Prolongation de l'autorisation de création de l'EPR, Bernard Cazeneuve strike again !

Chacun connaît ici en Normandie la soumission de l'ancien maire de Cherbourg à l'Idôle atomique. En novembre 2011, sa passion pour le nucléaire l'amena à torpiller l'accord EELV-PS en cours de finalisation. Aujourd'hui il persévère en accordant à EDF une prolongation de l'autorisation de création de l'EPR à Flamanville sans le moindre débat sur l'opportunité d'une telle décision..

Il fallait un événement à la mesure du bilan affligeant de cinq années de renoncements et de dévoiements pour clore le mandat de François Hollande. Ainsi peut on analyser ce modeste décret signé dans la nuit du 23 mars 2017 par l'intérimaire de Matignon, Bernard Cazeneuve. 

Cette marionnette du lobby atomique a autorisé, avec le blanc seing de sa collègue, ministre de l'environnement, EDF a poursuivre les travaux pendant trois années sur le site de Flamanville afin de terminer la construction du fameux réacteur EPR.

Beau cadeau s'il en est...

Puisque 10 années de travaux et un triplement des coûts n'ont pas suffi pour construire cette machine surdimensionnée, trop complexe et immaitrisable, un petit coup de pouce s'imposait !

On avait déjà vu quelques milliards passer au cours des derniers mois pour tenir à flot l'épave énergétique de l'Etat. Une généreuse enveloppe accordée au titre du soutien à une filière nucléaire en pleine déconfiture au Creusot et ailleurs. Puis une opportune augmentation de capitale confiée à un opératreur réputé pour sa probité JP Morgan...

Mais cela n'était pas encore assez...

Il convenait de franchir une étape supplémentaire pour consolider l'irréversibilité du projet EPR. C'est bien ce à quoi ce sont livrés nos deux duettistes atomiques, Cazeneuve et Royal, en permettant à EDF de continuer à jouer les apprentis sorciers à Flamanville.

Rassurez-vous le Décret n° 2017-379 du 23 mars 2017 modifiant le décret n° 2007-534 du 10 avril 2007 autorisant la création de l’installation nucléaire de base dénommée Flamanville 3, comportant un réacteur nucléaire de type EPR, sur le site de Flamanville n'a pas été fait n'importe comment.

La Hollandie crépusculaire a bien pris soin de consulter l'Autorité de sûreté nucléaire et l'intéressé lui-même, c'est-à-dire EDF, pour justifier sa décision.

Comme on pouvait s'y attendre, Montrouge a rendu un avis favorable "considérant que l’allongement de trois ans du délai de mise en service de l’installation paraît acceptable au regard des intérêts protégés par le régime des installations nucléaires de base"...

L'exploitant nucléaire bien évidemment n'attendait que ça au vu de quelques courriers adressés à la Ministre de l'environnement en 2015 pour obtenir la clémence de l'Etat.

On aurait tord cependant de penser que tout est plié !

Tout d'abord on peut s'interroger sur les buts effectifs visés par le gouvernement alors que la publication d'un tel décret engage l'avenir énergétique de la France à rebours de ce qui figure dans la Loi de transition énergétique. Il est en effet bien curieux de vouloir faire baisser la part du nucléaire en construisant de nouveaux réacteurs... alors que l'exemple de Fessenheim donne à voir qu'il n'est pas si facile de mettre à l'arrêt des installations (la fermeture de ces deux réacteurs se trouve du reste reportée de fait en 2020 !)

Ensuite on est en droit de s'interroger sur la procédure suivie. Si la CLI de Flamanville a été sollicitée, on peut s'étonner de la modeste information qui a acompagné la décision gouvernementale. Y a-t-il eu un débat à ce sujet en Conseil des ministres ?qu'en ont dit les ministres écolos ? N'aurait-il pas convenu que l'ASN organise une consultation sur l'Avis n° 2017-AV-0287 de l’Autorité de sûreté nucléaire du 7 février 2017 sur le projet de décret modifiant le décret n° 2007-534 du 10 avril 2007 autorisant la création de l’installation nucléaire de base dénommée Flamanville 3 ? Et je ne parle même pas du Parlement et de la société civile qui n'ont jamais été respectés par un pouvoir qui a gouverné à coup de 49.3 et d'Etat d'urgence...

Restent quelques questions techniques. Si le gouvernement se contente de remplacer le mot: «dix» par le mot: «treize» au II de l’article 3 du décret du 10 avril 2007 vu les observations communiquées par l’exploitant par courrier du 16 janvier 2017, il omet de prendre en compte quelques remarques discrètes mais effectives de l'autorité de sûreté.

En effet l'Avis n° 2017-AV-0287 est loin de reconnaître la capacité de l'EPR à entrer un jour en service. Pour l'ASN " l’allongement de trois ans demandé prend en compte essentiellement des délais liés au pilotage industriel du chantier et que le projet de modification du décret ne préjuge pas des conclusions des instructions en cours, notamment celle relative à l’anomalie des calottes de la cuve du réacteur..."

En d'autres termes, Montrouge laisse EDF continuer à faire mumuse à "Cazeneuve Land" en conservant en dernier recours la capacité de dire si l'installation construite correspond au référentiel de sûreté applicable et aux engagements qui figurent dans le décret initial..

On est donc en présence une fois encore d'un magnifique marché de dupe

Non seulement le gouvernement fait comme si le chantier s'était correctement déroulé, comme si le réacteur construit serait conforme au plan présenté lors de la demande de l'autorisation de création, comme si l'EPR et ses innombrables éléments défectueux pouvait un jour démarrer... mais il oublie que cette installation ne servira à rien sur un marché de l'énergie où les énergies renouvelables bien moins chère s'imposent.

Magnifique exemple d'un gouvernement qui; tel Ponce Pilate, se lave les mains et renvoie à d'autres le devoir de décider plutôt que d'assumer ses responsabilités !

Au mieux Bernard Cazeneuve et Ségoène Royal se couvrent pour éviter de se voir reprocher d'avoir mis un terme au projet délirant de Flamanville. Mais ce faisant ils dérogent au rôle que l'on est en droit d'attendre d'eux...

Alors qu'ils disposent de tous les éléments d'appréciations qui leur permettraient de siffler la fin de la récréation, ils préfèrent cacher l'effondrement de la filière nucléaire en laissant croire que 3 petites années suffiront pour sortir de l'ornière.

Cela est totalement irresponsable alors que la transition énergétique manque ici cruellement de financements et de savoir-faire.

Mais alors a qui profitte ce décret ? certainement pas aux usagers et encore moins aux agents d'EDF...

Serait-ce donc que l'Etat se soucie plus de rassurer quelques intérêts financiers et industriels que de garantir le droit de vivre dans un environnement sûr, équilibré et respecteux de la santé publique ?

 

 

 

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