Pourquoi les homos indiens doivent garder la tête froide

La Cour Suprême de l'Inde est enfin décidée à revoir sa position sur la pénalisation du sexe «contre nature». Mais elle continue de considérer qu'être homo est un choix. Et les médias de faire l'amalgame avec les droits des transgenres.

L'année 2018 démarre sous le signe de l'espoir pour les homosexuels en Inde. Lundi 8 janvier, la Cour Suprême a annoncé qu'elle allait ré-examiner sa position sur les pratiques sexuelles "contre nature" dont elle avait réintroduit l'interdiction en décembre 2013, sous l'article 377 du code pénal. Une décision qui faisait peser depuis quatre ans une réelle menace sur les homosexuels, non que la justice ne jette ces derniers en prison mais parce que certains homophobes en profitent pour faire chanter les intéressés, en leur extorquant de l'argent sous la menace d'un coming-out forcé auprès de leurs proches, drame absolu dans un pays très pudibond.

Les hauts magistrats considèrent aujourd'hui que "la détermination de l'ordre des choses n'est pas un phénomène constant", que "la morale évolue avec le temps" et que la loi doit "suivre" ces évolutions. Les associations LGBT sont naturellement très heureuses de ce revirement, d'autant qu'il se produit dans une Inde dirigée par des nationalistes hindous notoirement fermés sur le sujet, certains responsables du BJP allant jusqu'à considérer ouvertement l'homosexualité comme une maladie génétique. Ce serait d'ailleurs un comble que l'homosexualité soit à nouveau dépénalisée, comme elle l'avait déjà été une première fois en 2009, alors que Narendra Modi est au pouvoir. La repénalisation, souvenons-nous, avait été actée lorsque le parti du Congrès, réputé à l'inverse plus libéral sur les questions de société, était aux commandes à Delhi.

Si la Cour Suprême remet son ouvrage sur le métier, c'est parce qu'elle a décrété en août 2017 que la vie privée en général, et l'orientation sexuelle en particulier, était un droit protégé par la Constitution. Elle entend donc mettre en conformité le fameux article 377 du code pénal avec la loi fondamentale. Il n'en demeure pas moins qu'il reste un sacré bout de chemin à parcourir pour clore ce chapitre. D'abord, parce que les magistrats persistent à croire que l'homosexualité est un choix, comme si aimer un homme ou une femme, un blond ou une brune, un gros ou une maigre, relevait de la raison. "Une partie de la population ne peut pas vivre dans la peur en raison de ses choix personnels", ont-ils indiqué lundi. On se pince !

Ensuite, parce que les médias indiens sont plus conservateurs les uns que les autres. Le Times of India, plus grand quotidien anglophone du monde, a ainsi illustré l'annonce de la Cour Suprême par une photo de transgenres trouvée sur twitter. Un hors sujet qui en dit long sur l'ignorance de certains journalistes. Il faudrait leur dire que les transgenres, dont les combats sont tout aussi respectables, ne pratiquent pas nécessairement le sexe "contre nature" et que le funeste article 377 vise avant tout les homos. Les trans, eux, sont non seulement respectés en Inde, et même parfois craints, mais surtout protégés par la loi qui reconnait l'existence d'un troisième genre. Depuis avril 2014.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.