Ce que Macron inspire à l'Inde

Le nouveau président français est politiquement éloigné de Narendra Modi et sa victoire donne à réfléchir à ceux qui s'inquiètent de la montée du nationalisme hindou dans le sous-continent.

Narendra Modi, 66 ans, aura fait le service minimum. A l'annonce de l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République française, le premier ministre indien a certes félicité le vainqueur sur twitter. Mais il s'est contenté de dire "avoir hâte de travailler en étroite collaboration" avec lui, "pour continuer de renforcer les liens entre la France et l'Inde". Pas un mot sur la menace de repli sur soi que faisait planer le Front National, pas un mot sur le signal fort envoyé par l'hexagone à l'Europe, de la part d'un dirigeant qui, il est vrai, est de ceux qui se félicitent du Brexit, en estimant que leur propre pays en tirera des bénéfices commerciaux.

Times of India, 9 mai 2017 © DR Times of India, 9 mai 2017 © DR

Rien à voir, donc, avec l'enthousiasme que Modi avait manifesté juste après l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis, au mois de novembre. Le chef de l'exécutif indien avait alors remercié le nouveau président américain pour "l'amitié" qu'il avait manifestée envers l'Inde pendant sa campagne électorale.

A sa décharge, il n'a pas été du tout question de l'Inde durant la campagne. Lors de la conférence que nous avons donnée à l'Alliance Française de Bombay, le 4 mai, nous avons été bien embarrassé lorsque dans la salle, le public nous a demandé ce que Macron et Le Pen pensaient de l'Inde. Tout juste le pays a-t-il été cité par les deux candidats à la fin de leur sinistre débat télévisé de l'entre deux tours, quand il a été question des relations internationales entre Paris et les grands débouchés de la planète.

Il faut dire que la politique menée par Modi depuis bientôt trois ans à la tête de l'Inde n'a pas grand chose à voir avec le programme de Macron pour la France. Et que l'écart est grand entre un dirigeant nationaliste qui laisse ses amis politiques afficher l'ambition d'une Inde 100% hindoue, en allant jusqu'à se faire les promoteurs de l'eugénisme (voir ici les projets du RSS en la matière, d'après The Sunday Express du 7 mai 2017), et un futur chef d'Etat laïc désireux d'ouvrir la France au monde et de se porter garant de l'égalité de ses concitoyens dans leur diversité.

"La victoire de Macron donne de l'espoir à l'Inde", estime Angshukanta Chakraborty sur le site d'information DailyO. Selon cette éditorialiste, Macron n'est pas qu'un autre Justin Trudeau ou qu'un nouveau Barak Obama, il forme "la digue dont le monde a besoin pour résister aux vagues de droite qui déferlent". L'ouverture d'esprit et le positivisme de Macron font écho en Inde, dit-elle, parce que le pays est actuellement "fracturé" par les questions religieuses et communautaires, tout en étant contaminé par le syndrome d'insularité qui caractérise les pays "qui s'inventent des ennemis étrangers pour prétendre à une pureté imaginaire".

"Si la France a pu rejeter la politique de l'exclusion après les attaques terroristes dont elle a été victime, pourquoi l'Inde ne pourrait-elle pas cesser de se déterminer sur tous les sujets, en fonction de son hostilité envers le Pakistan ?", s'interroge Angshukanta Chakraborty. Si la France résiste à l'islamophobie, pourquoi l'Inde ne pourrait-elle pas en finir avec son agressivité à l'égard des musulmans et des classes les plus défavorisées ? Et avec son obsession de la vache sacrée qui serait un symbole de la nation ? "L'Inde est en train de devenir la risée du monde" avec cette histoire de vache, "ça suffit !", s'est exclamée dimanche, dans The Indian Express, la chroniqueuse Tavleen Singh, pourtant connue pour partager les idées de Modi.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.