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Billet de blog 28 oct. 2017

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"Moi ce que j'aime c'est les angles". Une idée suisse de la beauté

Le Centre culturel suisse accueillait cette semaine l'inclassable "Fresque" du jeune collectif Old Masters. A la fois pièce de théâtre loufoque et performance de l'absurde où l'insignifiant et l'ordinaire sont célébrés avec un humour décalé et une approche pleine de poésie, l'oeuvre propose une lecture de la beauté par le prisme de la création plastique.

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Old Masters, Fresque, Centre culturel suisse, Paris © Guillaume Lasserre

Décidément, l'intelligence de l'humour suisse peut mener le spectateur à bien des réflexions. Après Pamina de Coulon et son Fire of emotion: The Abyss qui convoquait, à l'occasion du festival Extra-ball au printemps dernier, la sociologie et la philosophie dans un essai parlé drôle et décalé proposant l'abolition des frontières, le Centre culturel suisse accueille le collectif genevois Old Masters et sa "Fresque", sorte de pièce de théâtre performative pour deux comédiens dont l'élément central est le Module, objet scénique entre sculpture et architecture, centre de tous les regards et attentions, qui confère à la pièce une plasticité rare.

 "Si tu es d'accord, j'aimerais devenir toi"

 "Il y a un courant qui passe entre nous","J'ai envie de vomir", "Moi ce que j'aime c'est les angles", les propos incongrus de Charlotte et Linus, les deux protagonistes de la pièce coiffés d'une perruque de plâtre blanc semblant rappeler les coiffures stylisées des Playmobil de notre enfance, sont déclamés sur un même ton monocorde. D'une banalité volontairement affligeante, les échanges sonnent justes. C'est dans les stéréotypes qu'engendre notre société que Marius Schaffer, Jérôme Stünzi et Sarah André, les "Old Masters", puisent leur matière première. De ce quotidien, de ce rien, de ce dérisoire émergent pourtant une sincérité, une émotion, une indicible beauté.

 Cette pièce en trois actes est conçue comme les trois panneaux du retable qui se devine dans le Module, structure en contre-plaqué et polystyrène jaunes qui occupe presque tout le fond de la scène. Lui faisant face en le contemplant, Charlotte et Linus vont, à trois reprises,  répéter les mêmes phrases insignifiantes restituant un dialogue similaire qui confine parfois à l'absurde. Cette conversation trois fois renouvelée se joue sur le fil qui sépare le sublime du ridicule, en équilibre permanent. La déclamation des comédiens quasi psalmodiant confine à une sorte de transe. Au bout d'une heure, alors que le spectacle s’achève, Fresque propose une expérience sensorielle unique où le souffle créateur de l'art se mêle à une méditation sur le temps, l'amour, la mort. L'incroyable chemin que nous font parcourir Old Masters du rien à l'ineffable relève sûrement du miracle romand. Il procure inévitablement une profonde jubilation à quiconque a parcouru cette route. 

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