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Billet de blog 23 déc. 2017

Le mouvement des corps d'Eadweard Muybridge

La galerie Françoise Paviot présente une cinquantaine de planches photographiques d'Eadweard Muybridge aux sujets humains ou animaux. Extraites du recueil-somme "Animal locomotion" publié en 1887 par le photographe britannique, elles analysent pour la première fois le mouvement des corps grâce à la réunion de plusieurs appareils à déclenchement automatique. Retour sur une révolution technique.

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Edward Muybridge, planche extraite de "Animal locomotion" édité en 1887, Galerie Françoise Paviot, Paris © Guillaume Lasserre

Il n'existe pas de tirage argentique des célèbres planches photographiques réalisées autour de 1880 par Eadweard Muybridge dont on peut voir une cinquantaine d'exemplaires le temps d'un accrochage à la galerie Françoise Paviot. Les originaux ont été imprimés à l’époque en phototypie, procédé d'impression à l'encre grasse solarisée sur plaque de verre dont la particularité est d'offrir une grande finesse de rendu. En multipliant les images d'un même sujet et en les espaçant seulement d'un millième de seconde, Muybridge décompose le temps et le mouvement des corps à des fins scientifiques, inventant un nouveau répertoire pictural où la science dialogue avec la création artistique.

De son vrai nom Edward James Muggeridge, il voit le jour en 1830 à Kingston-upon-Times en Angleterre. Il émigre très tôt aux Etats-Unis, d'abord à Las Vegas où il s'installe comme libraire-éditeur. C'est à la suite d'un grave accident qui le conduira à regagner le Royaume-Uni qu'il découvre la photographie et ses techniques, son médecin lui conseillant de l'étudier à des fins thérapeutiques pour retrouver sa concentration perdue. Durant sept années, investissant des sommes importantes dans le matériel le plus sophistiqué, Muybridge va apprendre les procédés spécifiques à ce nouveau médium. De retour aux Etats-Unis, il s'installe à San Francisco. Dans les années 1870, il crée un studio photographique itinérant qu'il peut installer à sa guise où qu’il se trouve dans le nord de la Californie afin de réaliser des photographies en relief stéréoscopique. Ce principe à la mode va le rendre riche et célèbre.

De la zoopraxographie

C'est par l'intermédiaire d'un de ses riches clients,  Leland Stanford, éleveur et entraineur de chevaux de course, que Muybridge prend connaissance de la controverse sur le galop du cheval. Dans un ouvrage publié en 1872 et intitulé "La machine animale", le médecin et physiologiste français Etienne-Jules Marey (1830 - 1904), professeur à la faculté de médecine de Paris, affirme, à l'aide de la chronophotographie – technique utilisant l'enchainement de prises de photographies permettant de décomposer le mouvement d'un être vivant – dont il est l'inventeur, que l'animal lors de sa course voit ses quatre pattes décoller du sol. Cette révélation compte nombre de détracteurs, elle est notamment contraire aux représentations en vigueur chez les artistes comme on peut le voir dans les nombreux tableaux de Théodore Géricault figurant des chevaux. Muybridge propose de résoudre la querelle, pour laquelle un prix est en jeu, en ayant recours à la photographie. Il utilise la chronophotographie de Marey dont il améliore la technique. Après de nombreux essais, les clichés réalisés valident la théorie du scientifique français.

Muybridge va dès lors s'intéresser au mouvement des corps humain et animal, inventant un appareil de  projection qui reconstitue le mouvement grâce à la vitesse et à la succession des images d'un corps en action. L'appareil baptisé zoopraxiscope fait de lui l'un des précurseurs du cinématographe. La photographie se situe à l'époque entre science et art. Muybridge se sert du médium, considéré alors comme un moyen sûr et objectif, pour enregistrer de façon scientifique les mouvements du corps. Pour lui, l'appareil photographique n'est qu'un moyen technique au service de la démonstration scientifique. En décomposant le mouvement de tout être vivant, il immobilise et différencie les poses de ses sujets pour mieux analyser chaque détail de ses activités quotidiennes ou sportives, invisible à l'œil nu.

Les travaux d'Eadweard Muybridge, comme ceux de Marey, ont eu une influence colossale et immédiate notamment sur les artistes de leur temps. Degas par exemple s'inspira de Marey pour réaliser les diverses poses de ses célèbres danseuses. Ils ont aussi grandement contribué à l'invention du cinématographe.  

L'édition en 1887 de "Animal locomotion" rassemble en onze volumes huit cent planches photographiques réalisées entre 1872 et 1885 composées de cent mille images prises au millième de seconde, grâce à l'utilisation de douze puis vingt-quatre appareils à déclenchement automatique successifs séparés d'à peine quinze centimètres et formant une ligne droite. Les sujets photographiés déclenchent eux-mêmes les appareils lorsqu’ils passent devant en brisant le fil tendu au sol. Le résultat est impressionnant, il donne une vue extraordinaire du sujet effectuant un geste ordinaire. La galerie Françoise Paviot, en réunissant  une cinquantaine de ces planches comme autant de preuves objectives d'une vérité scientifique, introduit un point de vue formel à travers l'étrange beauté qui en émane, issue sans doute de la vision inédite qu’offre le procédé sur les pratiques ordinaires du corps. L'approche esthétique souligne ici une porosité entre science et art qui semble se fondre dans une poétique de l’utilité.

"Edward Muybridge : Animal locomotion"

Jusqu’au au 23 décembre 2017
Du mercredi au samedi, de 14h à 19h et sur rendez-vous

Galerie Françoise Paviot
57 rue Sainte-Anne
75002 Paris

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