. En 2010, la consommation finale énergétique n’a augmenté que de 1,4 %, après une baisse de 3,7 % en 2009. À 158 Mtep, elle reste donc un peu inférieure au palier où elle s’était stabilisée depuis 2001. Cela fait donc dix ans que la consommation d’énergie finale n’augmente plus alors que l’intensité énergétique au mieux stagne[61]. Somme toute l’électricité produite en France répond plus à des besoins extérieurs qu’à la demande des usagers[62]… En 2011, Elle dépasse ainsi 266 Mtep, mais reste à un niveau encore inférieur à ceux de l’avant-crise. Et quoi qu’en pense les nucléocrates, la part de l’électricité dans la consommation primaire ne varie plus depuis une décennie (44% en 2010). Ils ont beau jeu d’invoquer la crise. On a bel et bien affaire à une mutation des comportements et des usages.

Mais cela ne percute guère l’exécutif. L’important pour le pouvoir rose et vert est de garantir la primauté de la filière nucléaire. La première conférence environnementale est l’occasion de rappeler cette orientation stratégique. Il faut être ministre et aspirer à le rester pour se féliciter de ce qui s’est passé alors[63]. Dans les faits ce qui a été proposé est bien modeste[64]. Le nouveau président se contente de confirmer la fermeture de Fessenheim[65]… sans que personne ne comprenne vraiment comment elle pourra avoir lieu avant la fin du quinquennat[66] d’autant plus que l’ASN sous pression de l’exécutif valide des travaux absurdes au titre de renforcer le radier de FES1[67]. Encore une fois, c’est le camarade Montebourg qui exprime haut et fort ce qui se trame. « Le cap donné par François Hollande va conduire à ce que les modes de production énergétique centralisés prennent de moins en moins de place. Cela ne veut pas dire que le nucléaire est abandonné », affirme le ministre. « Au contraire. Nous construisons l'EPR de Flamanville et nous exportons cette technologie à l'étranger. Il s'agit plutôt de rééquilibrer la place de l'atome dans le mix énergétique, ajoute-t-il[68].

Le malaise est palpable parmi les écologistes. Certaines voix dissidentes commencent à se faire entendre. D’aucuns avouent publiquement qu’ils en comprennent pas trop ce que signifie la « réduction de la part du nucléaire dans le mixe électrique[69] » promise par le président. Dès l’automne 2012, une chose est claire : si François Hollande admet une sortie à terme du « tout nucléaire », il ne sera pas le Schröder français. Son attachement au nucléaire est inébranlable….

 


[1] http://www.actu-environnement.com/ae/news/lancement-appel-offre-eolien-offshore-13017.php4

[2] http://www.la-croix.com/Actualite/France/Lancement-en-France-d-un-appel-d-offres-pour-l-energie-eolienne-en-mer-_NG_-2011-07-11-688025

[3] http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Ref_-_Bilan_energetique_pour_la_France_en_2011.pdf

[4] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2011/11/26/pour-nicolas-sarkozy-le-nucleaire-est-l-interet-superieur-de-la-france_1609572_1471069.html

[5] http://eelv.fr/2012/05/22/vers-un-futur-soutenable-sortir-du-nucleaire-et-des-energies-fossiles/

[6] http://www.france24.com/fr/20120127-hollande-ps-europe-ecologie-verts-eelv-programme-environnement-presidentielle-election-campagne

[7] http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/11/16/les-24-heures-qui-ont-plonge-ecologistes-et-socialistes-dans-la-confusion_1604745_823448.html

[8] http://energie.lexpansion.com/energie-nucleaire/nucleaire-et-presidentielle-les-positions-des-principaux-candidats_a-32-6952.html

[9] http://www.franceculture.fr/oeuvre-les-dossiers-noirs-du-nucleaire-francais-de-dominique-leglu

[10] http://www.global-chance.org/Nucleaire-le-declin-de-l-empire-francais

[11] http://www.terraeco.net/Faut-il-fermer-Fessenheim,41826.html

[12] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/01/18/hollande-s-engage-a-ne-fermer-que-la-centrale-de-fessenheim_1630990_1471069.html

[13] http://www.sortirdunucleaire.org/Appel-solennel-signe-par-68-organisations

[14] http://npa2009.org/sites/default/files/sortir_du_nucleaire-site.pdf

[15] http://www.pcf.fr/18147

[16] http://observ.nucleaire.free.fr/referendum-piege.htm

[17] http://www.la-croix.com/Actualite/France/Comment-les-partis-se-positionnent-sur-le-nucleaire-_NG_-2011-11-14-735720

[18] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/04/07/ecologie-radicalisme-de-melenchon-paradoxes-de-hollande-et-sarkozy_1682113_1471069.html

[19] http://www.liberation.fr/france/1995/03/30/programmes-au-banc-d-essai-environnement-jospin-concurrence-les-ecolos_125407

[20] http://www.lejdd.fr/Election-presidentielle-2012/Actualite/Depuis-quinze-ans-les-Verts-et-le-PS-s-opposent-sur-la-question-du-nucleaire-421831

[21] http://www.marianne.net/Dossier-PS-EELV-d-accord-pour-le-desaccord_a212582.html

[22] http://www.usinenouvelle.com/article/24-reacteurs-nucleaires-a-fermer-pour-eelv-et-le-ps.N162928

[23] http://www.lejdd.fr/Election-presidentielle-2012/Actualite/Yannick-Jadot-porte-parole-d-Eva-Joly-a-annonce-sa-demission-427929

[24] http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/11/16/l-accord-ps-verts-ecarte-la-sortie-du-nucleaire-mais-laisse-le-debat-ouvert_1604403_823448.html

[25] http://www.liberation.fr/politiques/2011/11/24/nucleaire-le-bouquet-energetique-n-a-pas-qu-une-fleur_776993

