Nantes, une odyssée

Chaque été invite au "voyage à Nantes" qui bouleverse la ville par ses intrusions créatives pérennes ou éphémères. Parti à l'assaut de la butte Sainte-Anne avec le belvédère de Kawamata, le parcours ponctué des saynètes holographiques de Pierrick Sorin, enrichit un peu plus une collection unique d'œuvres dans l'espace public. Suivez la ligne verte !

Tadashi Kawamata, Belvédère De L Hermitage , Le Voyage À Nantes 2019 © Martin Argyroglo _ Lvan Tadashi Kawamata, Belvédère De L Hermitage , Le Voyage À Nantes 2019 © Martin Argyroglo _ Lvan
Depuis 2012, le "voyage à Nantes" revient avec l'été, assumant son rôle de défricheur de la cité. Cette nouvelle édition met à l'honneur la butte Sainte-Anne et l'artiste japonais Tadashi Kawamata qui enrichit le quartier du Musée Jules Verne d'un promontoire dominant le fleuve et l'île de Nantes où tout a commencé. Pour sa deuxième participation à la manifestation après son interprétation du territoire en 2014 pour "Estuaire" où il invente, pour atteindre son observatoire à Lavau-sur-Loire, une passerelle longue d’un kilomètre cinq cent, cheminement en partie immergé lors des grandes marées, nouveau point de vue remarquable sur le fleuve, Kawamata imagine le "Belvédère de l'Hermitage". La singularité du "voyage à Nantes" est que les propositions des artistes invités viennent interpeller directement notre vie dans son environnement quotidien. Ce voyage matérialisé par une ligne verte désormais longue de 18 kilomètres, compose un parcours très complet et très fort où œuvres pérennes et celles éphémères le temps d'un été redessinent en profondeur le visage de la ville. C'est le cas du site choisi pour la proposition de Kawamata, qui jouxte le futur jardin extraordinaire dans une ancienne carrière, sur l'un des points les plus hauts de Nantes, dominant la Loire. Quatre années ont été nécessaires pour transformer ce petit bout de terrain surplombant la falaise au point de vue exceptionnel, en belvédère idéal pour l'artiste japonais, qui a d'abord appréhendé physiquement le site avant de la modéliser en maquette. L'œuvre architecturale apparait comme le point de départ du futur Nantes, là où la ville sera étendue. "Il prend la forme d'un nid" indique Kawamatta "Métaphoriquement le nid illustre la fortune et le bonheur (dans la mythologie asiatique)" précise-t-il. Onze nids plus petits sont disséminés dans la ville, composant une promenade éphémère supplémentaire. Faisant face aux anneaux rouges, verts et bleus de Daniel Buren, le "Belvédère de l'Hermitage" constitue la cinquante-septième œuvre d'une collection d'art dans la ville qui se découvre depuis le fleuve, en bateau, commencée avec "Estuaire" en 2007 et poursuivie par le "voyage à Nantes" depuis 2012.  

Vue de l'atelier de Benoit Rondot transporté dans la galerie associative le Rayon vert, le voyage à Nantes 2019 © Guillaume Lasserre Vue de l'atelier de Benoit Rondot transporté dans la galerie associative le Rayon vert, le voyage à Nantes 2019 © Guillaume Lasserre

Tout près, Benoit Rondot a transporté son atelier au sein de la galerie associative le Rayon vert, ancienne cure de l'église Sainte-Anne ayant conservé son aménagement domestique. L'atelier imaginaire recompose à l'identique, avec à l'étage l'atelier de peinture, celui de l'artiste à l'univers riche en références diverses. Installé depuis quelques semaines après un déménagement aussi physique que mental, il continuera son activité tout l'été dans son atelier ouvert aux visiteurs, curieux de découvrir le quotidien créatif d'un artiste. Féru d'entomologie, Benoit Rondot possède une collection d'insectes du 18è siècle digne d'un muséum d'histoire naturelle. Dans une famille où on est collectionneur de père en fils, l'artiste attrape le virus dès l'enfance. Catalogue de serrures, planches de bazar du 19è siècle montrant un choix de feux d'artifices, livres de locomotives... L'artiste conserve une copie papier de chacun des ouvrages qu'il a possédé, enfermée dans d'innombrables classeurs formant un gigantesque répertoire. Peintre travaillant par projection d'image ou par empreinte d'objets, il compose une œuvre qui petit à petit forme un véritable inventaire d'objets manufacturés par l'homme.

