Voilà que Modi drague les homos indiens !

A Delhi, le numéro deux du gouvernement a créé la stupeur, en demandant à la Cour Suprême de dépénaliser les rapports sexuels “contre nature”, deux ans après la réintroduction de leur illégalité dans le code pénal.

La déroute électorale du parti de Narendra Modi, le BJP, aux élections législatives dans l’Etat du Bihar, au début du mois, a des conséquences inattendues au niveau national. Samedi 28 novembre, le ministre des Finances Arun Jaitley, numéro deux du gouvernement fédéral dans l’ordre protocolaire, a provoqué la stupeur en déclarant que la Cour Suprême devrait dépénaliser l’homosexualité en Inde. En décembre 2013, cette dernière avait rétabli l’article 377 du code pénal supprimé quatre ans plus tôt, article qui considère illégaux les rapports sexuels “contre nature”. “La Cour Suprême devrait reconsidérer sa décision car elle n’est pas en accord avec l’évolution de la jurisprudence dans le monde”, estime Arun Jaitley.

Ces paroles ne sont pas dénuées d’arrières-pensées politiques. Elles ont été prononcées opportunément la veille de la Gay Pride à Delhi, mais surtout au lendemain d’une rencontre inédite entre le Premier ministre et les principaux représentants de l’opposition. Vendredi à l’heure du thé, Narendra Modi a reçu à sa résidence du 7 Race Course Road, à Delhi, son prédécesseur Manmohan Singh, ainsi que la présidente du Parti du Congrès, Sonia Gandhi. Le chef du gouvernement est non seulement affaibli par sa défaite au Bihar mais aussi par la polémique qui agite l’Inde depuis une semaine à propos du climat d’intolérance qui règne dans le pays, après que la superstar musulmane de Bollywood, Aamir Khan, a annoncé que sa femme était tentée de partir vivre à l’étranger.

Narendra Modi est accusé d’entretenir un climat de tension communautaire sous la pression des fondamentalistes hindous mais alors que la session parlementaire d’hiver vient de démarrer, il ne peut pas se permettre de se passer des voix de l’opposition pour faire passer ses réformes, notamment au Sénat où le BJP reste très minoritaire. Lors de la session d’été, le Parti du Congrès et ses alliés avaient joué l’obstruction avec une telle efficacité que le gouvernement avait du renoncer à sa réforme du droit d’expropriation et reporter l’instauration d’une TVA unique en Inde.

Les associations de défense des droits des homosexuels restent, à raison, très méfiantes, de peur que l’article 377 soit instrumentalisé sans que rien ne change au final. Dans son édition du 29 novembre, le Times of India pointe du reste l’ambiguité persistante du gouvernement à cet égard : “Notre journal a toujours milité pour la liberté sexuelle entre adultes consentants et nous saluons la déclaration d’Arun Jaitley. Il serait formidable que la Cour Suprême revoie son verdict mais pourquoi le gouvernement s’en remet-il aux magistrats ? S’il estime que l’homosexualité doive être dépénalisée, pourquoi ne prend-il pas lui-même l’initiative ?”

Il faut dire que les partisans de la dépénalisation sont échaudés. En juin dernier, au moment où les Etats-Unis donnaient leur feu vert au mariage gay, le ministre indien de la Justice, Sadananda Gowda, avait laissé entendre que l’exécutif étudiait la possibilité de supprimer à nouveau l’article 377 du code pénal, soulevant un espoir qui sera vite douché : deux jours plus tard, l’intéressé avait publié un démenti et un cacique du BJP, Subramanian Swamy, avant cru bon de rappeler qu’aux yeux du parti de Monsieur Modi, l’homosexualité demeurait “une maladie génétique”.

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