Un Sharif peut toujours en cacher un autre

Le premier ministre pakistanais a été démis de ses fonctions par la magistrature mais son frère est en embuscade pour prendre sa succession. Un feuilleton sans fin.

Qu'il semble loin, le temps où nous parlions de la guerre de "Sharif contre Sharif" (voir ici notre article du 27 octobre 2015). Le premier Sharif, Raheel de son prénom et général de sa fonction, a pris sa retraite à l'automne 2016. Chef des armées pakistanaises, il était soupçonné de préparer un coup d'Etat contre Nawaz Sharif, tant sa popularité était grande au sein de la population. Il est finalement parti sur la pointe des pieds en Arabie Saoudite, où il est aujourd'hui commandant en chef de l'Alliance militaire islamique, une organisation internationale mise sur pied par Ryad pour, officiellement, lutter contre le terrorisme dans les pays musulmans.

Le second Sharif, Nawaz, donc, a peu de chances de rebondir aussi vite. Vendredi 28 juillet, il a été démis de ses fonctions de premier ministre par la Cour Suprême du Pakistan, sur des soupçons de fraude fiscale. C'est au printemps 2016, lorsque les Panama Papers ont fuité dans la presse (voir ici notre analyse sur les Panama Papers), que le vent a tourné pour celui qui était revenu au pouvoir en 2013, après deux mandats qu'il n'avaient jamais pu terminer, dans un cas en raison d'accusations de corruption portées à l'époque contre lui, dans l'autre à cause du coup d'Etat militaire du général Musharraf.

Nawaz Sharif avait un rêve, après s'être débarrassé de Raheel : être le premier chef de gouvernement pakistanais à aller au bout de son quinquennat. Son erreur aura été de confier la garde des sociétés offshore qu'il détenait aux Iles Vierges Britanniques à Mossack Fonseca, le cabinet d'avocats panaméen d'où sont sortis des listings de personnalités détenant des actifs dans des paradis fiscaux. D'après les juges de la Cour Suprême, ce sont ces sociétés secrètes qui auraient permis à la famille Sharif d'investir dans de l'immobilier de luxe à Londres, au début des années 1990.

Malgré l'incertitude qui pèse maintenant sur Islamabad, les Sharif n'ont pas l'intention de disparaître du paysage. Nawaz est carbonisé et sa fille Maryam, elle aussi, est en mauvaise posture. Celle que la justice soupçonne d'être la propriétaire effective des appartements londoniens était jusqu'ici considérée comme l'héritière politique de son père. Beaucoup s'attendaient à ce qu'elle brigue le fauteuil de premier ministre l'an prochain, lors des élections générales. Qu'importe, le clan Sharif a encore un lapin à sortir de son chapeau, en la personne de Shahbaz, le frère cadet de Nawaz. Actuellement chef du gouvernement régional de la province du Pendjab, il a été trois fois ministre par le passé et se verrait bien diriger désormais le pays. Ainsi va la démocratie au Pays des Purs.

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