A Caen, l’estampe se fait monumentale

Le Musée des Beaux-arts de Caen, qui conserve un fond exceptionnel de près de 50 000 gravures, revisite l’histoire de l’estampe contemporaine par le biais de la monumentalité. Face au défi de création que représentent ces œuvres hors norme, les artistes s’emparent de toutes les techniques, faisant basculer l’image imprimée dans la recherche expérimentale.

Jannis Kounellis, Sans titre, 2015, De la série des Cappotti Empreinte d’un manteau et carborundum 220 x 120 cm Édition à 12 ex Éditeur et imprimeur : Stamperia d’Arte Albicocco, Udine Courtesy Galerie Lelong & Co. © Jannis Kounellis – Galerie Lelong & Co. Jannis Kounellis, Sans titre, 2015, De la série des Cappotti Empreinte d’un manteau et carborundum 220 x 120 cm Édition à 12 ex Éditeur et imprimeur : Stamperia d’Arte Albicocco, Udine Courtesy Galerie Lelong & Co. © Jannis Kounellis – Galerie Lelong & Co.

Le Musée des Beaux-arts de Caen doit en grande partie sa renommée à la collection Mancel qui fut léguée à la ville en 1872 par Bernard Mancel (1798 - 1872). Ce libraire caennais, fondateur d'un café littéraire et ami de Barbey d'Aurevilly, se rend à Rome entre 1843 et 1845, au moment des ventes des collectons du Cardinal Fesch, oncle de Napoléon Ier. Là, il acquiert des œuvres exceptionnelles de maitres italiens et hollandais et environ quatre cent albums de gravures. A sa mort, il lègue ce qui reste aujourd'hui encore la plus importante donation reçue par le musée normand : 492 volumes réunissant 50 243 estampes ainsi que 45 tableaux du Pérugin, Dürer, Rembrandt ou encore Tiepolo. Ce legs remarquable constitue le fond historique du musée qui ouvre sa collection à l'art contemporain en 1974 avec l'achat d'un tableau de Pierre Soulages. L'exposition "XXL" s'inscrit dans cette histoire. Elle partage les espaces muséaux avec deux autres expositions, une simultanéité de propositions qui permet d'habiter véritablement le lieu: celle de Gilgian Gelzer qui dissémine ses dessins, photographies et estampes dans le parcours permanent, et celle occupant le cabinet d'art graphique, "Dennis Oppenheim, le dessin hors papier" : un ensemble de sept programmes vidéos interrogeant la pratique du dessin hors papier où, dans la série des "transferts drawings" par exemple, c'est le corps de l'artiste qui devient support, ainsi que ceux de ses enfants qui sont compris comme les prolongements de lui-même. Le Centre national des arts plastiques (CNAP), plus grande collection publique d'estampes contemporaines, certains FRAC et quelques galeries telles Lelong ou Catherine Putman, des ateliers parmi lesquels le studio Frack Bordas et l'atelier Michael Woolworth et enfin quelques collectionneurs, composent le panorama du monde de l'estampe en France.

Bruno Hellenbosch, Décaméron, 6e journée, 2014-2018 Ensemble de 10 panneaux appartenant à un ensemble de 100 gravures sur bois Gravure sur panneau de contreplaqué 100 x 70 cm chaque panneau Courtesy of artist © Bruno Hellenbosch Bruno Hellenbosch, Décaméron, 6e journée, 2014-2018 Ensemble de 10 panneaux appartenant à un ensemble de 100 gravures sur bois Gravure sur panneau de contreplaqué 100 x 70 cm chaque panneau Courtesy of artist © Bruno Hellenbosch

Baptisée "XXL", l'exposition réunit trente-six artistes. Chaque estampe est considérée comme une œuvre singulière. Elle débute dans le hall même du musée où est présentée la matrice de dix planches de la structure décimale de Bocacce (2014-18) de Bruno Hellenbosch, faisant référence au Moyen Âge, au monde moderne, à Basquiat et à Picasso. Il s'agit d'une entreprise monumentale nécessitant dix journées de fabrication et trente-cinq mètres d'épreuves imprimées. Au cours de la seconde moitié du XXème siècle, les artistes, notamment américains à l'image de Roy Lichtenchtein ou Sam Francis, se saisissent de la gravure qu'ils envisagent comme un champ d'expérimentation. Faire de l'estampe mais sortir de l'art graphique comme chez Baselitz. Ils vont changer le statut de la technique, considérant l'estampe moins comme un produit de reproduction qu'une œuvre à part entière. Toutes sortes de supports vont alors être expérimentés.

