Bonjour Monsieur Hodler

Au Musée Courbet d'Ornans, l'exposition « Courbet / Hodler : une rencontre » vient clôturer une année ponctuée par les célébrations du bicentenaire de la naissance du peintre franc-comtois. Un face-à-face entre deux générations de peintres qui se succèdent, illustrant les mutations esthétiques de l'histoire de l'art européen dans la seconde moitié du XIXème siècle.

Gustave Courbet, Autoportrait, vers 1850, huile sur toile, Besançon, Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie © Besançon, Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie ) Photographie P. Guenat Gustave Courbet, Autoportrait, vers 1850, huile sur toile, Besançon, Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie © Besançon, Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie ) Photographie P. Guenat

2019 aura été, pour la petite ville d'Ornans dans le Doubs, une année faste marquée par le bicentenaire de la naissance de son héros, Gustave Courbet (1819 - 1877). Le musée qui porte son nom occupe une place centrale dans les manifestations qui lui sont dédiées, ouvrant les festivités le 15 février dernier avec l'exposition « Courbet dessinateur » avant d'accueillir le peintre Yan Pei-Ming en résidence pour un face-à-face à l'épreuve du temps. L'exposition « Courbet / Hodler : une rencontre », élaborée en étroite collaboration avec les Archives Jura Brüschweiler à Genève[1], vient clore cette année anniversaire en profitant d’un moment idéal pour mettre en perspective leurs œuvres respectives, le bicentenaire de la naissance de Courbet succédant au centenaire de la mort de Ferdinand Hodler l'année précédente. Les deux hommes ont consacré leur vie à la peinture. Courbet s'exile en Suisse en 1873[2], après avoir été condamné à faire reconstruire à ses frais la colonne Vendôme dont il est accusé d'avoir incité à la destruction, dans le contexte de la Commune, deux ans plus tôt. Malade, très affecté par ce jugement qui entraine la confiscation de l'ensemble de ses biens, il décède quatre ans plus tard, le 31 décembre 1877[3]. En 1873, Ferdinand Hodler (1853 - 1918) a vingt ans, il est installé à Genève depuis deux ans. Orphelin et sans argent, il rêve de peinture. Durant cinq ans, les deux artistes partagent la même région, fréquentent les mêmes cercles d'amis autour du peintre Barthélémy Menn[4] (1815 - 1893), ancien élève d'Ingres à Paris et maitre de Ferdinand Hodler à l’Ecole de dessin de Genève. Ils se sont forcément croisés, sous doute au domicile de la famille Baud-Bovy avec qui ils partagent le même esprit républicain. Celle-ci applique les préceptes de Fourier et est un éminent soutien pour les réfugiés de la Commune[5]. Rien cependant n’est venu confirmer une rencontre éventuelle, aucun écrit n’en conserve la trace.

Ferdinand Hodler (Berne, 14.03.1853 - Genève, 19.05.1918), "Autoportrait dit parisien" 189,1 Haut 28.8, larg 22.8, Huile sur panneau, Musée d'art et d'histoire, Genève. Dépôt de la Fondation Gottfried Keller, Berne N° d'inventaire : 1914-0027 © MAH, Genève, photo: Bettina Jacot-Descombes Ferdinand Hodler (Berne, 14.03.1853 - Genève, 19.05.1918), "Autoportrait dit parisien" 189,1 Haut 28.8, larg 22.8, Huile sur panneau, Musée d'art et d'histoire, Genève. Dépôt de la Fondation Gottfried Keller, Berne N° d'inventaire : 1914-0027 © MAH, Genève, photo: Bettina Jacot-Descombes
L’exposition met l’accent sur ce qui réunit les deux hommes avant de comparer leur production artistique. Courbet et Hodler ont en commun le rejet de l’académisme. Ils travaillent tous deux de manière sérielle, s’intéressent aux mêmes artistes, semblent partager les mêmes intérêts artistiques. Comme Gustave Courbet dix-huit ans auparavant, Ferdinand Hodler séjourne durant huit mois à Madrid en 1878 « A contre-courant, Hodler avait décidé, alors que Paris était le centre obligé de la modernité, de venir au Prado plutôt qu'au Louvre parfaire son éducation artistique auprès des grands maîtres du Siècle d'Or et des peintres flamands qu'il connaissait peu[6]. » Ses premières peintures sont fortement marquées par l’œuvre de Courbet dont il a forcément vu des tableaux, les deux hommes participant au moins à cinq reprises aux mêmes expositions collectives. La Suisse n’a pas de Salon officiel comme à Paris mais une manifestation annuelle itinérante correspondant mieux à l’esprit confédéraliste, surnommée le Turnus[7], organisée par la Société suisse des beaux-arts. La presse contemporaine voit en Hodler un adepte de Courbet : « L'un des plus ardents partisans de Courbet, c'est Hodler, à Genève. » peut-on lire dans un article de Der Bund en date du 11 juillet 1878, qui précise que: « Ce jeune homme a un talent prometteur. » Plus tard, Hodler s’affranchira de cette influence et jouera un rôle fondamental dans l’émergence des avant-gardes du XXème siècle en érigeant en doctrine sa théorie du parallélisme[8], principe de composition construit autour de la répétition et la symétrie des formes et des couleurs, qui lui vaudra l’admiration de Klimt et de Kandinsky, entre autres.