Malachi Farrell, Hooror Hits, Charmeur De Serpents, Blockhaus Dy.10, Le Voyage À Nantes 2019 © Martin Argyroglo _ Lvan Malachi Farrell, Hooror Hits, Charmeur De Serpents, Blockhaus Dy.10, Le Voyage À Nantes 2019 © Martin Argyroglo _ Lvan

Témoin des heures douloureuses de la ville durant la Seconde guerre mondiale, le Blockhaus DY10, longtemps occupé par différents collectifs d'architectes, s'inscrit pour la première fois dans la manifestation. Ici, Malachi Farrell a imaginé des œuvres en rapport avec le lieu, convoquant les fantômes du blockhaus. "Hooror hits" accueille le visiteur au son des talons de bottes qui claquent. Deux paires de tailles différentes, l'une plus petite que l'autre, évoquent la notion d'autorité. Après avoir expérimenter le très grand format, l'artiste revient ici à une échelle humaine en raison de la crise qui traverse notre quotidien. L'ensemble des œuvres est déclenché par infrarouge. Tout se met en route à la faveur de la chaleur humaine. Sans visiteur, la proposition n'existe pas. Une atmosphère de surveillance, d'alarme, transparait du lieu, qui semble tout droit sortie d'un roman de George Orwell. Plutôt que d'œuvres d'art, l'artiste parle volontiers de jouets pour qualifier les éléments qui composent ses installations. Ici, une grappe de baskets rappelle celles qui sont jetées par-dessus les lignes électriques qui traversent les rues des quartiers pauvres des villes américaines, au son de "Strange fruit", chanson mythique que Billie Hollyday interprète à partir de 1939, réquisitoire contre le racisme et les lynchages des Afro-Américains dans le sud étasunien, dont Malachi Farrell rappelle qu'il s'agit à l'origine d'un poème composé par un professeur juif du Bronx et que l'antiracisme est universel. L'artiste apprend à domestiquer les objets. Tout à côté, une installation fait danser des armes à feu factices car rien n'est vrai ici, tout est faux, illusion : les armes sont des jouets. Plus loin, des caméras de surveillance sont font DJ, se mettent à scratcher. Pour l'artiste, le rap des années 1990 est l'illustration parfaite des essences de la rue. Il reprend l'idée de la vidéo. Un épisode de la série "La quatrième dimension" est traduit de l'anglais au français en temps réel.

Claire Tabouret, If Only The Sea Could Sleep, Hab Galerie, Le Voyage À Nantes 2019 © Martin Argyroglo _ Lvan Claire Tabouret, If Only The Sea Could Sleep, Hab Galerie, Le Voyage À Nantes 2019 © Martin Argyroglo _ Lvan


Claire Tabouret (avec Aska Matsumiya et Alex Somers), vue de l'exposition "If only the sea could sleep", HAB Galerie, le voyage à Nantes 2019 © Guillaume Lasserre Claire Tabouret (avec Aska Matsumiya et Alex Somers), vue de l'exposition "If only the sea could sleep", HAB Galerie, le voyage à Nantes 2019 © Guillaume Lasserre
Lieu fidèle, devenu incontournable du voyage, la HAB galerie (Hangar à bananes) accueille cet été les œuvres inédites de Claire Tabouret. Il y a deux ans, lorsque l'artiste découvre le lieu à la suite de l'invitation qui lui est faite, elle a tout de suite envie d'embrasser la monumentalité de cet ancien hangar à bananes, d'occuper l'espace en tenant compte de la façon dont la lumière se déplace au cours de la journée. Elle s'attache au positionnement du lieu sur la ville. Nantes est une ville portuaire, comme Los Angeles où elle a élu domicile et son port de San Pedro. Poursuivant la thématique du couple qui hante son travail depuis maintenant deux ans, elle prend pour point de départ le recueil de poèmes d'amour de l'auteur syrien Adonis qui donne son titre à l'exposition "If only the sea could sleep" dans laquelle l'idée de boucle se répète à plusieurs endroits, parait centrale. Elle s'entoure d'Aska Matsumiya et Alex Somers qui signent la composition sonore dont les notes sont perçues de différentes manières au fur et à mesure que l'on se déplace dans l'espace. Elles accompagnent les monotypes, des peintures à l'huile que Claire Tabouret passe sous la presse, exemplaires uniques qui scandent les murs tels des fantômes, empreintes d'une image disparue, d'un souvenir révolu. Des voiles de bateaux usagées venues du port de San Pedro, cousues entre elles pour créer un effet de patchwork, pendent du plafond, rythmant l'immense espace de la galerie. De ces larges tissus abimés, maculés, l'artiste fait émerger des personnages qui semblent sortir des tâches d'huile, composant des œuvres à la fois monumentales et fragiles, se mouvant au moindre coup de vent malgré leur gigantisme. Isolée dans une alcôve perdue au fond de la galerie, une sculpture à taille humaine représentant un couple en position de combat est accompagnée d'un texte en anglais dont les mots se perdent, deviennent inaudibles, semblent parasités. Dans cette dernière salle dont la taille étroite s'oppose à la monumentalité du lieu, où la lumière aveuglante dans la grande nef a laissé place à la pénombre, se devine à peine l'enregistrement de "House of love" d'Adonis, fragments, bouts de phrases rassemblés pour dessiner une mélodie qui convie le visiteur à être le témoin d'une histoire lointaine, évanescente.

