Un président safran pour une Inde monochrome

Le candidat des nationalistes hindous, Ram Nath Kovind, a été élu à la tête de la plus grande démocratie du monde. Une victoire à plus d’un titre pour Narendra Modi.

Encore un très joli coup de Narendra Modi. L’élection de Ram Nath Kovind à la présidence de l’Inde, jeudi 20 juillet, est pour le premier ministre un coup double. Non seulement le nouveau gardien de la Constitution de la République « socialiste, laïque et démocratique » est un « dalit » (un intouchable), ce qui, les médias l’ont abondamment souligné, ne s’était produit qu’une seule fois depuis l’Indépendance, lorsque Kocheril Raman Narayanan avait été élu, il y a vingt ans jour pour jour.

Mais celui qui va s’installer mardi 25 juillet à Rashtrapati Bhavan, la résidence officielle de l’ancien vice-roi des Indes, est de surcroît membre du BJP, le Parti du Peuple Indien actuellement au pouvoir. Et pour le coup, c’est une première. Jamais avant Ram Nath Kovind, les nationalistes hindous n’étaient parvenus à placer l’un des leurs à la tête de l’Etat.

Leur dernière tentative remontait à 2002, lorsqu’il avait fallu trouver un successeur à Narayanan. A l’époque, le gouvernement fédéral était aux couleurs du BJP mais le premier ministre, Atal Bihari Vajpayee, ne disposait que d’une majorité relative au parlement et d’assez peu de relais dans les Etats fédérés. Il lui avait alors fallu soutenir une personnalité consensuelle capable de rassembler jusque dans les rangs du centre gauche. Et c’est le scientifique Abdul Kalam, père de la bombe atomique indienne, qui fut l’heureux élu.

Orange safran : BJP / Jaune : partis régionaux / Vert : Congrès / Rouge : communistes © DR Orange safran : BJP / Jaune : partis régionaux / Vert : Congrès / Rouge : communistes © DR

Rien de tel en 2017. Narendra Modi possède presque les pleins pouvoirs dans le pays. Le BJP jouit d’une majorité absolue à la Lok Sabha, la chambre des députés, et surtout, il dirige 17 Etats ou Territoires de l’union, sur un total de 31, ce qui le fait approcher aujourd’hui de la majorité à la Rajya Sabha, la chambre haute du parlement. C’est ainsi que les grands électeurs, députés, sénateurs et membres des assemblées législatives régionales, se sont retrouvés en position de force au moment de voter, lundi 17 juillet : Ram Nath Kovind a récolté sur son nom 65,6% des suffrages.

C’est une victoire sans appel pour Modi. Pour deux raisons là encore. La première est que maintenant que le président est un représentant du BJP, la couleur safran est partout et le gouvernement a encore davantage les mains libres qu’avant pour mener son action. La seconde est qu’avec un « dalit » chef de l’Etat, les classes les plus défavorisées du pays ne peuvent plus dire que les nationalistes hindous ne s’intéressent pas à leurs problèmes. Certains pourront même aller jusqu’à voter BJP aux prochaines élections générales, en 2019. C’est évidemment le pari de Modi.

Corollaire de ce coup de maître, double lui aussi : Nitish Kumar, le turbulent ministre en chef du Bihar, dont on raconte qu’il est désormais le pivot de l’opposition, est neutralisé pour avoir apporté son soutien à Ram Nath Kovind, en raison du fait que ce dernier était jusqu’ici gouverneur - équivalent d’un préfet - au Bihar : il fallait y penser, bravo le BJP.

Et puis surtout, le Parti du Congrès est laminé comme jamais. La candidate du clan des Nehru Gandhi, Meira Kumar, qu’il a bien fallu aller chercher chez les « dalits » pour que la gauche ne perde pas sa réputation de défenseur des pauvres, n’a obtenu que 34,4% des suffrages. Au final, le Congrès est encore plus en lambeaux que le parti socialiste français.

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