Georg Baselitz, Weiblicher akt auf Küchenstuhl (Nu féminin sur une chaise de cuisine), 1977-79, Linaugravure sur papier offset crème apprêté, feuille 220 x 158 cm, Editeur et imprimeur: Georg Baselitz © Georg Baselitz, courtesy Galerie Belong & Co. Georg Baselitz, Weiblicher akt auf Küchenstuhl (Nu féminin sur une chaise de cuisine), 1977-79, Linaugravure sur papier offset crème apprêté, feuille 220 x 158 cm, Editeur et imprimeur: Georg Baselitz © Georg Baselitz, courtesy Galerie Belong & Co.

Markus Lüpertz, Clitunno (Große Figur), 1990  Xylographie sur papier vélin lisse 200 x120 cm - Édition à 20 ex Éditeur : Maximilian Verlag – Sabine Knust, Munich Imprimeur : Friedrich Dickgießer, Atelier Lüpertz, Karlsruhe Courtesy Galerie Lelong & Co. © Markus Lüpertz – Galerie Lelong & Co. Markus Lüpertz, Clitunno (Große Figur), 1990 Xylographie sur papier vélin lisse 200 x120 cm - Édition à 20 ex Éditeur : Maximilian Verlag – Sabine Knust, Munich Imprimeur : Friedrich Dickgießer, Atelier Lüpertz, Karlsruhe Courtesy Galerie Lelong & Co. © Markus Lüpertz – Galerie Lelong & Co.

L'exposition s'ouvre sur des œuvres d'Alechinsky et de Baselitz qui ont un rapport très fort à l'image. Avec "A l'aveuglette"  (185 x 287 cm, 1974) de Pierre Alechinsky (Saint-Gilles-lez-Bruxelles, Belgique, 1927 - ) réalise une eau-forte de taille exceptionnelle composée de trois feuilles imprimées marouflées sur toile. Le procédé utilisé consiste à peindre directement sur les trois plaques de cuivre posées au sol, sur lesquelles se réfléchit la lumière, justifiant le titre de l'œuvre. Il y a donc bien une volonté de rivaliser avec la peinture, veine qu'Alechinsky continuera d'explorer dans les années 1980. Georg Baselitz (Deutschbaselitz, Allemagne, 1938 - ) a toujours cru en les "possibilités expressives de la gravure" pour reprendre l'expression employée par Caroline Joubert dans le remarquable catalogue qui accompagne l'exposition. Elle traverse de façon constante son travail depuis les années 1960. Le "Nu féminin sur une chaise de cuisine" gravé sur linoléum en 1977, appartient à une série d'une vingtaine de grandes planches figurant des nus sur le même matériau. Baselitz les imprime lui-même de façon artisanale. D'autres grandes planches, linogravures ou xylographies, suivront jusqu'en 2002 et "Indianergrad (Tombeau indien)", grand paysage repris d'un tableau de 2001. L'écrasant massif montagneux, comme le nu sculptural, est vu à l'envers. Depuis 1969, dans les estampes comme les peintures de Baselitz, le motif est renversé. Ce geste libérateur permet d'éviter toute virtuosité tout en remettant en cause le regard. Tout près, une xylographie de Markus Lüpertz (Liberec, République Tchèque,1941 - ) représente Clytumne, dieu païen, de façon très sculpturale. "Clitunno (Grosse Figur)" (200 x 120 cm, 1990) illustre l'avènement dans le bestiaire de l'artiste tchèque de cette divinité fluviale citée par Virgile, dont il réalise deux versions gravées sur bois mais aussi des sculptures en bronze et des dessins. La figure puissamment campée incarne un certain archaïsme qui va de pair chez Lüpertz avec le format monumental. 