Human Clock - Malachi Farrell, Constantin Leu, Ludovic Nobileau, Le Voyage à Nantes 2019 © Martin Argyroglo _ Lvan Human Clock - Malachi Farrell, Constantin Leu, Ludovic Nobileau, Le Voyage à Nantes 2019 © Martin Argyroglo _ Lvan

La ligne verte conduit à la rue de la Tour-d'Auvergne où "Le passage", œuvre d'Eva Jospin, s'inscrit au cœur d'un programme immobilier, fruit d'un partenariat privé avec la Cogédim. L'artiste propose de couvrir le puits de lumière qui traverse l'immeuble d'habitations, reliant deux rues de ce quartier nouveau de Nantes d'une fine treille. Privilégiant quelque chose qui s'installe au-dessus des têtes au sein d'un passage très blanc, très minéral, l'artiste tente d'y ramener un peu de végétation mais une végétation factice faite de métal, de polymères, dont la justification – la pérennité de l'œuvre – laisse perplexe au moment où une prise de conscience générale sur le danger climatique traverse enfin la société. Tout près, à l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Nantes, dans le hall du bâtiment imaginé par Lacaton et Vassal, le collectif Oxymore, groupe d'étudiants en architecture actif dans les années 1990-2000, se reforme sous le nom de RE-OX le temps de remettre en œuvre un jeu d'invitations collégiales. Pas de commissariat artistique mais plutôt des protocoles : l'invitation faite à des artistes d'en inviter d'autres et de fabriquer un fanzine. Celui-ci se déroule sur la façade de l'école comme s'il la dévorait. "Fan-magasin" réunit une cinquantaine de personnes invitées mais aussi des institutions et des galeries. Sur les tables, des maquettes de concours perdus illustrent un travail sur l'échec, à rebours des injonctions contemporaines.

Stéphane Vigny, Reconstituer, Place Royale, Le Voyage à Nantes 2019 © Martin Argyroglo _ Lvan Stéphane Vigny, Reconstituer, Place Royale, Le Voyage à Nantes 2019 © Martin Argyroglo _ Lvan

Sur la place Graslin, l'installation interactive "Human clock" fait face à l'opéra. Renouant avec les horloges monumentales d'antan, symboles de pouvoir, la pièce prend plutôt ici une dimension humaine. La proposition de la Compagnie théâtrale Vicente, associée à Malachi Farrell, convoque les différents éléments de la place. Inspiré de Jérôme Bosch, la pièce reprend l'idée du coucou qui annonce l'heure de la découpe, ici par des scies circulaires. Des tableaux chaque fois différents ponctuent les heures entre 11h et 19h, multipliant les représentations du temps. Non loin, au-dessus de l'entrée du mythique cinéma d'art et d'essai Katorza, Stéphane Vigny a installé une effigie de Buster Keaton sur un faux promontoire. L'installation rejoue la célèbre scène du film "The Capitan" où un immeuble entier s'effondre sur l'acteur, miraculeusement indemne à la faveur d'une fenêtre ouverte. Pour sa troisième œuvre imaginée dans le cadre de l'art des enseignes, l’artiste propose une citation directe du film. La silhouette découpée reprend la taille réelle de Buster Keaton soit 1,63 m. La pièce s'anime cinq fois par jour, au début des séances de cinéma faisant le plus d'entrées. 

