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Billet de blog 28 févr. 2018

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Mohamed Bourouissa, souvenirs d'un jour de parade

L’exposition "Urban riders" présentée au Musée d'art moderne de la ville de Paris relate la rencontre de Mohamed Bourouissa avec des cavaliers afro-américains de Philadelphie, point de départ d'un récit qui aboutira à la réalisation du film "Horse Day". A travers ce conte à la fois poétique et analytique, l'artiste s'attache à déconstruire les mythes qui ancrent les stéréotypes dans nos sociétés.

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Mohamed Bourouissa, "Horse day", vidéo, 2014, Exposition "Urban riders" Musée d'art moderne de la ville de Paris, 2018 © Mohamed Bourouissa / Archies Kamel Mennour

En réunissant sous le titre "Urban riders" la quasi-totalité des pièces réalisées à l'occasion du projet de Mohamed Bouroussia avant, pendant et après sa résidence artistique menée aux Etats-Unis en 2014, le Musée d'art moderne de la ville de Paris propose au visiteur d'accéder au processus de création d'une œuvre qui marque un tournant dans la (jeune) carrière de l'artiste. L'exposition est construite selon un cheminement conduisant au film "Horse Day" qui, sous une forme hybride combinant le documentaire et la fiction, compose une fable dont les héros sont des cavaliers afro-américains se préparant à la parade équestre. Si le film ainsi que certaines pièces ont déjà fait l'objet de plusieurs présentations – la première en 2014 à la galerie Kamel Mennour à Paris puis, sous des formats différents, au Stedeljik Museum d'Amsterdam, à la Barnes Foundation de Philadelphie et à la Haus der Kunst de Munich – l'exhaustivité de la manifestation parisienne permet de mieux appréhender les intentions de l'artiste, notamment grâce à la présence de ses œuvres graphiques présentées ici pour la première fois. Du dessin préparatoire au storyboard, l'ensemble composé d'encres, de collages, d'aquarelles permet de comprendre les différentes étapes du projet tout en appréciant la diversité du langage plastique de l'artiste. L'exposition est traversée de part en part par les grands principes qui sont au cœur des préoccupations de l'artiste depuis ses premiers travaux. Qu'il s'agisse de l’observation de la société par ses marges, de la place qu'y occupe l'individu ou des pratiques collectives, ils sont omniprésents et en forment le leitmotiv.

 The Fletcher Street Urban Riding Club

Martha Camarillo, "Fletcher street 03", photographie couleur, 2006 © Martha Camarillo

C’est à travers les clichés de la photographe américaine Martha Camarillo, publiés dans un ouvrage intitulé "Fletcher Street" (Power House books, New York, 2006, 128 pages, 65 photographies couleurs) que Mohamed Bourouissa découvre les écuries associatives de la rue Fletcher. Cette révélation est à l'origine de la résidence artistique américaine entreprise en 2014, un an après celle menée à Toronto au Canada. Fondées par des cavaliers afro-américains, ces écuries se situent dans le quartier populaire de Strawberry Mansion au nord-ouest de Philadelphie et accueillent via leur programme d'éducation des jeunes adultes du quartier venus apprendre les rudiments de l'équitation tout en servant de refuge aux éventuels chevaux abandonnés. Fasciné par ces cavaliers noirs évoluant dans un milieu équestre qui, dans l'imaginaire collectif, semble réservé à la bourgeoisie blanche, l'artiste s’installe dans le quartier durant huit mois, construisant une relation d’échange et de confiance avec la communauté locale à laquelle il propose d'inventer un jour de fête, le jour du cheval, sorte de kermesse dont le point d'orgue est une parade équestre. Cet événement est à l'origine d'un récit imaginé collectivement avec les protagonistes, mêlant l’histoire de ce lieu unique, cette utopie urbaine que sont les écuries associatives à l'imaginaire mythique des cowboys et de la conquête de l'Ouest, moment fédérateur dans l’histoire des Etats-Unis. Le film « Horse Day » retrace l’organisation de cette journée spéciale à laquelle chaque membre de la communauté peut prendre part et, au-delà, rend compte de l’apprivoisement de l’artiste avec les habitants de ce quartier réputé difficile, de la rencontre de deux cultures, de deux mondes qui ont en commun de se situer à la marge de la société à laquelle ils sont rattachés.