Ferdinand  Hodler, le petit arbre (détail), huile sur toile, 1915, collection privée / Gustave Courbet, Le chêne à Flagey" (détail), huile sur toile, 1864, Ornans, Musée Courbet © Genève, Archives Jura Brüschweiler, Photo: Pierre Montavon  / Ornans, Musée Gustave Courbet, photo : Pierre Guenat Ferdinand Hodler, le petit arbre (détail), huile sur toile, 1915, collection privée / Gustave Courbet, Le chêne à Flagey" (détail), huile sur toile, 1864, Ornans, Musée Courbet © Genève, Archives Jura Brüschweiler, Photo: Pierre Montavon / Ornans, Musée Gustave Courbet, photo : Pierre Guenat
Ils ont également en partage l’audace et l’ambition nécessaires pour assurer leur autopromotion. Lors du Salon de 1855, le jury refuse, en raison de sa taille de peinture d’histoire (plus de 4 m x 6m), « L’Atelier du peintre » sous-titré « Allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique et morale », c’est le tableau-manifeste[9] de Gustave Courbet dans lequel il revendique ses choix artistiques et politiques. Le peintre fait alors ériger à ses frais son propre espace de monstration, qu’il nomme pavillon du réalisme et dont l’entrée est payante. De la même manière, « La nuit » (1889-90, Kunstmusem, Berne), tableau autobiographique aux dimensions de la peinture d'histoire dans lequel Ferdinand Hodler fait le bilan d'une période de sa vie, est retiré, à la demande du conseil municipal de Genève, de l’exposition annuelle de 1891 avant même son inauguration : il est jugé obscène en raison du réalisme des nus et des expressions alanguies des corps[10]. Ferdinand Hodler organise alors une exposition privée payante dans un bâtiment à proximité. Devant le scandale suscité, il décide de répéter chaque année l’opération.

Deux autoportraits ouvrent l'exposition. Courbet et Holder ont beaucoup usé de cette pratique à valeur autobiographique. Ils sont des instantanés introspectifs témoignant de la période de leur vie à laquelle ils ont été exécutés. Chez Courbet comme chez Hodler, le regard est très important. Les deux hommes ont un esprit pacifiste, égalitaire et confraternel et la même passion pour la nature Les arbres peuvent être vus comme des autoportraits indirects, à l’instar du « chêne à Flagey » de Gustave Courbet, figuré centenaire et majestueux, ou le « petit arbre » de 1915, au tronc fin et élancé, de Ferdinand Hodler.

« Les femmes et les roses »