Flora Moscovici, Le Temps Entre Les Pierres, Le Voyage À Nantes 2019 © Martin Argyroglo _ Lvan Flora Moscovici, Le Temps Entre Les Pierres, Le Voyage À Nantes 2019 © Martin Argyroglo _ Lvan

Pierrick Sorin, HÔTELS ET FAUNES, The shaker and the magic fountain, Oceania Hôtel de France, Le Voyage à Nantes 2019 © Philippe Piron _ LVAN Pierrick Sorin, HÔTELS ET FAUNES, The shaker and the magic fountain, Oceania Hôtel de France, Le Voyage à Nantes 2019 © Philippe Piron _ LVAN
Dans le prolongement des chambres d'artistes qui s'enrichissent à l'occasion de cette édition de la chambre 107 de Justin Weiler à l'hôtel Oceania de France, un partenariat avec huit grands hôtels nantais permet à Pierrick Sorin d'imaginer "Hotels et faunes", parcours de huit dispositifs à effet holographique formant des intermèdes poétiques et désopilants, comme dans ce même hôtel Oceania de France où l'artiste signe une performance dadaïste en convoquant les figures d'André Breton et de Jacques Vacher (que se donna la mort dans cet hôtel), qu'il affuble de fourrures et de coiffes cornues en références au titre de l'ensemble. Non loin, la place Royale se couvre de statues qui sont elles-mêmes des copies réalisées en pierres reconstituées. Avec "Reconstituer", Stéphane Vigny s'amuse de l'abondante statuaire de la fontaine monumentale qui trône au centre de la place en détournant les usages de ces trophées de jardins privés que l'on trouve généralement en milieu rural ou en périphérie pour les ramener au centre de la ville. Le passage Sainte-Croix, lieu appartenant au diocèse de Nantes, dédie ses espaces au voyage pour le huitième été consécutif. Cécile Beau y installe son œuvre minimale et sensorielle, à la frontière du visible. Répondant au titre de "Réversion", elle imagine un jardin des origines au centre duquel elle fait entendre et ressentir un rocher, saisissante respiration minérale à laquelle répond un arbre dénudé dont les racines affleurant le sol se confondent avec les branches dans une exacte réflexion, composant un troublant miroir. A l'intérieur des salles d'expositions, au milieu de vitrines renfermant des minéraux, un trou dans le mur annonce une cavité, l'entrée d'une grotte. A quelques pas de là, les vestiges d'une ancienne cheminée gothique, devenue extérieure au moment du percement de la rue des Echevins, mêlent différentes pierres. Flora Moscovici a voulu rendre visible le temps qui les séparent en les marquant de différentes couleurs. Intervenant toujours in situ, l'artiste adapte sa technique picturale au lieu qu'elle investit. Pigments et eau de chaux à la brosse assurent la disparition lente de l'œuvre éphémère, tout en laissant le mur respirer. Cette technique de la chaux, qu'elle a déjà expérimentée en Bretagne, dans la cadre de la manifestation l'art dans les chapelles, révèle sa matérialité plutôt qu'elle ne la couvre. La chaux associée à l'eau permet un travail plus fluide et des couleurs plus intenses. Les parties les plus fragiles tel le trumeau, ont été laissées brutes. Le reste a reçu un badigeon à la chaux avant d'être peint. L'artiste part de la teinte des pierres elles-mêmes pour progressivement aller vers des couleurs plus lumineuses. La peinture est un peu à l'image de l'ensemble sculpté, comme un puzzle. Avec le temps, les couleurs vont s'estomper jusqu’à disparaitre dans une métaphore parfaite de l'art éphémère.