Richard Serra, "Double Rift IV", Work on Paper Paintstik and silica on handmade paper, 3 panels 238.1 x 457.2 cm, Gemini G.E.L. © Richard Serra Richard Serra, "Double Rift IV", Work on Paper Paintstik and silica on handmade paper, 3 panels 238.1 x 457.2 cm, Gemini G.E.L. © Richard Serra

Répondant au titre de "Double rift IV" (2016, 238 x 132,5 cm), le grand diptyque de Richard Serra (San Francisco, 1939 - ) composé de trois feuilles de papier, est pour l'artiste l'opportunité d'expérimenter une technique inédite qui combine lithographie et usage d'une sorte de rouleau mélangeant huile et silice qui permet d'obtenir ces noirs charbonneux d'une densité rare. La juxtaposition des trois feuilles explique les failles de blanc venues perturber le monolithe. L'œuvre est expérimentale, il n'y a pas de matrice ici. Les artistes contemporains jouent avec les codes de l'estampe. Ainsi, Antoni Tapies (Barcelone 1923 - 2012) présente, avec "Gran triptic" (1990, 197,5 x 294 cm), l'une de ses plus grandes œuvres graphiques, dont l'exécution est un mélange d'eau-forte et de sérigraphie. Le textile sert de support à James Brown (Los Angeles, 1951 - ) pour son "Grand monotype pour Georges" (1991, 160 x 126 cm), épreuve unique qu'il colle sur un tissu d'ameublement, tandis que Jean-Charles Blais (Nantes, 1956 - ) joue sur la transparence pour son diptyque "Body and soul" (1999, 154 x 94 cm chaque élément).

Alain Jacquet,Le Déjeuner sur l’herbe, 1964 Diptyque, sérigraphie sur papier 175 x 196 cm l’ensemble Édition de 97 ex sur toile et 30 ex sur papier Éditeur : Alain Jacquet Imprimeur : sérigraphie Lioté Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie © Courtesy Comité Alain Jacquet / Photo : Fabien Jacquet Alain Jacquet,Le Déjeuner sur l’herbe, 1964 Diptyque, sérigraphie sur papier 175 x 196 cm l’ensemble Édition de 97 ex sur toile et 30 ex sur papier Éditeur : Alain Jacquet Imprimeur : sérigraphie Lioté Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie © Courtesy Comité Alain Jacquet / Photo : Fabien Jacquet

