Modi redescend enfin sur terre

Le premier ministre indien a déclaré qu'il était inacceptable d'assassiner des musulmans pour la simple raison qu'on les soupçonne de manger de la viande de boeuf. C'était jeudi 29 juin, à Ahmedabad. Une date à marquer d'une pierre blanche.

L'événement est suffisamment rare pour devoir être souligné, et même surligné. Jeudi 29 juin, Narendra Modi a dit haut et fort qu'il était "inacceptable" de tuer au nom de la vache, animal qu'une immense majorité d'hindous considèrent comme sacré. Le premier ministre indien a fait dans la symbolique, en tenant ce propos depuis l'ashram où le mahatma Gandhi vécut de longues années, sur les bords de la rivière Sabarmati, à Ahmedabad, la ville la plus peuplée du Gujarat. "Personne n'a le droit de manipuler la loi à ses propres fins, surtout au pays de la non violence", a expliqué Modi, ajoutant que Gandhi aurait "désapprouvé" ceux qui tuent des gens au simple motif qu'on les soupçonne de consommer de la viande de boeuf. En août 2016, le chef du gouvernement nationaliste hindou avait critiqué ces fanatiques qui s'organisent en milices de protection des vaches pour s'en prendre en réalité aux musulmans. Mais cette fois-ci, il s'est montré beaucoup plus clair.

Certains feront le rapprochement avec les manifestations qui s'étaient déroulées la veille dans une dizaine de grandes villes du sous-continent, pour dénoncer la multiplication des lynchages et des assassinats, et pour défendre les principes de la Constitution, selon laquelle l'Inde est une "république souveraine, socialiste, laïque et démocratique". La sortie de Modi n'en est pas moins extrêmement bienvenue. Car le talon d'Achille du premier ministre réside précisément dans le silence auquel il s'astreint depuis son arrivée au pouvoir, lorsque les franges extrémistes de son parti, le BJP, et plus encore du mouvement idéologique qui l'inspire, le RSS, se sentent pousser des ailes au fur et à mesure que la droite remporte des élections.

Espérons que le nouveau président de l'Inde qui sera très vraisemblablement élu par les grands électeurs, mi-juillet, saura lui aussi mettre des limites à l'extrémisme. En briguant la fonction suprême, Ram Nath Kovind sait qu'il lui reviendra bientôt de jouer les gardiens du temple. Il sera plus à même de le faire, lui qui compte des amis au sein de la mouvance RSS sans avoir jamais été l'un des leurs, que Mohan Bhagwat, président de ce même RSS, dont on disait que Modi souhaitait pousser la candidature. Celui-ci passe le plus clair de son temps à réclamer la fermeture de tous les abattoirs bovins du pays. Et en avril, il avait condamné les violences perpétrées au nom de la vache sacrée, non parce qu'elles sont tout simplement punies par la loi, mais parce qu'elles "desservent la cause" (sic).

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