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Billet de blog 25 sept. 2021

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Le cabaret des épuisées

Grosse fatigue sur la piste de danse. Les reines de la nuit, qui incarnent chaque soir l’instant extraordinaire dans la vie quotidienne des spectateurs, sont au bord de l'épuisement. « My body is a cage », fantaisie musicale pour cinq comédiennes de Ludmilla Dabo, célèbre la fatigue des corps en convoquant un univers de fête et envisage la fragilité autrement qu’une défaillance.

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My body is a cage © Jérémy Levy

Un morceau électro accueille le spectateur dès son entrée en salle. Côté cour, une table de mixage sert d’espace de travail à une DJ qui, casque sur une oreille, cale les mouvements de son corps sur le tempo de la musique. Les reste du plateau est vide, figurant une piste de danse idéale, celle d’un cabaret, sur laquelle apparait bientôt Ludmilla Dabo en maitresse de cérémonie. Perruque blonde seventies, faux-cils, paillettes, maquillage un peu trop exubérant, la meneuse de revue aux faux airs de drag-queen est au bord de la crise de nerf. Flanquée de trois danseuses, elles aussi au bout du rouleau, elle invite à l’évocation de « nos états communs », non pas ceux joyeux, festifs mais plutôt les autres, ceux fébriles des jours sans. Le moment extraordinaire dans la vie des spectateurs est le quotidien de ces actrices qui, à ce moment précis, n’ont qu’une envie, être chez elles en culotte affalées dans le canapé, « parce que là, putain c’est dur !!! » lâchera Alvie, victime d’un gros coup de fatigue comme les autres. « C’est tout de même crevant une journée, non ? Vous ne trouvez pas ? » interroge Ludmilla en la comparant à une course de circuit automobile qui se renouvèle presque quotidiennement jusqu’à la fin.

 De strass et de stress

« My body is a cage » s’intéresse à la fatigue et à ses diverses incarnations. Le projet est né de l’envie de Ludmilla Dabo de discuter d’un état commun à tous dont on ne parle jamais, de cette vulnérabilité qui aussitôt dévoilée, provoque l’embarras chez l’autre. Elle a ainsi cherché « à écrire des sons, des corps, des langages, qui permettraient à nos fatigues de s’exprimer et se libérer du silence ». Elle s’entoure de comédiennes qu’elle connait, avec qui elle a déjà travaillé, partagé une histoire : Anne Agbadou Masson et Alvie Bitemo, qu’elle rencontre sur le spectacle « Afropéennes » (2013) d’Eva Doumbia qui met en scène des femmes noires parisiennes ; Malgorzata Kasprzycka, rencontrée en 2007 sur « L’épopée de Gilgamesh »créé par Dabo ; Aleksandra Plavsic qui n’est pas comédienne mais ingénieure du son, rencontrée sur « Le système Ribadier » (2012) mis en scène par Jean-Philippe Vidal et qui est aux platines ici. Elles ont pour trait commun cette capacité de caméléon musical.

 « Je n'ai pas vraiment choisi de faire ce projet, j'avais pas le choix... ». Lorsqu’Alvie chuchote ses états d’âme, elle provoque un tollé parmi les autres actrices. Elle évoque ici la précarité d’un métier qui, dans l’imaginaire collectif, est trop souvent synonyme de réussite et d’argent facile, de glamour et de caprices aussi. Aucune proposition, Alvie n’a pas passé une audition en dix mois. Ce projet lui permet de sauver son intermittence. « On n’est pas là pour s’aimer (…) C’est un boulot comme un autre » conclut Anne, ramenant ainsi sur terre un métier qui nourrit les fantasmes.

Elles tenteront de conjurer la fatigue à l’aide d’incantations, entameront, perruques en pétard, une chorégraphie de l’épuisement avec pour partenaire une chaise qui sera aussi leur lieu de repos. La crise d’épuisement se fait métaphysique lorsqu’elle conduit à la sempiternelle question : « Être ou ne pas être ».