Antony Gormley, "Feel II", de la série Body Prints, 2016  Monotype, empreinte directe du corps de l’artiste composée de mazout, huile de lin et vaseline sur papier Saunders 260 x153 cm - Épreuve unique. Éditeur : Alan Cristea Gallery, Londres. Imprimeur : Antony Gormley Studio, Londres Londres, Courtesy Alan Cristea Gallery © The Artist – Photograph by Prudence Cumming Associates Antony Gormley, "Feel II", de la série Body Prints, 2016 Monotype, empreinte directe du corps de l’artiste composée de mazout, huile de lin et vaseline sur papier Saunders 260 x153 cm - Épreuve unique. Éditeur : Alan Cristea Gallery, Londres. Imprimeur : Antony Gormley Studio, Londres Londres, Courtesy Alan Cristea Gallery © The Artist – Photograph by Prudence Cumming Associates
Antony Gormley (Londres, 1950 - ) se sert de son corps comme matrice pour la série "Body prints" (2016, 260 x 153 cm). Il laisse son empreinte sur le papier, révélant que l'estampe est aussi une trace du vivant à l'image du voile de Sainte-Véronique ou du Saint-Suaire dans l'iconographie chrétienne. C'est l'empreinte de douze manteaux que réalise Jannis Kounellis (Le Pire (Grèce), 1936 - Rome, 2017) dans sa série "Cappotti" (2014-16, 220 x 120 cm) en ressuscitant la technique de carborundum, tombée en désuétude, qui offre cette rugosité, cette âpreté que l'on prête aux choses abandonnées. Daniel Buren (Boulogne-Billancourt, 1938 - ) fait de l'estampe un travail in situ avec "Framed / Exploded / Defaced" (1979, 25 fragments de 20 x 20 cm chacun), carré de un mètre sur un mètre divisé en vingt-cinq fragments qui partent à l'assaut d'un mur. La dimension murale implique qu'elle soit monumentale. Six exemplaires sont tirés de l'estampe, correspondant à quarante-quatre tirages différents. "Le déjeuner sur l'herbe" (diptyque, 175 x 196 cm l'ensemble) d'Alain Jacquet (Neuilly-sur-Seine, 1938 - New York, 2008) recompose en 1964 la scène du célèbre tableau que Manet réalise près d'un siècle auparavant (1863) en utilisant très tôt la sérigraphie que Jacquet découvre en même temps que les artistes du pop art américain. Cette œuvre est la première de Mec'Art (Mechanical Art) de l'artiste qui entend faire "un tableau comme une voiture produite à la chaine." Cependant, il joue sur la trame épaisse pour faire de chaque exemplaire une œuvre unique en variant légèrement sur la couleur. Pour chacune des quatre séries d'estampes exécutées en 1989 et 1993, inspirées du célèbre roman d'Herman Melville "Moby Dick", l'artiste américain Frank Stella (Malden, Massachusetts, 1936 - ) utilise trois couches de papiers qui reçoivent chacune entre quatre et quinze passages sous presse. L'entreprise est titanesque en termes de papiers, de collaborateurs, d'imprimeurs. Elle montre comment les américains se sont emparés de l'estampe et avec quelle vitalité. 

Vito Acconci, Three flags for one space and six regions, 1979-81, photogravure sur six feuilles de papier Rives BFK, 59, 5 x 78,5 cm chaque élément hors cadre, Edition à 25 ex., Editeur: Crown Point Press, San Francisco, Imprimeur: Nancy Anello, Crown Point Press, San Francisco, Paris, Centre national des arts plastiques, inv. FNAC 99603 (1 à 6) © Vito Acconci, Centre national des arts plastiques, Photo: Yves Chenot Vito Acconci, Three flags for one space and six regions, 1979-81, photogravure sur six feuilles de papier Rives BFK, 59, 5 x 78,5 cm chaque élément hors cadre, Edition à 25 ex., Editeur: Crown Point Press, San Francisco, Imprimeur: Nancy Anello, Crown Point Press, San Francisco, Paris, Centre national des arts plastiques, inv. FNAC 99603 (1 à 6) © Vito Acconci, Centre national des arts plastiques, Photo: Yves Chenot

Vitto Acconci (New York, 1940 - 2017) réunit, en les superposant, les drapeaux des trois super puissances de l'époque : les Etats-Unis, l'URSS et la Chine dans "Three flats for one space and six régions" (1979-81, photogravure sur six feuilles de papier Rives BFK, 184,5 x 162,6 cm l'ensemble encadré), à un moment où elles sont concurrentes et cependant identiques dans la démesure qui caractérise leur désir d'hégémonie. Le bas de l'œuvre est laissé libre, ouvrant sur un possible projet d'utopie. La monumentalité se fait aussi par la sérialité. Luciano Fabro (Turin, 1936 - Milan, 2007) réinterprète le fronton de l'église du Saint-Rédempteur construite sur l'île de la Giudecca à Venise, d'après les plans d'Andrea Palladio (1577 - 1592), en en proposant quatre variations. L'idée ici n'est pas d’exécuter un relevé fidèle de la façade palladienne mais d'offrir une relecture poétique du réel. Jim Dine (Cincinnati, 1935 - ), artiste du pop-art, est un obsessionnel de la gravure. "Double Iron man" (2014, 175,5 x 248,5 cm) est construit comme un puzzle, avec plus de douze anciennes matrices en bois gravé représentant des corbeaux (2007), des morceaux de robes de chambre (2005) et plusieurs Pinocchio (2009-11). Il réunit ainsi les fragments de plusieurs gravures dans un esprit très artisanal, bricolé.  

