Beyrouth, la fureur de vivre

L'Institut des cultures d'Islam à Paris pose un nouveau regard contemporain sur Beyrouth. La "ville qui refuse de disparaitre" y apparait multiple, frénétique, fascinante. "C'est Beyrouth" rassemble les visions singulières de seize artistes qui façonnent un instantané inédit de la capitale libanaise où le spectre de la guerre nourrit la fureur de vivre. Captivant.

Vianney Le Caer,  Série "Les Bronzeurs", 2015-2016, Photographie, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Vianney Le Caer Vianney Le Caer, Série "Les Bronzeurs", 2015-2016, Photographie, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Vianney Le Caer

A l'Institut des cultures d'Islam à Paris, l'exposition "C'est Beyrouth" propose un voyage résolument contemporain au coeur d'une ville depuis toujours fascinante, une métropole obsessionnelle. Le commissaire franco-libanais de l’exposition, l’écrivain et photographe Sabyl Ghoussoub, connait bien cette sensation d'enivrement propre à la cité levantine qu'il a arpenté quotidiennement pendant dix ans. Né en France de parents libanais, il s'installe à Beyrouth à dix-neuf ans. De retour à Paris, il tente de rendre perceptible les sentiments vertigineux que suscitent la ville en réunissant les œuvres de seize artistes, libanais ou étrangers. Privilégiant la thématique de l'individu, il livre un portrait pluriel de la capitale libanaise et de ses habitants, où la religion, signe extérieur d'appartenance à une culture, est omniprésente, où les conditions de vie des réfugiés palestiniens et, plus récemment, syriens, se confondent avec celles des femmes de ménage venues d'Afrique ou d’Asie, où la communauté LGBT+ gagne petit à petit des espaces de liberté malgré les discriminations dont elle fait l'objet, rejoignant dans les artifices de la nuit beyrouthine les désenchantements d’une jeunesse libanaise qui peine à trouver sa place. Sabyl Ghoussoub donne la parole aux invisibles, à ceux que l'on n'entend pas, ceux qui sont repoussés aux marges d’une société où chacun se sent minoritaire face à l'autre. "C'est Beyrouth" prend pour point de départ le conflit israélo-libanais de 2006, une guerre qui dura trente-trois jours. L'année précédente, l'armée syrienne avait enfin quitté le Liban.

Entrevoir Beyrouth

Fouad Elkoury, On War And Love, 2019 Vidéo, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Fouad Elkoury Fouad Elkoury, On War And Love, 2019 Vidéo, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Fouad Elkoury

Beyrouth apparaît comme une ville aux multiples visages, ou plutôt des villes qui se superposent sans jamais se croiser. Des populations qui vivent les unes à côté des autres dans un pays qui se compose d'un tiers de chrétiens, un tiers de musulmans chiites et un tiers de musulmans sunnites. Autrement dit, chaque communauté se sent minoritaire et affirme ostentatoirement sa culture. L'exposition débute avec le bouleversant récit de Fouad Elkoury, "Of war and love", installation visuelle et sonore, journal intime d'une rupture amoureuse sur fond de guerre des trente-trois jours en 2006. Pour l'artiste, le front est double. La séparation d'avec sa compagne d'alors fait vivre la guerre sous l'aspect inédit du quotidien, à l’arrière-plan. C'est bien de cela qu'il s'agit à Beyrouth, la guerre à l’arrière-plan, comprise et acceptée comme une notion ordinaire, comme si elle était attendue dans une certaine forme de fatalité. Le spectre de la guerre condamne la ville à vivre dans l'urgence. Tout se fait dans l'inconscience de l'immanence du conflit

Vianney Le Caer,  Série "Les Bronzeurs", 2015-2016, Photographie, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Vianney Le Caer Vianney Le Caer, Série "Les Bronzeurs", 2015-2016, Photographie, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Vianney Le Caer

C'est sur la corniche de Beyrouth que le photo-journaliste français Vianney Le Caer (né en 1987, vit et travaille à Londres), venu au Liban pour documenter la crise humanitaire syrienne dans les camps de Sabra et Chatila, rencontre les "bronzeurs" qui donnent leur nom à la troublante série photographique qu'il réalise en 2015-16. Dans cet univers de corps masculins vêtus d'un simple maillot de bain, les femmes sont absentes. Ils sont une trentaine à se rassembler dès le matin autour d'Abu Khodor, le chef de la plage, jusqu'en début d'après-midi. Certains se baignent, d'autres bronzent, d'autres encore font de la musculation. Ils ont des profils variés: étudiants, coiffeur, agent immobilier... C'est en maillot que la plupart font leurs prières, ce qui constitue sans nul doute un cas unique dans les pays musulmans. Ce qui frappe sur ces photographies, c'est précisément le rapport au corps et à la nudité. Dans la même salle, répondant aux "bronzeurs", deux photographies de la série "policemen" (2007) de Ziad Antar documentant les forces de l'ordre à Beyrouth, questionnent les codes de virilité dans la société libanaise et leur inscription dans la mise en scène du pouvoir. Les portraits décontextualisés des policiers en accentuent les clichés, de la Harley Davidson à la chemise ouverte sur le torse et aux lunettes de soleil aux fameuses formes arrondies. Ils semblent des réminiscences de personnages machistes issus d'une série télévisée américaine des années 70.