[26] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/01/04/nucleaire-renforcer-la-securite-est-une-priorite-nationale-pour-francois-hollande_1625447_1471069.html

[27] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/01/26/pour-greenpeace-hollande-se-contredit-sur-le-nucleaire_1635199_1471069.html

[28] http://www.challenges.fr/politique/elections-2012/20120214.CHA2192/un-proche-de-hollande-precise-ses-intentions-sur-l-energie-et-la-filiere-nucleaire.html

[29] http://www.lejdd.fr/Politique/Actualite/En-evoquant-la-sortie-du-nucleaire-et-son-cout-Henri-Proglio-fachent-les-ecolos-et-les-experts-420663

[30] http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20120131.OBS0266/la-fin-du-mythe-du-nucleaire-bon-marche.html

[31] http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/04/01/l-energie-nucleaire-est-elle-necessaire_1500273_3232.html

[32] file:///C:/Users/Guillaume/Downloads/Rapport_thematique_filiere_electronucleaire%20(1).pdf

[33] http://www.lefigaro.fr/politique/2012/01/30/01002-20120130ARTFIG00654-hollande-s-engage-sur-la-dissuasion-nucleaire.php

[34] http://www.20minutes.fr/politique/1545151-20150219-francois-hollande-temps-dissuasion-nucleaire-depasse

[35] http://www.lesechos.fr/31/01/2012/LesEchos/21113-104-ECH_bernard-bigot-----descendre-a-50---de-nucleaire--pourquoi-pas---mais-pas-de-maniere-precipitee--.htm

[36] http://www.atlantico.fr/decryptage/sortie-nucleaire-allemand-vague-froid-assez-electricite-france-jacques-foos-278822.html

[37] http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2012/01/une-tribune-de-physiciens-sur-le-nucl%C3%A9aire.html  

[38] http://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/la-fermeture-des-centrales-nucleaires-deconseillee-par-des-experts_61471.html

[39] http://www.actu-environnement.com/ae/news/ademe-ufe-mix-electrique-2030-emploi-14765.php4

[40] http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/20120222trib000684382/henri-proglio-fait-irruption-dans-la-campagne-presidentielle.html

[41] http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/03/01/les-mauvais-calculs-d-henri-proglio_1649776_3234.html

[42] http://www.liberation.fr/politiques/2012/02/20/borloo-a-veolia-l-accord-secret-proglio-sarkozy_797292

[43] http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/sarkozy-proglio-nucleaire-anne-lauvergeon-dit-tout_1102901.html

[44] http://www.usinenouvelle.com/article/anne-lauvergeon-tacle-henri-proglio-et-nicolas-sarkozy.N172472

[45] http://www.lejdd.fr/Economie/Industrie/Actualite/Proglio-le-patron-d-EDF-en-periode-d-essai-516221

[46] http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/henri-proglio-l-homme-qui-en-voulait-trop_1096903.html

[47] http://www.elysee.fr/videos/visite-du-president-hollande-a-bord-du-sous-marin-le-terrible/

[48] http://elections.lefigaro.fr/presidentielle-2012/2012/03/16/01039-20120316ARTFIG00613-nucleaire-francois-hollande-entretient-le-flou.php

[49] http://www.sudouest.fr/2012/07/04/astrid-le-reacteur-qui-divise-ps-et-ecologistes-761055-654.php

[50] http://www.enerzine.com/2/14156+un-prototype-de-reacteur-nucleaire-de-4eme-generation-dici-2020+.html

[51] http://observ.nucleaire.free.fr/astrid-superphenix.htm

[52] http://gazettenucleaire.org/2012/265.html

[53] http://www.huffingtonpost.fr/corinne-lepage/reacteur-nucleaire-4eme-generation-astrid_b_1649449.html

[54] http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/07/03/le-depute-eelv-noel-mamere-n-a-pas-l-intention-de-voter-la-confiance_1728256_823448.html

[55] http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/07/11/arnaud-montebourg-tente-de-theoriser-le-redressement-productif_1732098_3234.html

[56] http://www.liberation.fr/terre/2012/08/26/montebourg-le-nucleaire-est-une-filiere-d-avenir_841940

[57] http://www.sortirdunucleaire.org/Arnaud-Montebourg

[58] http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/08/27/pourquoi-montebourg-defend-la-filiere-nucleaire_1751629_823448.html

[59] http://www.huffingtonpost.fr/2012/08/27/montebourg-valls-nucleaire-eelv_n_1832310.html

[60] http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/l-observatoire-des-promesses-de-francois-hollande/20120827.OBS0519/nucleaire-le-piege-du-flou.html

[61] http://www.actu-environnement.com/ae/news/france-intensite-energetique-bilan-2013-consommation-baisse-22310.php4

[62] http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/publications/p/1811/969/bilan-energetique-france-2010.html

[63] http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20120914.OBS2418/conference-environnementale-un-discours-historique-pour-duflot.html

[64] http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/09/15/conference-environnementale-un-cap-et-quelques-mesures-immediates_1760935_3244.html

[65] http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/09/06/fessenheim-ce-qu-ont-promis-les-candidats-hollande-et-sarkozy_1756583_823448.html

[66] http://www.lepoint.fr/politique/la-centrale-de-fessenheim-fermera-t-elle-vraiment-04-03-2015-1909778_20.php

[67] http://www.actu-environnement.com/ae/news/fessenheim-renforcement-radier-avis-asn-17367.php4

[68] http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/09/17/pas-d-abandon-du-nucleaire-et-du-gaz-de-schiste-selon-arnaud-montebourg_1761438_3244.html

[69] http://www.sortirdunucleaire.org/spip.php?page=article_dossier&id_article=26137&id_dossier=444

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