Tata fait part du décès de la Nano

Après avoir viré le PDG comme un malpropre, l'actionnaire principal du conglomérat indien fait son mea culpa et annonce une reconversion de l'usine où est produite la voiture "la moins chère du monde".

Il aura donc fallu un coup d'Etat au sommet du conglomérat indien Tata, le 24 octobre, pour que le patriarche du groupe, Ratan Tata (bientôt 79 ans), convienne enfin qu'il serait plus raisonnable d'arrêter les frais avec la Nano. En juillet 2015, ce dernier avait évoqué du bout des lèvres "une grosse erreur de marketing", ainsi que nous nous en étions fait ici l'écho. Cette fois, il reconnait que "la voiture la moins chère du monde", comme le disait la campagne marketing lors de son lancement en 2008, est un bide monumental.

Vendredi 4 novembre, Tata Motors, la filiale automobile du groupe, a admis que le petit véhicule qui devait séduire par millions la classe moyenne émergente ne produisait que des pertes. La déclaration officielle est croustillante : "Considérant l'intérêt et l'excitation que la Nano soulevait, des investissements ont été engagés pour pouvoir produire environ 250 000 voitures par an. Mais malheureusement, en raison d'une combinaison de différents facteurs (...), les volumes initialement prévus ne se sont pas matérialisés et l'utilisation de la chaîne de montage s'est révélée significativement basse."

Selon Tata Motors, l'erreur a sans doute été d'attaquer un segment de marché particulièrement "sensible" à la question du prix. Comme si les riches y étaient, eux, insensibles. Or comme chacun le sait, ce sont les tests de sécurité catastrophiques effectués sur la première version de la Nano qui ont anéanti toute envie chez le consommateur. Son constructeur n'en parle pas, préférant invoquer "les délais provoqués au démarrage par le changement de lieu d'implantation de l'usine". Il fallait oser ! En vérité, c'est pour réduire ses charges que le groupe Tata avait renoncé au dernier moment à fabriquer la Nano au Bengale Occidental, l'Etat du Gujarat alors dirigé par Narendra Modi lui ayant offert des conditions fiscales plus alléchantes.

Cet acte de contrition forcé n'aurait pas eu lieu si Cyrus Mistry n'avait pas été éjecté sans autre forme de politesse du fauteuil de PDG de la holding Tata Sons. Ce dernier ne s'est pas privé de dire dès le lendemain que la Nano était passée d'une idée fixe à un vrai tabou pour son géniteur, Ratan Tata. "Elle a pourtant perdu jusqu'à 10 milliards de roupies (135 millions d'euros) par an", a-t-il écrit au conseil d'administration, dans un email vengeur. Mistry explique qu'il préconisait l'arrêt pur et simple de la Nano, aucun profit ne se profilant à l'horizon. Cependant, "cette décision douloureuse a systématiquement été écartée pour des questions émotionnelles", souligne-t-il.

Toujours est-il que Tata Motors envisage maintenant de produire autre chose que la Nano dans la fameuse usine du Gujarat. La valeur du site de Sanand a déjà été dépréciée dans les comptes du constructeur automobile et même si la production est tombée au plus bas récemment, aucune nouvelle provision ne devra être envisagée. Actuellement, la Nano se vend autour de 245 000 roupies (3 300 euros), soit presque le double de son prix d'origine. D'après la fédération patronale du secteur, seules quatre cents Nano sont sorties d'usine en juin. Ridicule, si l'on se souvient que l'objectif de départ était de produire 20 000 unités par mois. C'est la chronique d'une mort annoncée.

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