Patrick Baz, série "Chrétiens du Liban", 2015-2016  Photographie, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Patrick Baz Patrick Baz, série "Chrétiens du Liban", 2015-2016 Photographie, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Patrick Baz

Curieusement, il existe peu d'images documentant la vie des chrétiens du Liban en ce début du XXIème siècle. La série que leur consacre le photographe Patrick Baz, ancien reporter de guerre pour l'AFP, est le fruit de deux années de travail au plus près de la communauté dans laquelle il a lui-même grandi et dont il avoue que "nulle part ailleurs, on ne ressent une réaction identitaire aussi présente." C'est précisément cette absence d'images qui le conduit à commencer ce travail de mémoire: "il était urgent de documenter leurs vies, leurs traditions et leurs croyances." Les premières photographies rendent compte de la rue, des signes religieux dont on s'assure qu'ils sont visibles par tous, accentuant la sensation d'urgence permanente dans laquelle se trouve la ville. Au danger quotidien d'une guerre pouvant surgir à tout moment, s'ajoute la peur de la disparition des trois grandes communautés libanaises. Cette peur de l'effacement revient fréquemment dans les échanges entre Patrick Baz et les membres de la communauté chrétienne. Leur sentiment minoritaire condamne chrétiens, chiites et sunnites à une surenchère de représentation. Au Liban, la religion est aussi et surtout une identité, une culture que l'on porte sur soi comme preuve de vie. La série des "tatouages chiites" du photographe Hassan Ammar ne dit pas autre chose. Dans un pays où Chiites et Sunnites s'affrontent sur de nombreux sujets, les jeunes, particulièrement les partisans du Hezbollah, se font imprimer des figures religieuses à même la peau ou l'effigie tout aussi populaire d'Hassan Nasrallah, secrétaire général de l'organisation chiite depuis 1992.  Il s'agit à nouveau ici d'affirmer son identité, de revendiquer son appartenance à la communauté. Ainsi, ces corps tatoués marquent la ville de leur présence, ancrent les combattants du Hezbollah dans la cité, accroissent un peu plus la mythologie qui les entourent.

Hassan Ammar, Tatouages chiites, 2016 Photographie, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Hassan Ammar Hassan Ammar, Tatouages chiites, 2016 Photographie, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Hassan Ammar

Natalie Naccache, Iftars, 2013  Photographies, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Natalie Naccache Natalie Naccache, Iftars, 2013 Photographies, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Natalie Naccache

Dans la salle précédente, l'installation-vidéo "A night in Beyrouth" (2005) de Sirine Fattouh suit la litanie de El Tabbal dans les rues de Zarif, le quartier de son enfance qui est, durant le mois de Ramadan, la personne qui est chargée de réveiller les dormeurs avant la levée du jour afin qu'ils puissent se nourrir et prier avant la nouvelle journée de jeûne. Ici, les réminiscences sonores interrogent la résurgence du passé. Cette première partie de l'exposition s'achève avec la suite photographique de grand format "Iftars" exécutée en 2013 par Natalie Naccache. La photojournaliste anglo-libanaise va à la rencontre de différentes familles, dans différents quartiers de Beyrouth, au moment où, à la tombée de la nuit, est servi le repas quotidien de rupture du jeune (Iftar) en période de Ramadan. Elle documente ainsi cet évènement particulier pour les musulmans depuis l'opulence d'une richissime famille, le banquet préparé par la mosquée ou parmi les réfugiés syriens, montrant l'universalité de l'Iftar qui commence toujours par une datte et un verre d'eau et dont les restes seront utilisés le lendemain.

