Yann Mingard, les vertiges du monde

Au musée de l'Elysée à Lausanne, le photographe Yann Mingard expose son essai visuel sur l'anthropocène, fruit d'un travail de quatre années. "Tant de choses planent dans l'air, d'où notre vertige" interroge le rapport de l'être humain à son environnement. Une invitation à réfléchir sur notre propre rôle en tant que citoyen et consommateur dans un monde pris de vertige face à notre destin futur.

Yann Mingard,"Tant de choses planent dans l'air, d'où notre vertige", Chapitre "Evolution", Institut des Géosciences de l'environnement, Equipe Glace, Grenoble, France, 2017 © Yann Mingard / Courtesy Parrotta contemporary art Yann Mingard,"Tant de choses planent dans l'air, d'où notre vertige", Chapitre "Evolution", Institut des Géosciences de l'environnement, Equipe Glace, Grenoble, France, 2017 © Yann Mingard / Courtesy Parrotta contemporary art
"Les débuts de la photographie ont coïncidé avec ceux du train, avec la révolution industrielle… Tout a explosé en cent cinquante ans. Les scientifiques déclarent que la force qui façonne le plus la terre aujourd’hui, c’est celle de l’humanité. L’homme déplace plus de sédiments et de roches par son action minière et ses terrassements que la totalité des rivières! Le sociologue des sciences Bruno Latour évoque une sorte de monstre que nous avons créé et se demande s’il vaut mieux l’abandonner ou l’adopter. Nous sommes dans une zone critique…" Ainsi donnés en préambule, les propos du photographe Yann Mingard ne laissent guère présager d'un avenir radieux. Les humains ont entre leurs mains la survie de la planète car ils sont "la force qui façonne le plus la terre aujourd'hui". Mais les humains ne sont que des humains et les enjeux économiques désormais mondialisés, privilégiant une approche de rendements à court-terme, apparaissent comme un accélérateur de notre propre chute. Le bateau coule et nous continuons à danser, inconscients, sur le pont. Au Musée de l'Elysée à Lausanne, Mingard construit un parcours visuel en huit chapitres qui usent de l'allégorie pour rendre compte de l'état du monde et de son effroyable évolution. Le titre de la manifestation, citation du roman "La bête que Dieu oublia d’inventer" de l'écrivain américain Jim Harrison, "Tant de choses planent dans l'air, d'où notre vertige", évoque volontairement le malaise, la suffocation. C'est que les dérives successives liées aux injonctions contraires des décideurs devenus schizophrènes en tentant de concilier l'inconciliable – une économie capitaliste incontrôlable avec la sauvegarde de la planète – n'engagent pas à un optimisme démesuré, bien au contraire, à l'image de la première salle où un mur de documentation croise plusieurs éléments fragmentaires que le visiteur devenu enquêteur tente de relier les uns aux autres. Tout ici semble abstrait, rendant plus inquiétante encore une situation dont nos sociétés commencent à peine à prendre sérieusement conscience. Le mur affiche des photographies à l'atmosphère étrange : trois images montrent un véhicule entre tracteur et engin de chantier, prises à des distances différentes, au lever du jour, à moins qu'il ne s'agisse du crépuscule. Le contre-jour accentue un peu plus l'atmosphère brumeuse qui semble recouvrir entièrement la grande image punaisée un peu plus bas, sur laquelle le soleil tente de percer l'épais brouillard, en vain. Juste au-dessus, un cliché montre deux personnages de dos, chaudement vêtus, précédé d'un véhicule équipé de chenilles dans un décor de neige persistante qui semble faire référence aux pôles, plus vraisemblablement nord que sud. Encore au-dessus, une page sans doute photocopiée. Aux grands traits de feutre noir, en haut (deux) et en bas (trois), effaçant à jamais les mentions qui y figuraient, répond cette phrase unique et troublante, inscrite au centre de la feuille : "This page is intentionally left blank"(Cette page a été laissée vierge intentionnellement). On l'aura compris, la traversée s'annonce chaotique. Elle durera le temps d'un constat, un diagnostic artistique, celui de la contemporanéité, à travers l'étude des phénomènes de grande ampleur antérieurs à notre époque, convoquant autant d'allégories qui renvoient au temps des hommes, à travers les conséquences de leurs actions sur leur habitat naturel.