Kiki Smith, Puppet, 1993-1994 Photogravure, eau-forte et aquatinte sur papier japon, collage et cordelettes Image 140,9 x 66,5 cm Feuille 147,3 x 74,1 cm Édition à 35 ex Éditeur et imprimeur : Universal Limited Art Editions, West Islip, New York Frac Normandie Rouen © Kiki Smith, 2019 – Galerie Lelong & Co. Kiki Smith, Puppet, 1993-1994 Photogravure, eau-forte et aquatinte sur papier japon, collage et cordelettes Image 140,9 x 66,5 cm Feuille 147,3 x 74,1 cm Édition à 35 ex Éditeur et imprimeur : Universal Limited Art Editions, West Islip, New York Frac Normandie Rouen © Kiki Smith, 2019 – Galerie Lelong & Co.

Les femmes restent rares tout au long de l'exposition. On peut cependant citer Kiki Smith (Nuremberg, 1954 - ) qui travaille les papiers très précieux. Elle compose différentes images avec différents papiers, utilise des collages. La nature composite de ses estampes est manifeste dans "Puppet" (1993-94, 147,3 x 74,1 cm). Sur trois images superposées la représentant et ayant servi à d'autres œuvres, elle colle les morceaux d'une photographie de sa nièce. Elle rajoute des silhouettes d'enfants gravées en bleu. L'ensemble atteste de son gout pour les marionnettes et trahit l'innocence perdue de l'enfance. Le "nuancier" (2004, 62 x 62 cm chaque image) de Marie-Ange Guilleminot (Saint-Germain-en-Laye, 1960 - ) est composé de 119 images : 17 images déclinées en 7 couleurs différentes. Les images sont ensuite agrandies de manière à ce qu'elles soient pixélisées. L'ensemble évoque l'effacement des œuvres de notre mémoire. La pièce fut réalisée à son retour d'Hiroshima. Tandis que Christiane Baumgartner (Leipzig, 1967 - ), artiste allemande installée à Londres, travaille sur l'idée même de l'image, confrontant une pratique lente, la gravure, à des visions du monde moderne. 

Jean-Michel Othoniel,Black Lotus, 2017 Impression lithographique sur toile recouverte d’or blanc 160 x 120 cm Oeuvre unique. Éditeur : Édition Othoniel, Imprimeur : Michael Woolworth, Paris Collection de l’artiste © Jean-Michel Othoniel Jean-Michel Othoniel,Black Lotus, 2017 Impression lithographique sur toile recouverte d’or blanc 160 x 120 cm Oeuvre unique. Éditeur : Édition Othoniel, Imprimeur : Michael Woolworth, Paris Collection de l’artiste © Jean-Michel Othoniel