Vue de l'exposition "Urban riders", Musée d'at moderne de la ville de Paris, 2018 © Mohamed Bourouissa / Archies Kamel Mennour

S'ils sont depuis longtemps habitués aux crépitements des flashs des appareils des touristes et autres photographes amateurs, les usagers de Fletcher street ont tout d'abord du mal à saisir la proposition de Mohamed Bourouissa. Cet artiste venu de Paris souhaite mener avec eux un projet centré sur les écuries associatives qui impliquerait l'ensemble du quartier au cœur duquel il souhaite séjourner afin, dit-il, de s'imprégner d'un lieu et de partager la vie locale des habitants. Les premiers échanges résument la situation: "Ce que vous proposez est étrange. Nous ne comprenons pas ce que vous voulais faire". Son anglais rudimentaire n'arrange rien, le marginalisant un peu plus dans le quartier, le revoyant à la désagréable sensation qu'il éprouve parfois en France lorsqu'il est réduit à ses origines algériennes. Pourtant, ce statut va s'avérer un atout et changer de manière positive sa relation avec les cavaliers du club hippique. Comme ils éprouvent eux-mêmes des difficultés à être acceptés par la communauté afro-américaine en raison de leur pratique équestre, ils vont reconnaitre Mohamed Bourouissa comme l'un des leurs. Cette résidence en quelque sorte forcée va permettre au projet collectif de se mettre en place. Lors de la parade, les cavaliers guideront les chevaux habillés ou plutôt "customisés" par des artistes locaux, à la manière des décorations qui personnalisent une voiture.  Cet art du "tuning" se prolonge dans l'exposition, où l'artiste a placé dans la dernière salle des installations composées de photographies imprimées directement sur des carrosseries automobiles. De ce "horse tuning", qui verra s'affronter les cavaliers dans des battles où le vainqueur, désigné par un jury local, emportera quelques dollars et le respect de tous, Mohamed Bourouissa propose de déplacer notre regard.

Cowboys afro-américains pour western expérimental 

Mohamed Bourouissa, "Horse day", vidéo, 2014, Exposition "Urban riders" Musée d'art moderne de la ville de Paris, 2018 © Mohamed Bourouissa / Archies Kamel Mennour

La figure traditionnelle du cowboy noir semble effacée de l'histoire américaine tant et si bien que lorsque qu'on en aperçoit une représentation, elle parait extraordinaire. C'est que l'histoire d'une nation est écrite par ceux qui la dirige. Dans l'imaginaire collectif, le cowboy est un homme blanc quelque peu bourru qui ressemble à John Wayne. Aux Etats-Unis, Hollywood a grandement contribué à l'ancrage d'un racisme latent en véhiculant des images très approximatives. Ainsi, dans "Django Enchaîned" de Quentin Tarantino, les usagers du saloon d'une petite ville à la frontière de Texas sont choqués par la présence d'un noir. S'il reflète le racisme ordinaire en vigueur au cours de la seconde du XIXè siècle, il laisse entendre en revanche qu'un cowboy noir est si rare que sa simple vue provoque l'effroi. Cette approche est exactement la même dans la série télévisée "Bonanza" et semble commune à la quasi totalité des westerns. Pourtant, la conquête de l'Ouest américain est peuplée de personnes venant de tous horizons, y compris des noirs, des mexicains et même des Indens d’Amérique  C'est précisément ce que montre l'exposition "Urban Riders" qui retrace toutes les étapes d'une aventure artistique collective dont le résultat final, "Horse Day", s'entend comme un western urbain  expérimental empruntant les codes classiques du genre pour mieux les déconstruire et révéler la grande diversité d'une culture équestre américaine que l'invention du mythe de la conquête de l'Ouest a voulu réduire à son élite blanche. L'exposition propose de repousser quelques stéréotypes à l'œuvre dans nos sociétés, qu'ils soient liés à la couleur de peau, aux origines ou encore à la langue. L'œuvre de Mohamed Bourouissa est une invitation à la déconstruction d'une peur de l'autre fantasmée par nos préjugés. En proposant une approche collective qui associe ceux qui, quotidiennement, font vivre le lieu, Mohamed Bourouissa tente de déjouer la double distance sociale et culturelle que porterait un regard extérieur. Pour la première exposition consacrée à son travail dans une institution française, il nous invite au partage. 

Mohamed Bourouissa, "Urban riders" - Jusqu’au au 22 avril 2018
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h, nocturne le jeudi jusqu'à 22h.

Musée d'art moderne de la ville de Paris
11, avenue du Président Wilson
75116 Paris

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