Yann Mingard, Sans titre, chapitre Evolution, Peau de tigre réalisée par Van Ingen and Van Ingen, Vente aux enchères “Evolution”, Billingshurst, Grande-Bretagne, le 25 novembre 2015 © Yann Mingard /Courtesy Parrotta Contemporary Art Yann Mingard, Sans titre, chapitre Evolution, Peau de tigre réalisée par Van Ingen and Van Ingen, Vente aux enchères “Evolution”, Billingshurst, Grande-Bretagne, le 25 novembre 2015 © Yann Mingard /Courtesy Parrotta Contemporary Art

Yann Mingard (né en 1973, vit et travaille à Colombier, canton de Neuchâtel) n'a quasiment jamais exercé le métier d'horticulteur paysagiste pour lequel il fut formé. Engagé dans l'humanitaire, il est au Nicaragua en 1992 où il participe à la création d'archives des disparus sandinistes, collaborant avec l'Association des mères et familles des personnes enlevées et disparues qui alimente la banque d'images des photos des parents disparus. Son premier contact avec la photographie se fait donc par hasard et par le portrait. De retour en Suisse, il suit les cours de la Haute école d'art et de design (HEAD) de Genève, puis de l'école de photographie de Vevey (CEPV) où il retrouve Alban Kakulya, rencontré en 1993 au Nicaragua et avec qui il réalise en 2003 ses premiers travaux sur les frontières de l'Europe. Le projet et l'exposition "A l'est d'un nouvel éden" se verra décerner la même année le premier prix FNAC européen de la photographie à Arles, lors des Rencontres de la photographie. Après l'Europe, Mingard s'intéresse aux patrimoines de l'humanité et à leur conservation avec son projet "Deposit" en 2014, qui se focalise sur quatre domaines: les graines, les animaux, les humains et les data centers. "C’est quand même génial d’imaginer que l’on stocke du vivant, une graine par exemple, emballé dans de l’aluminium, puis du plastique, posé dans un bunker souterrain fermé par une porte étanche, à une température de – 20 degrés qui est tout sauf naturelle!" confiait-il au journal le Temps en 2014. Ajoutant, à propos de son travail: "Je suis un jardinier. C’est la seule formation que j’aie jamais finie. Aujourd’hui, on dit horticulteur-paysagiste; un paysagiste était un peintre du paysage, c’est finalement ce que je fais!" Cette formation initiale imprègne ses œuvres photographiques d'une sensibilité spécifique inhérente à la terre et à son environnement naturel.

Un « diagnostic photographique de la contemporanéité »

Yann Mingard, Untitled, Chapter Seven sunsets, left: Joseph Mallord William Turner, Sunset, c. 1830-35 (detail); right: detail of a screenshot of an image found on Google with search keywords "AQI + air pollution in China 2015" © Yann Mingard / Tate Britain, courtesy Parrotta contemporary art Yann Mingard, Untitled, Chapter Seven sunsets, left: Joseph Mallord William Turner, Sunset, c. 1830-35 (detail); right: detail of a screenshot of an image found on Google with search keywords "AQI + air pollution in China 2015" © Yann Mingard / Tate Britain, courtesy Parrotta contemporary art

Yann Mingard, Seven sunsets, vue de l'exposition "Tant de choses planent dans l'air, d'où notre vertige", Musée de l'Elysée, Lausanne, 2019 © Arteez Yann Mingard, Seven sunsets, vue de l'exposition "Tant de choses planent dans l'air, d'où notre vertige", Musée de l'Elysée, Lausanne, 2019 © Arteez

Le projet trouve son origine dans "Frankenstein ou le Prométhée moderne", le fameux roman épistolaire que publie Mary Shelley, d'abord anonymement, en 1818. L'ouvrage raconte l'histoire du jeune savant suisse Victor Frankenstein, parvenant à donner la vie à un corps fait d'un assemblage de chairs mortes. La créature au visage hideux, abandonnée par Frankenstein terrifié de sa création, sera persécutée par la société avant de prendre sa revanche. Les thèmes abordés renvoient à la modernité, au progrès et au rationalisme scientifique. Deux siècles plus tard, Yann Mingard en propose une relecture qui passe par une forme visuelle comme dans le chapitre de "Seven sunsets" où il combine paysage médiatique contemporain et histoire de l'art, en associant des ciels peints par l'artiste britannique William Mallord Turner à des captures d'écran trouvées sur Internet représentants des ciels pollués chinois. En 2015, Yann Mingard est en résidence à Londres et découvre dans la presse l'étude de Christos Zerefos, spécialiste des sciences atmosphériques à l'Académie d'Athènes, dans laquelle il démontre l'impact des éruptions du volcan Tambora, sur l'île de Sumbawa (Indonésie), qui eurent lieu en 1815, en identifiant les cendres et gaz volcaniques dans l'analyse picturale des paysages peints par Turner autour de 1816. "Le rapport entre les proportions de rouges et de verts dans les crépuscules peints par Turner correspond bien à la quantité d'aérosols volcaniques dans l'atmosphère." précise Yann Mingard (Regardez voir, Brigitte Patient, France Inter, 2 décembre 2018). La puissance des explosions du volcan fut telle qu'elle provoqua un refroidissement climatique mondial. L'année suivante fut surnommée "année sans été" y compris en Angleterre. Mingard découvre stupéfié, et nous avec lui, que l'on peut lire les traces organiques de la pollution du passé dans les peintures de Degas, Corot ou encore Constable. Appliquant à son projet les méthodes de la géologie, il considère alors les derniers siècles de l'histoire de l'art comme autant d'espaces de stratification des pollutions du passé dont les empreintes se lisent dans les paysages représentés en peinture. En agglomérant natures mortes et paysages tourmentés aux teintes sombres, documents et enregistrements provenant de sources diverses, Yann Mingard compose un essai visuel de l'état de la planète dont la précarité s'avère vertigineuse. Il use de l'allégorie pour révéler les inquiétudes du monde. Afin de répondre à la problématique des bouleversements de demain, l'écrit se fait aussi présent que l'image, invitant les visiteurs à en approfondir les enjeux à travers la lecture des textes spécifiquement conçus par l'artiste suisse Frédéric Moser qui accompagnent les huit chapitres d'un parcours jalonné d'œuvres légendées et accompagnées d'un glossaire afin de mieux les recontextualiser. 