Jean-Michel Othoniel (Saint-Etienne, 1964 - ) trouve une certaine sobriété dans l'image monumentale. "Black Lotus" (2017, 160 x 120 cm), lithographie sur toile recouverte de feuille d'or, est époustouflant de simplicité. Tandis que "Holzschnitt II" de Patrick Gabler (Munich, 1967 - ) rappelle les formes ornementales de la Renaissance allemande. Pierre Burgaglio (Charenton-le-Pont, 1939 - ) a fait beaucoup de lithographies avec Franck Bordas. Le passage au numérique a cet avantage de ne plus être limité dans le format, Buraglio, qui a passé l'été 1946 à Caen où son père, architecte italien, était venu pour reconstruire la côte atlantique, réalise "46" (2019, 232 x 130 cm) qui présente une grande verticalité pour une œuvre mêlant, comme souvent chez l'artiste, souvenirs personnels et références classiques. Avec "The two tail mermaids" (2019, dimensions diverses), Frédérique Loutz (Sarreguemines, 1974 - ) compose un travail qui se déploie sur plusieurs panneaux non réguliers. Grande dessinatrice, elle présente une vision très personnelle de la vanité. Ce que fait aussi Claude Closky avec son papier peint aux réminiscences de la tradition de la toile de Jouy, imprimé de produits pour supermarchés accompagnés de leur prix à la manière d’une brochure promotionnelle, critique de l’opulence occidentale. "Wood 0113" (2013, 250 x 133 cm, gravure sur bois et lithographie) de Djamel Tatah (Saint-Chamond, 1959 - ) présente deux figures solitaires, grandeur nature dans un environnement sobre et épuré, caractéristique de l'univers de l'artiste franco-algérien.  Cette planche a nécessité  une commande spéciale auprès de l'usine de papier afin d'obtenir des feuilles de la largeur maximale de leurs bobines, permettant l'exécution de l'estampe d'un seul tenant et avec autant de passages couleurs. David Hockney (Bradford (Royaume-Uni), 1937 - ) réalise le dessin de "Yossemite III, October 5th 2011" (2011, 236 x 178 cm) sur iPad. La dimension expérimentale de ce travail convainc l'artiste, qui se sert ici de la tablette comme d'un carnet de croquis.

Djamel Tatah, Wood 0113, 2013 Bois gravé et lithographie sur pierre 250 °— 133 cm. Édition à 14 ex Éditeur et imprimeur : Michael Woolworth, Paris. Courtesy Michael Woolworth © Djamel Tatah, ADAGP, Paris, 2019 – Musée des Beaux-Arts de Caen – Photo P. Touzard Djamel Tatah, Wood 0113, 2013 Bois gravé et lithographie sur pierre 250 °— 133 cm. Édition à 14 ex Éditeur et imprimeur : Michael Woolworth, Paris. Courtesy Michael Woolworth © Djamel Tatah, ADAGP, Paris, 2019 – Musée des Beaux-Arts de Caen – Photo P. Touzard

Cinq cent ans après la gravure monumentale d'Albrecht Dürer, assemblage de 36 feuilles représentant l’"Arc de triomphe de Maximilien Ier"  (vers 1515), l'estampe a su se réinventer. Si la tradition de la gravure de grand format s'épuise au XIXème siècle, à l'exception de la décoration d'intérieur avec le papier mural et les panoramiques – et bien sûr la publicité – , elle renait dans la seconde moitié du XXème siècle en devenant un champ d'expérimentation. Elle n'est plus alors considérée comme seul moyen de reproduction, mais engendre des œuvres uniques repoussant chaque fois un peu plus les frontières de l'estampe qui est désormais devenue un médium parmi d'autres de la création contemporaine. Si la monumentalité est au coeur de l'exposition de Caen, l'estampe se réinvente aussi petite et multiple, ne se laissant jamais réduire à une définition spécifique pour rester ouverte aux nombreux possibles d'une pensée artistique sans cesse en mouvement. 

James Brown,Grand monotype pour Georges, 1991  Monotype sur textile et collage 160x126 cm - Oeuvre unique. Éditeur : galerie Lelong Imprimeur : Franck Bordas Paris, Franck Bordas © James Brown 2019– Musée des Beaux-Arts de Caen, Photo P. Touzard James Brown,Grand monotype pour Georges, 1991 Monotype sur textile et collage 160x126 cm - Oeuvre unique. Éditeur : galerie Lelong Imprimeur : Franck Bordas Paris, Franck Bordas © James Brown 2019– Musée des Beaux-Arts de Caen, Photo P. Touzard

"XXL Estampes monumentales contemporaines" - Commissariat de Caroline Joubert, conservateur en chef au musée des Beaux-Arts de Caen - Jusqu'au 15 septembre 2019.

Du mardi au vendredi, de 9h30 à 13h30 et de 13h 30 à 18h - De 11h à 18h week-end et jours fériés.

Musée des Beaux-arts de Caen
Le Château
14 000 CAEN

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