 La ville et ses marges

Cha Gonzalez, série "Abandon", 2018, Photographie, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Cha Gonzalez Cha Gonzalez, série "Abandon", 2018, Photographie, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Cha Gonzalez

On quitte alors la rue Léon pour rejoindre l'espace de la rue Stephenson. Bientôt, l'Institut des cultures d'Islam, établissement public de la ville de Paris, sera réuni dans le premier bâtiment restauré et agrandi. Cette seconde partie donne la parole aux communautés traditionnellement cantonnées à la marge de la société libanaise. La création contemporaine s’en fait l’écho, le miroir critique. En faisant des minorités les sujets de leurs œuvres, les artistes rendent visibles les invisibles, à commencer par la jeunesse qui choisi l’exil face à une situation économique étouffante dans une société qui ne leur laisse aucune place. Pour son diplôme de fin d'études aux Arts Déco de Paris, Cha Gonzalez avait saisi par l'image l'état d'abandon d'une grande partie de la jeunesse libanaise dans les nuits de Beyrouth après la guerre de 2006. Pour l'exposition, elle retourne en 2018 au Liban afin de se confronter à nouveau à ces nuits,  une sorte de retour aux sources qu'elle intègre à la série photographique "Abandon" (2010 -  en cours) qui constitue une très belle réflexion sur la fête et les sentiments contraires qu'elle engendre. Avant de se rendre compte qu'elle ne pourrait pas en supporter les atrocités, Cha Gonzalez se destinait à être reporter de guerre. En tentant de saisir la beauté du lâché prise, elle rend compte d'une guerre intérieure. La fête est un moment suspendu, un temps dans le temps où ressortent ce que l'on a de grâce, de bestial, où tout ce mélange.

Mohamad Abdouni, "Doris & Andrea", 2018, photographie, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Mahamad Abdouni Mohamad Abdouni, "Doris & Andrea", 2018, photographie, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Mahamad Abdouni

Mohamad Abdouni documente la vie de la communauté LGBT+ à Beyrouth. Son œuvre dépasse le simple travail photographique pour rendre compte de la réalité quotidienne de sa communauté, tordant le cou aux stéréotypes. Photographe, réalisateur, éditeur, fondateur de "Cold cuts",la première revue queer du Moyen-Orient, Abdouni, pour qui "être soi-même est la plus grande forme d'activisme qui soit", construit depuis 2015 une archive visuelle de la culture queer dans le monde arabe à travers son projet "We can tell our own story". C'est à celui-ci que la suite photographique "Doris et Andrea" (2018) présentée ici, se rattache. Elle documente la relation entre une mère et son fils non binaire, d'origine chrétienne arménienne. L'ensemble rend palpable une immense tendresse filiale. "Leur relation représentait pour moi un idéal retrouvé de la famille libanaise." confie Abdouni. La force du lien familial en accentue la véracité, proposant une autre image du rapport au genre dans le monde arabe. Si, l'union d'une famille réside souvent dans les non-dits, Doris, mère aimante et solidaire, et Andrea, partagent l'ensemble de leur vérité. "Mondial 2010" de Roy Dib apporte un point de vue complémentaire aux problématique rencontrées par la communauté LGBT+. Film d'amour et de territoire interdits, il suit les pérégrinations d'un couple gay libanais de Beyrouth à Ramallah. Dans ce road movie impossible  (Israël interdit la traversée de son territoire par des voitures libanaises), métaphore de leur amour condamné, le quotidien devient une imposture (mentir pour la chambre d'hôtel...), dévoilant les problèmes rencontrés par les leurs. Le film passe par le prisme de leur caméra ce qui en accentue le côté documentaire et place le spectateur dans une certaine complicité.  

Myriam Boulos, série "C’est Dimanche", 2015, Photographie, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Myriam Boulos Myriam Boulos, série "C’est Dimanche", 2015, Photographie, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Myriam Boulos

Les minorités, ce sont aussi les femmes de maison. La série photographique "C'est dimanche" (2015) de Myriam Boulos, suit ces employées domestiques migrantes dans leur unique journée de congés hebdomadaire, pour s'intéresser au moment où elles sont véritablement elles-mêmes. Ces quelques heures de repos accordées le dimanche, loin de leur cadre professionnel, rendent leur présence manifeste dans la ville. A l'église, au salon de thé ou parées pour la fête le soir, ces employées de maison d'ordinaire invisibles, corvéables à merci, affichent leur liberté de femmes le dimanche à Beyrouth. Cette série évoque en creux le système de la Kafala, en vigueur au Liban comme dans tout le Moyen-Orient et les pays du Golfe, qui lie les domestiques migrantes à leur employeur par un système de parrainage sans aucune garantie de droit. Il s'agit en fait d'un contrôle total sur l'immigration des travailleuses domestiques. Au Liban, l'article 7 du code du travail exclut les employées de maison, locales ou migrantes qui sont donc entièrement, dépendantes de leur parrain. Elles ne peuvent pas interrompre leur travail, démissionner ou quitter le Liban sans son autorisation. On estime à 250 000 le nombre de femmes domestiques migrantes qui travaillent dans le pays. Autour d'elles s’est développé tout une économie à commencer par les quelques 400 agences officiellement déclarées, jouant le rôle particulièrement rentable d'intermédiaires entre les familles et leurs futures "bonnes", choisies dans un "catalogue des domestiques" qui leur est mis à disposition. 