Yann Mingard, Sans titre, chapitre “Evolution”, Un lion à crinière empaillé,vente aux enchères nommée « Evolution », Billingshurst, Grande-Bretagne, le 25 novembre 2015 © Yann Mingard /Courtesy Parrotta Contemporary Art Yann Mingard, Sans titre, chapitre “Evolution”, Un lion à crinière empaillé,vente aux enchères nommée « Evolution », Billingshurst, Grande-Bretagne, le 25 novembre 2015 © Yann Mingard /Courtesy Parrotta Contemporary Art

Ainsi, le chapitre "Crested Ice", qui ouvre le parcours dans la première salle, confronte le visiteur lecteur aux archives d'un accident d'avion tenu hautement secret jusque récemment. L’installation révèle en effet l'évitement miraculeux d'une catastrophe nucléaire qui s'est profilée en 1968 à Thulé, au Groenland lorsque un bombardier B-52 de l'armée américaine avec à son bord quatre bombes à hydrogène, s'écrase. Lors de l’impact, l’une d’entre elles disparaît. Le gouvernement étasunien déploie alors des efforts considérables pour maintenir l'information sécrète le temps de recherches qui s'avéreront vaines, l’ogive nucléaire reste introuvable encore aujourd’hui, enfouie quelque part sous les glaces. En confrontant documents et création, Mingard donne à voir une allégorie de la démesure des hommes et de leur négligence que le réchauffement climatique viendrait révéler en dévoilant, par exemple, tout un arsenal de guerre perdu au cours de l’Histoire. Dans ce cas précis, anticiper la reprise de ces machines de destruction apparaît comme un enjeu fondamental. Le parcours se poursuit ainsi à travers six autres récits allégoriques découpés en autant de chapitres. Le réchauffement actuel a pour conséquence d'accélérer la fonte des glaciers qui contiennent la mémoire climatique de notre passé. L'étude d'une carotte glacière délivre, par exemple, des informations sur la pollution de l'air depuis la période préindustrielle. Avec l'évaporation programmée des glaciers, c'est l'histoire atmosphérique qui disparait. Si la réponse apportée dans le chapitre "Pray" parait farfelue ou du moins assurément anachronique, la problématique énumérée est symptomatique de l'urgence contemporaine. Chaque année, au jour de la Saint-Ignace, les habitants de Feisch, petit village valaisan situé au pied des sommets de Jugfrau-Aletsch-Bietschhorn, cœur de glace de l'Europe, récitent une prière singulière. Trois siècles après avoir obtenu la bénédiction de leur prière par le pape Innocent XI (1678) afin de stopper l'avancée du glacier, les édiles du bourg ont adressé en 2009 une missive au pape Benoit XVI afin qu'il renouvèle la bénédiction mais de manière inversée, s'alarmant maintenant de sa disparition. Loin de l'éclat à la blancheur immaculée que donne à voir le peintre romantique allemand Caspar David Friedrich dans sa célèbre toile "Le voyageur contemplant une mer de nuages" (1818, Kunsthalle, Hambourg), les photographies de Yann Mingard affichent au premier plan les crevasses du trésor national helvétique, tandis que se devine tout au fond une coulée grisâtre qui ressemble moins à de la glace qu'à de la boue. "Notre emblème national a reculé de 300 mètres, les parois ne tiennent plus à cause du réchauffement climatique. Cette crevasse est apparue devant nous. Tout d’un coup cela a fait "craaac". C’est une image politique, anti-kitsch touristique" affirme le photographe. Si aucun changement n'intervenait dans les émissions de gaz à effet de serre, les Alpes devraient perdre 80% de leurs glaciers. Plus loin, sont évoquées les ventes aux enchères d'animaux empaillés en voie de disparition ou de squelettes préhistoriques, dernier caprice des milliardaires dont le cynisme acte de l'agonie de la biodiversité.

