Beaucoup doutent qu'il parvienne à ses fins mais Mukesh Ambani a déjà réussi au moins une chose : secouer les opérateurs télécoms et les obliger à se remettre en cause, en donnant un grand coup de pied dans la fourmilière. L'homme le plus riche d'Inde, avec une fortune personnelle estimée à 21 milliards de dollars par le magazine américain Forbes, a lancé début septembre une nouvelle société, Jio, qui casse les prix de l'internet mobile et propose le téléphone gratuit. C'est dingue, se sont aussitôt exclamé les médias.
Aux yeux des moins de 30 ans, cela n'a pourtant rien de révolutionnaire... à ceci près que Jio n'est pas une simple application pour smartphone : c'est un opérateur, un vrai, qui vend des cartes sim et des forfaits 4G. Un opérateur, le premier dans le sous-continent, à tirer la conclusion qui s'imposait depuis que les Whatsapp, Viber et autres Facetime permettent de téléphoner dans le monde entier sans dépenser une seule roupie. Le seul à avoir compris qu'il y avait un créneau à prendre le jour où le gouvernement a interdit à Skype d'offrir, en Inde, la gratuité des appels d'un ordinateur vers un téléphone.
Il parait que les queues s'allongent devant les boutiques Jio flambant neuves qui ont fleuri à Delhi et Bombay. Mais il parait aussi que les Indiens ne s'abonnent pas à la chaîne. Dans six mois, Mukesh Ambani espère couvrir 90% de la population et d'ici deux ou trois ans, il assure pouvoir acquérir cent millions de clients. Rien n'est trop ambitieux pour celui qui a dépensé 1 milliard de dollars pour construire la tour de 27 étages dans laquelle il vit avec sa petite famille et son personnel pléthorique.
Pour créer Jio, le groupe Reliance Industries Limited (RIL) qu'il a hérité de son père a du investir 15 milliards de dollars et il est déjà en train de lever 2,2 milliards de dollars supplémentaires sur les marchés, pour obtenir une licence de dernière génération. Ca fait cher la carte sim. Il n'avait en tout cas pas le choix, explique le journal économique Mint : RIL, conglomérat présent dans le pétrole et le polyester, le textile et la grande distribution, se devait de trouver une nouvelle diversification, comme Bouygues en France à la fin des années 1990. Question de survie dans le monde merveilleux de l'économie de marché.
Il s'agit maintenant de trouver les conditions du succès. Les actionnaires de RIL sont tellement dans le brouillard quant à la capacité de Jio à faire des bénéfices que Mukesh Ambani a été obligé d'accorder une interview à The Economic Times, événement rarissime. C'est promis, a-t-il dit, l'activité télécom offrira un retour sur investissement de 18 ou 19%, une fois lesdits investissements amortis. En attendant, il lui faut obtenir un accord avec Vodafone, Airtel et Idea pour ne citer qu'eux, afin d'être interconnecté aux réseaux existants. Le régulateur des télécoms pense que la partie est gagnée d'avance... Qui vivra verra !
Les Indiens, eux, savent qu'ils y gagneront. Car au final, la concurrence aidant, les prix vont forcément baisser. Ils ont même déjà commencé à reculer. Reste à savoir ce que pense de tout cela Anil Ambani, frère de Mukesh et patron de Reliance Communications, une branche de RIL qui a fait scission à la mort du père. Anil est présent dans les télécoms et revendique 134 millions d'abonnés. La guerre des Ambani va reprendre de plus belle.