Dalia Khamissy, série "In Transit", 2015, Photographie, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Dalia Khamassy Dalia Khamissy, série "In Transit", 2015, Photographie, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Dalia Khamassy

La série "In transit" de la photographe Dalia Khamissy évoque la vie quotidienne des réfugiés palestiniens et des "déplacés" syriens, terme officiellement employé pour les différencier des premiers et affirmer leur statut provisoire sur le territoire libanais. Si le Liban est connu pour être une terre d'accueil dans une zone géographique en proie à de nombreux conflits, il dénie les droits fondamentaux de ces populations. Interdites de travailler dans la plupart des secteurs, de posséder des biens ou encore d'accéder au système national d'éducation, elles sont pour la grande majorité condamnées à survivre dans des camps aux bâtiments dégradés. En s'intéressant à leurs récits de vie depuis plusieurs années, la photographe livre une œuvre empreinte de mélancolie, corolaire des difficultés d'une vie sévère de réfugiés, mais rend aussi perceptible cette sensation d'espoir, de foi en l'avenir. C'est dans le hammam de l'institut actuellement en réfection que Joana Hadjithomas et Khalil Joreige donnent la parole aux invisibles. Réfugiés, employées de maison, ouvriers,... ils racontent leur histoire face caméra dans "Tout est vrai", installation vidéo réalisée en 2014, à l'image de cet adolescent, fils de travailleurs migrants venus d'Afrique, né à Liban qui tente dans la plus grande difficulté d'obtenir des papiers légaux. Cet ensemble de témoignages filmés "nous raconte quelque chose de l'histoire du monde et de Beyrouth" confie Sabyl Ghoussoub.

Joana Hadjithomas & Khalil Joreige, It's all Real, Omar et Younès, 2014. 2 vidéos HD synchronisées, 14 min 50 sec. Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Joana Hadjithomas & Khalil Joreige Joana Hadjithomas & Khalil Joreige, It's all Real, Omar et Younès, 2014. 2 vidéos HD synchronisées, 14 min 50 sec. Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Joana Hadjithomas & Khalil Joreige

Si l'exposition réunit des artistes français et libanais reconnus, elle révèle également toute une génération de photographes et vidéastes qui s'affirment sur la scène libanaise et internationale. Tous portent un regard singulier sur Beyrouth, la saisissant par le prisme de la religion, la sexualité, l'immigration, autant de thématiques essentielles à sa compréhension, abordées sans détour à travers leurs œuvres sélectionnées par Sabyl Ghoussoub. Le commissaire de l'exposition dresse le portrait d'une ville complexe, pétrie de contradictions qui se découvre multiple, cosmopolite, où chacune des communautés qui la composent se sent minoritaire et réagit en tant que telle. Aller au-delà des clichés: "C'est Beyrouth", formule devenue depuis la guerre du Liban l'expression éculée d'un chaos urbain, est ici renversée pour affirmer dès le titre même de l'exposition l'incroyable vitalité de la capitale libanaise malgré – ou à cause de – la permanence d'une guerre dont chacun sait qu'elle peut ressurgir à tout moment. Le visiteur est ainsi plongé dans le tourbillon d'une cité à l'intensité incandescente, invité à déambuler dans cette ville qui refuse de disparaitre à travers le regard inédit que lui portent les artistes. A l'instar de Myriam Boulos qui redécouvre Beyrouth à travers le regard des femmes domestiques migrantes, la ville parait insaisissable. Les populations qui la composent, traumatisées par le souvenir âpre de la guerre civile, se superposent plutôt qu’elles ne se croisent. La peur de disparaître hante chaque communauté dans une cité en perpétuelle mutation, stigmate des conflits passés qui appellent ceux à venir. Le sentiment d'urgence qui la traverse, tangible partout, lui confère une ampleur qui libère chez ses habitants la fureur de vivre.

Patrick Baz, série "Chrétiens du Liban", 2015-2016, Photographie, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Patrick Baz Patrick Baz, série "Chrétiens du Liban", 2015-2016, Photographie, Exposition "C'est Beyrouth", Institut des cultures d'Islam, Paris. 2019 © Patrick Baz

"C'est Beyrouth". Commissariat de Sabyl Ghoussoub - Jusqu’au 28 juillet 2019.

Du mardi au dimanche, de 11h à 19h; Vendredi, de 16h à 20h

Institut des cultures d'Islam
19, rue Léon & 56, rue Stephenson 
75 018 PARIS

 

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