Ferdinand Hodler, "Femme joyeuse", 1912, huile sur toile, 174 x 120 cm, Vevey, Musée Jenish, donation Rudolf Schindler © Vevey, Musée Jenish Ferdinand Hodler, "Femme joyeuse", 1912, huile sur toile, 174 x 120 cm, Vevey, Musée Jenish, donation Rudolf Schindler © Vevey, Musée Jenish
Courbet et Hodler sont profondément inspirés par le corps féminin. L’exposition confronte deux nus personnifiant la Source dans lesquels les deux artistes prennent beaucoup de distance avec la représentation classique de cette figure allégorique. Hodler prend ses maitresses pour modèles. Chez Courbet, le corps est intime et lié à la nature dans laquelle il se fond : il est éminemment sensuel, tandis que chez Hodler, le corps est symbolique. L’eau, attribut naturel de la Source, a même totalement disparu ici. La jeune femme est figurée debout fixant le regardeur. Ses mains ramenées sur sa poitrine, la couvrent. Elle est la Source, littéralement la matrice. Son environnement est pensé non comme un paysage mais plutôt comme un décor scénique à sa mesure. Elle est figurée calme, statique, empreinte de sérénité. Dans la même salle, la « femme joyeuse » (1912, Musée Jenish, Vevey, tableau inachevé), à la gestuelle exprimant  son état d’âme, ici la joie, est vêtue d’une robe rouge qui souligne son corps. Elle paraît animée d’un mouvement de danse, caractéristique de la plupart des personnages allégoriques d’Hodler. Elle est présentée en regard de la « Femme à la guirlande » (1856, collection privée) de Courbet, œuvre dans laquelle femme et fleurs, symboles de fertilité, sont intimement liées. Le tableau représente une jeune femme assise dans une pose alanguie, les yeux mi-clos, dans un paysage vallonné. Elle tient de sa main droite une guirlande de fleurs. Présentée comme une toile de Gustave Courbet authentique, « Femme nue couchée au bord de l’eau » (vers 1868) dont c’est la première exposition, est allongée près d’un cours d’eau dans lequel elle trempe le bout de ses doigts.  Il aurait été intéressant de la confronter à une œuvre d’Hodler. Là où Courbet regarde du côté de Rubens et Titien pour peindre une beauté féminine à travers un canon classique de la représentation, le teint pale, parfois verdâtre des chairs chez Hodler annonce déjà les peintures expressionnistes du Viennois Egon Schiele.

Vue de l'exposition "Courbet / Hodler. Une rencontre", Musée Courbet, Ornans, 2019 © SP/France3BFC Vue de l'exposition "Courbet / Hodler. Une rencontre", Musée Courbet, Ornans, 2019 © SP/France3BFC

Peindre la neige,  saisir la nature

Gustave Courbet, "Paysage de neige", 1866, huile sur toile, 46,5 x 55;5 cm, Collection Johann Naldi, Paris. © Collection Johann Naldi Gustave Courbet, "Paysage de neige", 1866, huile sur toile, 46,5 x 55;5 cm, Collection Johann Naldi, Paris. © Collection Johann Naldi
Sur le mur de la salle intitulée « Exprimer la nature », il y a cette phrase de Gustave Courbet : "Je n'ai jamais eu d'autre maitre que la nature et mon sentiment" Les peintures de paysage représentent deux tiers de la production picturale de Courbet, un tiers de celle d’Hodler pour qui la splendeur de la nature reste la source première d’inspiration, y voyant un certain ordre symétrique qui l’amènera vers l’abstraction en théorisant son principe de parallélisme. Leur rapport respectif à la nature permet de suivre les changements qui s’opèrent dans la peinture au cours du XIXème siècle, jusqu’aux débuts de l’abstraction, autour de 1910. Courbet peint la matérialité du paysage, prenant soin d’écarter tout effet qui pourrait l’entrainer vers le romantisme. En 1875, Ferdinand Hodler remporte le premier prix du concours Calame avec « Le Nant du Frontenex » (Kusntmuseum Berne), tableau très proche de l’esprit de Courbet. L’œuvre participe au Turnus avec deux toiles du peintre français. Leur intérêt particulier pour la géologie est illustré par deux représentations de falaise, paroi rocheuse composée. Chez Hodler, c’est la couleur qui, appliquée par couches successives, crée la falaise. Le Suisse sera l’invité d’honneur de la Sécession viennoise en 1904. Il exposera 31 tableaux dans leur célèbre pavillon. Courbet et Hodler ont aussi en commun de portraiturer les animaux. Ils produisent chacun un ensemble pictural. Courbet s’identifie aux animaux qu’il peint. L’influence des maîtres flamands et hollandais du XVIIème siècle y est manifeste. « Le veau » (1872-73, Musée Courbet, Ornans) fait face à « La vache dans la prairie » (v. 1887, collection privée) de Hodler qui s’intéresse aussi aux bovidés qu’il représente sur une vingtaine de toiles.  Enfin, les paysages de neige révèlent la virtuosité des deux artistes. Courbet travaille toujours la toile sur un fond noir. Le « paysage de neige » (1886, Collection Johann Naldi, Paris) permet de saisir la façon dont il traite la matière picturale, transformant la couleur en neige. Avec le « Mettenberg » (1912, Kunstmusem, Saint-Gall), Hodler réussit à rendre l’atmosphère brumeuse de la montagne enneigée. Courbet ne rechigne pas à la pénibilité pour trouver le lieu idéal, tandis qu’Hodler privilégie son confort. Toutes ses œuvres ont été réalisées à partir d’un point de vue très facilement accessible, presque en bordure de route.

