Nucléaire, rien ne va plus...

La publication du rapport de l'ASN sur l'état de la sureté nucléaire et de la radioprotection en France est un moment très important chaque année. Ces copieux volumes de plus de 500 pages apportent une somme d'informations sur les usages civils du nucléaires et sur l'évolution de la législation. Le rapport 2013 est ainsi marqué par le souci de mettre en œuvre l'arrêté INB du 7 février 2012 qui constitue un acquis non négligeable pour le mouvement antinucléaire.

Le problème est que l'industrie nucléaire rechigne à mettre en œuvre cette nouvelle réglementation. Bon nombre d'exemples donne à voir dans ce rapport 2013 que l'ASN peine à orienter les exploitants vers de meilleures pratiques plus respectueuses des hommes et de l'environnement. Les déchets historiques de La Hague n'ont toujours pas trouvé de solutions d'entreposages satisfaisantes, l'impact néfaste sur l'environnement et la santé publique du Centre de stockage de la Manche demeure. Le nombre de transports de matières radioactives a connu une augmentation significative sans que les exploitants prennent la mesure de toutes leurs responsabilités sociales, environnementales et sanitaires. Et la liste est encore longue.

L'industrie nucléaire n'est pas cet univers fiable, sûre et efficient que chantent les thuriféraires de l'atome. Les rapports successifs de l'Autorité de sureté permettent de prendre conscience des innombrables problèmes plus ou moins importants qui surviennent chaque année dans les Installations nucléaires et des fragilités qui persistent.

On peut regretter que le discours de l'ASN ne soit pas plus ferme. Cela est du à la position singulière de cette autorité administrative. L'autorité de sureté, prise entre les adeptes du redressement productif et le mouvement écologiste, est sur le fil du rasoir. Elle ne peut tout dire et chaque mot a son importance. Ainsi le rapport 2013 parait plus prudent que celui de l'an passé. Mais si le discours est plus lisse, la précision et la diversité des informations étayent les jugements très critiques portés par Pierre-Franck Chevet au cours des derniers mois.

La sureté nucléaire en France est tout au plus "assez satisfaisante". Quelles que soient leurs déclarations, les exploitants ne sont pas au niveau attendu. La gestion comptable du risque nucléaire ne fait qu'accroitre les défaillances d'installations qui vieillissent plus vite que d'aucuns l'avaient prévu.

Finalement une chose est certaine. A la lecture de ces rapports, il apparaît clairement que le nucléaire n'est ni une solution ni une opportunité. Le nucléaire c'est une masse considérable de problèmes, de risques et de contraintes dont les coûts sont vertigineux. Sans même qu'un accident survienne, le nucléaire est une industrie "catastrophique". Les rapports de l'ASN nous le rappellent chaque année...

 

 

 

 

 

 

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