My body is a cage © Jérémy Levy

« Fatigue Circus »

« J’ai à cœur d’offrir une dimension festive faite de sérieux, de sincérité́, de folie et de dérision à la bizarrerie artistique que peut représenter un spectacle consacré au thème de la fatigue » annonce Ludmilla Dabo dans la note d’intention du spectacle. Chaque scène est construite comme un numéro qui emprunte au cabaret, à la comédie musicale, au concert, au théâtre. « My body is a cage » s’envisage comme un spectacle total, à la fois parlé, chanté, dansé et ponctué d’échanges avec le public sur le thème de la fatigue. Ludmilla Dabo invite à regarder et écouter les personnages en observant ce qu’ils incarnent de sublime et de monstrueux à la fois. « Je veux créer une sorte de « Fatigue Circus » et ainsi évoquer un monde onirique où les femmes sont prêtes à tout vendre pour être libres et apaisées, peuvent faire un burnout en plein concert, peuvent proclamer un discours qui exige de l’État le respect de la fatigue ou décider de consacrer le reste de leur vie à rester au lit » déclare-t-elle encore. Chacun des numéros est compris comme le fragment d’une histoire. Mis bout à bout, ils permettent de traverser ce thème singulier de la fatigue.

Le plateau dépouillé, presque nu, le cabaret en tant que lieu s’incarne dans les jeux de lumière et les accessoires qu’utilisent les comédiennes tels les perruques, boas, plumes. Lieu de débauche et d’excès, il invite à panser des maux en les invoquant plutôt qu’en les niant.

À la fin du spectacle, les costumes flamboyants du cabaret sont remplacés par des chemises de nuit aussi simples que confortables. Les plus beaux atours, symboles de fête, sont aussi des faux-semblants, des illusions, des leurres. Dans ce cabaret imaginaire, la diversité des origines des performeuses est mise en jeu par la musique. Ainsi, aux chansons de cabaret et au son électro se mêlent des mélopées polonaises, camerounaises et congolaises. « Cela me tient à cœur, toujours dans cette idée de rassemblement mais aussi dans une quête d’universalité́, nécessaire selon moi dans la reconnaissance de nos fragilités humaines communes » précise Dabo.  

Sur scène, les cinq interprètes racontent « ce que la vie nous coûte de fatigue et d’épuisement » à l’aide de rêves, d’incantations, de proclamations, pour mieux éloigner la fatigue. En instaurant un dialogue entre la salle et le public, Ludmilla Dabo souhaite engager  une thérapie collective d’un soir. Cette mise à nu scénique est l’un des engagements de la compagnie Volcano Song, créée par Ludmila Dabo et Malgorzata Kasprzycka : « Le plateau est pour nous un lieu d’enlèvement des masques, un lieu de processus alchimique où nous donnons la place à ce qui est fragile, timide, honteux, terrifiant, autre, pour le transformer en force, en fierté́, en fantaisie sans limites ». Elles finiront par déposer les perruques. « Être traversée par ses humeurs H24 est un combat » avoue Ludmilla. « Chacun porte son sceau de larmes », les actrices sont des femmes comme les autres.

My body is a cage © Jérémy Levy

MY BODY IS A CAGE - Texte et mise en scène Ludmilla Dabo, collaboration artistique Catherine Hirsch, assistante à la mise en scène Jezabel d'Alexis, chorégraphie Mai Ishiwata, création lumière Kevin Briard, création son Aleksandra Plavsic, avec Anne AGBADOU MASSON, Alvie BITEMO, Ludmilla DABO, Malgorzata (Gosia) KASPRZYCKA, Aleksandra PLAVSIC, Noémi WAYSFELD, production : Cie Volcano Song accompagnée par le Bureau des filles, coproduction : Comédie de Caen.

du 10 septembre au 3 octobre à 20h30, le dimanche à 16h30.

Théâtre de la Tempête
La Cartoucherie - Route du Champ de manoeuvre
75012 Paris

Du 13 au 16 octobre à 20h au Théâtre de La Croix Rousse à Lyon

Du 9 au 12 novembre à 20h à la Comédie de Caen

Du 4 au 5 février 2022 à 21h au Théâtre de Villefranche

Le 8 mars à 20h30 au Théâtre Molière Sète

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