Ferdinand Hodler, "Le Mettenberg", 1912, huile sur toile, Saint-Gall, Kunstmuseum © Saint-Gall, Kunstmuseum Ferdinand Hodler, "Le Mettenberg", 1912, huile sur toile, Saint-Gall, Kunstmuseum © Saint-Gall, Kunstmuseum

« Mettre l’art au service de l‘homme »

Gustave Courbet Le Chemineau Vers 1845, huile sur toile Dole, Musée des Beaux-Arts © Musée des Beaux-Arts de Dole, cl. Jean-Loup Mathieu Gustave Courbet Le Chemineau Vers 1845, huile sur toile Dole, Musée des Beaux-Arts © Musée des Beaux-Arts de Dole, cl. Jean-Loup Mathieu
L’engagement politique et social des deux artistes aurait du être l'un des points les plus intéressants de cette rencontre. Si tous les deux s’attachent à peindre le peuple, à représenter les travailleurs, leur approche diffère. « (…) en 48, j’arborai le réalisme dans les arts qui reniait l’idéal faux et conventionnel pour le mettre au service de l’homme seulement », écrit Gustave Courbet. « C’est pour cela que j’ai lutté contre toutes les formes de gouvernements autoritaires et de droit divin, pour arriver à ce que l’homme se gouverne lui-même dans ses besoins, à son profit direct, selon sa conception propre[11]. On regrette que cette section importante soit expédiée en deux tableaux : « Le chemineau[12] »(vers 1845, Musée des Beaux-arts de Dole) s’oppose ainsi à « L’ouvrier philosophe » (1884, Musée d’art et d’histoire de Genève) de Hodler. Au réalisme cru du premier, figuré dans une monumentalité qui occupe tout le premier plan, répond le réalisme très hodlerien du second, c’est à dire un réalisme symbolique. On y voit un menuisier emporté par ses pensées. Dans une autre version, plus large (non exposée), il est en train de construire le cercueil d’un enfant. « Le chemineau » s’inscrit dans une dimension fondamentale de la démarche de Courbet : ce dernier veut que sa peinture soit représentative du monde contemporain, y compris des plus modestes. Entre 1843 et 1849, il peint un ensemble de toiles qui compose la série du « Grand chemin » à laquelle le tableau de Dole est à rattacher. L’artiste y rend hommage à ceux qui jusque là étaient interdits de représentation, jugés indignes de figurer sur une oeuvre. Le format monumental, réservé à la peinture d’histoire, est employé à la représentation de casseurs de pierres, paysans, cribleuse de blé… De même, lorsque en 1910 la Banque nationale suisse demande à Hodler d’illustrer les billets de 50 et 100 francs suisse, il choisit les effigies d’un bucheron et d’un faucheur[13].

Ferdinand Hodler, "L'ouvrier philosophe", 1884, huile sur toile, 72,2 x 51,6 cm, Genève, Musée d'art et d'histoire © MAH, Genève Ferdinand Hodler, "L'ouvrier philosophe", 1884, huile sur toile, 72,2 x 51,6 cm, Genève, Musée d'art et d'histoire © MAH, Genève