Vue de l'exposition Incoming de Richard Mosse, Lieu unique, Nantes, 2019. À l'image, Heat Maps (2016-18), série The Castle © David Gallard Vue de l'exposition Incoming de Richard Mosse, Lieu unique, Nantes, 2019. À l'image, Heat Maps (2016-18), série The Castle © David Gallard

Vue de l'exposition Incoming de Richard Mosse, Lieu unique, Nantes, 2019. © David Gallard Vue de l'exposition Incoming de Richard Mosse, Lieu unique, Nantes, 2019. © David Gallard
Le Lieu Unique accueille pour l'occasion la première exposition en France des œuvres du photographe irlandais Richard Mosse. Accompagnée d'un ensemble de photographies, l'installation vidéo "Incoming" se veut immersive. Réalisée à l'appareil photographique thermique, elle suit, sans émettre aucun commentaire, le parcours de plusieurs groupes de migrants, réfugiés installés dans l’ancien aéroport de Berlin-Tegel, clandestins dans la jungle de Calais… Trois écrans géants et une bande son assourdissante posent un regard plastique travaillé à la manière d'un révélateur, à la fois très réaliste dans la précision des corps et irréel dans son rendu "jeu vidéo". L'image est ici ralentie par rapport à sa vitesse normale, accentuant un effet tragique. Durant cinquante-deux minutes, la durée du film, le regardeur est mis à rude épreuve, ne pouvant détourner les yeux d'une image omniprésente. L'entrée dans l'univers de Richard Mosse est un choc, sans nul doute la révélation de ce voyage.  Une décompression idéale et bienvenue attend le visiteur au Musée d'arts où sept artistes engagés dans un échange avec un phénomène naturel rendent visible l’invisible dans un rapport très étroit au temps. Des craquelures en terre cuite, empreintes du fond du lac de Vassivière asséché, de l'artiste Dominique Ghesquière à celles filmées entre chiens et loups, par Anne-Charlotte Finel du lac de Guerledan au moment où il se vide, laissant réapparaître un paysage disparu, au langage graphique des nuages d’Evariste Richer ou aux voyages invisibles, celui d’une traversée des Alpes d’Abraham Poincheval ou du parcours du soleil sur les pages d’un éphéméride de Charbel-joseph H. Boutros, de la capture par le dessin des iris juste avant qu’ils ne fanent de Patrick Neu au récit sur les traces de l’écrivain américain Nathanael West, prétexte pour Marceline Delbecq à interroger le rapport image narration, l’exposition invite à prendre le temps, à souffler, se relâcher face à un monde où la vitesse est devenue le maître mot, proposant de prolonger cette épopée nantaise par un autre voyage vers la contemplation.

« Terre de profondeur », de Dominique Ghesquière, Exposition "En chemin", Musée d'arts de Nantes, 2019 © Guillaume Lasserre « Terre de profondeur », de Dominique Ghesquière, Exposition "En chemin", Musée d'arts de Nantes, 2019 © Guillaume Lasserre

Tadashi Kawamata, Les Nids , Le Voyage À Nantes 2019 © Martin Argyroglo _ Lvan Tadashi Kawamata, Les Nids , Le Voyage À Nantes 2019 © Martin Argyroglo _ Lvan
Né d'une volonté politique d'augmenter l'attractivité touristique de la ville en fédérant plusieurs initiatives, le "voyage à Nantes" succède à la biennale "Estuaire" célébrant, de 2007 à 2011, l'art contemporain le long de l'estuaire de la Loire de Nantes à Saint-Nazaire. Depuis 2012, la manifestation s'est imposée dans le paysage nantais pour s'inscrire dans le calendrier national comme un rendez-vous incontournable de la création artistique, un exemple de réappropriation de la ville par l'art qui part à l'assaut cette année de la butte Sainte-Anne. Derrière les incontournables stars, qui sont autant de locomotives drainant les publics, la découverte de travaux plus intimes se veut parfois émouvante comme l'ensemble imaginé par Cécile Beau pour habiter le passage Sainte-Croix le temps d'un été ou l'exposition "En chemin" proposée par le Musée d'arts pour accompagner ce voyage, parfois politique, engagée, avec la révélation de l’œuvre de Richard Mosse au Lieu Unique ou la proposition de Malachi Farrell au Blockhaus DY10, parfois délicieusement surprenante, avec les intermèdes poétiques et désopilants de Pierrick Sorin qui ponctuent cette année une manifestation qui, doucement, sans coup férir, remodèle la ville à travers un voyage qui se fait aussi désormais permanent. Ainsi, à la sortie de l'été, lorsque les œuvres éphémères auront disparu et la rue aura repris ses droits, la ligne verte imaginée pour matérialiser un parcours qui s'allonge au fil des années, conduira les curieux à travers la ville et l'histoire de la manifestation, à la découverte d'œuvres qui font aujourd'hui le visage de Nantes. 

Le voyage à Nantes 

Parcours artistique et poétique urbain - jusqu'au 1er septembre 2019.

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