Yann Mingard, Sans titre, chapitre “Great Aletsch Glacier”, Great Aletsch Glacier, Moosfluh, Suisse, 2017 © Yann Mingard /Courtesy Parrotta Contemporary Art Yann Mingard, Sans titre, chapitre “Great Aletsch Glacier”, Great Aletsch Glacier, Moosfluh, Suisse, 2017 © Yann Mingard /Courtesy Parrotta Contemporary Art

Le temps des hommes, le temps du monde

Yann Mingard compose, entre 2015 et 2018, ce subtil manifeste qui, du point de vue formel, porte une attention particulière au rapport au temps. S’il nous semble long, c’est que nos instruments de mesure sont fait à notre échelle. Il se révèle infiniment court lorsqu’il est rapporté à l'échelle de la planète. L'ère de l'anthropocène est aussi appelée la "grande accélération". Le photographe joue avec la vitesse, les couches de sédiments, l'abstraction pour donner cette sensation de vertige qui traduit l'angoisse, la peur et l'incertitude qui se saisissent des humains. Yann Mingard joue avec la mise en place d'une esthétique pour retranscrire cet état de sidération. « Ces deux cents dernières années laisseront sur terre des plastiques, du nucléaire, du béton, des pesticides et des os de poulet, la nourriture favorite de l’être humain : il y a aujourd’hui 51 milliards de poulets », rappelle-t-il. S'il y a dans cette œuvre beaucoup à lire – trop au goût de certains – et à entendre, l'image n'occupe jamais une place anecdotique. Les trois sources de connaissance apparaissent complémentaires plutôt qu'elles ne se parasitent, chacune participant à l'émergence d'un discours exigeant mais jamais abscons sur l'urgence de l'anthropocène. Yann Mingard invite les visiteurs  à s’en emparer par la lecture des textes qui accompagnent la monstration, sortant ces derniers d’une passivité spectatrice – désormais si convenue pour certains observateurs qui l'interprètent comme inéluctable – pour en faire les acteurs des récits qui composent cet inquiétant voyage. Si la plaidoirie est évidemment subjective, elle apparait éminemment sincère, reflet des inquiétudes de l'artiste qui tente de susciter une prise de conscience collective. L'état de pétrification dans lequel se trouve l'humanité face à un éventuel effondrement de la civilisation, dont la seule possibilité est si vertigineuse qu'elle confine à un état de déni total, implique ce brutal réveil. Cela explique sans doute ce sentiment d'infinie tristesse, de mélancolie intense qui parcourt l'ensemble de l'exposition. Il renvoie à la fragilité du monde face aux transformations humaines. Répondant à une démarche cérébrale et engagée, la proposition de Yann Mingard est une tentative de réponse à la sortie de l'impasse dans laquelle nous nous trouvons. En révélant notre état d'inertie, il nous met à l'épreuve du vertige, individuel et collectif, afin de rompre cette passivité induite par notre dénégation et ainsi faire face à nos responsabilités. Face à la première révolution planétaire que l'être humain doit désormais mener, la paralysie des peuples conduit certains scientifiques à envisager le pire. Une "panique climatique" s'empare des humains à mesure qu'une "extinction maitrisée" apparait de plus en plus probable. Dans ses propos, reproduits en ouverture de l'article, Yann Mingard cite Bruno Latour lorsqu'il évoque "une sorte de monstre que nous avons créé", se demandant "s’il vaut mieux l’abandonner ou l’adopter". Dans le texte introductif qui accompagne le visiteur, l'anthropologue et commissaire d'exposition allemand Lars Willumeit prolonge l'interrogation de Latour : "Peut-on apprendre à aimer les monstres que nous avons créés et prendre soin d'eux ?" 

Yann Mingard, Sans titre, chapitre “ Evolution”, Coffret d’encadrement de “ Coq-de-roche péruvien” de Rowland Ward, Vente aux enchères “Evolution”, Billingshurst, Grande-Bretagne, le 25 novembre 2015 © Yann Mingard /Courtesy Parrotta Contemporary Art Yann Mingard, Sans titre, chapitre “ Evolution”, Coffret d’encadrement de “ Coq-de-roche péruvien” de Rowland Ward, Vente aux enchères “Evolution”, Billingshurst, Grande-Bretagne, le 25 novembre 2015 © Yann Mingard /Courtesy Parrotta Contemporary Art

Yann Mingard"Tant de choses planent dans l'air, d'où notre vertige"

Du mardi au dimanche, de 11h à 18h - Jusqu'au 25 août 2019.

Musée de l'Elysée
18, avenue de l'Elysée
CH - 1006 LAUSANNE

Du 6 septembre au 18 octobre 2019 

Parrotta contemporary art
Brüsseler Strasse 21
D - 50674 COLOGNE

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