Autour du Léman

Vue de l'exposition "Courbet / Hodler. Une rencontre", Musée Courbet, Ornans, 2019 © Guillaume Lasserre Vue de l'exposition "Courbet / Hodler. Une rencontre", Musée Courbet, Ornans, 2019 © Guillaume Lasserre
En 1876, Ferdinand Hodler peint « Un beau soir au bord du Léman » (Kunstmuseum, Saint-Gall). Ce coucher de soleil lacustre marque ses débuts sur la scène publique de Genève. Dans la même salle, « Le Léman et le Mont-Blanc à l’aube » est peint depuis son appartement du quai du Mont-Blanc, à la fin de sa vie. Il gomme les maisons et les figures du quartier des Pâquis pour composer l’un de ses paysages planétaires, paysages dont il veut restituer la dimension cosmique. Le style est proche de l’expressionisme. A la surface du lac, qu’il fait vibrer en donnant des coups de pinceau très rapides, la lumière se reflète dans un vert lumineux. Cette ligne d’horizon se confond avec la surface de la toile et annonce l’abstraction à venir en peinture. Entre ces deux œuvres, il peint le Léman plus de cent dix fois, ce qui en fait l’un des motifs majeurs de sa peinture de paysage. Il est émerveillé par le lac et son environnement[14]. L’eau, les montagnes, le ciel, lui offrent des possibilités picturales immenses. Les paysages planétaires d’Hodler forment un ensemble d’une vingtaine de toiles dans lesquelles il pousse très loin l’abstraction picturale. Deux peintures représentant le château de Chillon vu depuis Montreux, témoignent de l’attrait de Courbet pour le lieu dont on connaît une vingtaine de vues. Si la vue est magnifique, Courbet n’oublie pas non plus que le marché touristique de la région est avide en vues du lac et il sait parfaitement séduire les touristes en voyage. La version du Musée d’Ornans est sans contexte le plus belle.

Gustave Courbet, "Le Château de Chillon", 1874, huile sur toile, Ornans, musée Gustave Courbet © Ornans, Musée Gustave Courbet, photo : Pierre Guenat Gustave Courbet, "Le Château de Chillon", 1874, huile sur toile, Ornans, musée Gustave Courbet © Ornans, Musée Gustave Courbet, photo : Pierre Guenat
Artistes majeurs pour leur pays respectif, caractères autonomes, Gustave Courbet et Ferdinand Hodler exposent en indépendants, sont d'habiles communicants, partagent le même orgueil, la même ambition, le goût du scandale. Si l’exposition persuade de l’intérêt de cette mise en regard, elle laisse cependant sur sa faim. Trop peu d’œuvres présentées esquissent tout juste l’exposition que l’on voudrait voir. Heureusement, le catalogue remarquable permet d’étoffer considérablement les liens entre les deux hommes et leur œuvre. Finalement, l’influence du réalisme de Courbet n’aura été manifeste dans la peinture de Ferdinand Hodler qu’au tout début de sa carrière. Il s’en éloigne irrémédiablement dès les années 1880 avec la mise en place de sa théorie du parallélisme qui va le conduire au seuil de l’abstraction. A eux deux, Gustave Courbet, né en 1819, et Ferdinand Hodler, mort en 1918, embrassent un siècle de création artistique, du romantisme aux avant-gardes, jusqu’au début de l’abstraction. C’est sans doute cela que l’exposition donne à voir, plus qu’une rencontre, une traversée.

Ferdinand Hodler, "Le Léman et le Mont-Blanc à l'aube", 1918, huile sur toile, 74,5 x 150 cm, Collection privée © Archives Jura Brüschweiler, Genève Ferdinand Hodler, "Le Léman et le Mont-Blanc à l'aube", 1918, huile sur toile, 74,5 x 150 cm, Collection privée © Archives Jura Brüschweiler, Genève

[1] Du nom de l’historien genevois Jura Brüschweiler qui, dès les années 50 et durant toute sa vie, s'attache à constituer le fonds Hodler.

[2] Voir à ce sujet le catalogue de l'exposition Gustave Courbet. Les années suisses, Co-édition Musées d’art et d’histoire de Genève et ArtLys, 272 pages, 24.5 x 30 cm, 2014.

[3] Courbet décède à La Tour-de-Peilz, commune du canton de Vaud, au sud de Vevey, sur les bords de lac Léman, où il est inhumé. En 1919, sa dépouille est rapatriée à Ornans pour être enterrée dans une tombe du cimetière communal, auprès de sa mère et de ses deux sœurs.

[4] Maurice Pianzola,  « Barthélémy Menn », [1998, 2016] in: SIKART Dictionnaire sur l'art en Suisse, http://www.sikart.ch/KuenstlerInnen.aspx?id=4022822&lng=fr Consulté le 24.12.2019.

[5] Voir à ce propos le catalogue de l’exposition Auguste Baud-Bovy, poète de la montagne, Silvana Editoriale – décembre 2014, coédité avec le musée Courbet (Ornans)

[6] Jura Brüschweiler dans le catalogue de l’exposition Ferdinand Hodler, Fondation La Caixa, Madrid, Palma, 2001-02, Barcelona : Fundació Caixa, 2001, 206 p. : ill. en noir et en coul. ; 30 cm. Cité dans Arlette Meister-Sennegon, « A Madrid, Hodler, Max Frisch et Pipilotti Rist passent pour des révolutionnaires », Le Temps,  30 octobre 2001.

[7] Niklaus Manuel Güdel, « Courbet et Hodler : le pari de l’indépendance » in Courbet / Hodler, une rencontre, Éditions Notari | Collection Hodleriana – Volume IV. Collection dirigée par N. M. Güdel, 2019, p. 48.

[8]  Voir le catalogue de l’exposition Hodler // Parallélisme,  Scheidegger & Spiess, Zurich, 2018 ; Musée Rath de Genève, du 20 avril au 19 août 2018, Kunstmusuem de Berne du 14 septembre 2018 au 13 janvier 2019. La manifestation présentait pour la première fois l’œuvre de Ferdinand Hodler à la lumière de sa théorie : « L’artiste entendait par là un ordre qui gouverne la nature, et même le monde entier, et qui se traduit par des répétitions, des symétries et des rythmes. Il considérait qu’il était de son devoir, en tant qu’artiste, de rendre compte de ce principe fondamental dans ses œuvres. »

[9] Sur l’interprétation du tableau, voir Noël Barbe. « L’Atelier de Courbet. Une énonciation du travail du peintre. Le travail en représentations », dans P. Marcilloux (dir.), Le travail en représentations. Paris, 2005, Éditions du Comité des Travaux historiques et scientifiques, pp. 495-514.

[10] Voir Jura Bruschweiler "La nuit de Ferdinand Hodler: sources d'inspiration et éléments d'interprétation,"  dans Serge Lemoine, Syvie Patry. (dir.), Ferdinand Hodler: 1853-1918, Editions Musée d’Orsay, RMN, Paris, 2007.

[11] Cité dans Valérie Bajou, Courbet, la vie à tout prix, Cohen  & Cohen, 400 illustrations, 640 pp.

[12] Ce terme signifiait, au XIXème siècle, le cantonnier ou le vagabond. Par son sujet, le tableau peut être intégré à la série « Les grands chemins ».

[13] Voir le catalogue de l’exposition Courbet / Hodler, une rencontre, Éditions Notari | Collection Hodleriana – Volume IV. Collection dirigée par N. M. Güdel et réalisée en partenariat avec les Archives Jura Brüschweiler, 2019, pp. 134-137.

[14] Voir à ce propos, Diana Blome et Niklaus Manuel Güdel (dir.),, Ferdinand Hodler et le Léman. Chefs-d’œuvre de collections privées suisses, Hajte Canz Verlag,, relié, 23 x 28 cm, 208 pp., 157 illustrations en couleurs. Catalogue de l’exposition éponyme que s’est tenue au Musée d'art de Pully, du 15 mars au 3 juin 2018.

Gustave Courbet, "Le Chêne de Flagey", 1864, huile sur toile Ornans, Musée Gustave Courbet © Ornans, Musée Gustave Courbet, photo : Pierre Guenat Gustave Courbet, "Le Chêne de Flagey", 1864, huile sur toile Ornans, Musée Gustave Courbet © Ornans, Musée Gustave Courbet, photo : Pierre Guenat

"Courbet / Hodler : une rencontre". Commissariat général: Frédérique Thomas-Maurin, conservatrice en chef du Musée Courbet, avec a collaboration de Lonnie Baverel, chargée des projets muséaux au Musée Courbet. Commissariat scientifique: Niklaus Manuel Güdel, directeur des Archives Jura Brüschweiler et Diana Blome, collaboratrice scientifique des Archives Jura Brüschweiler

Jusqu'au 6 janvier 2020 - Du mercredi au lundi de 9h à 12h et de de 14h à 17h.

Musée Courbet 
1, place Robert Fernier 
25 290 ORNANS

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