Quand Valeurs Actuelles réécrit l’affaire Michel Zecler

Valeurs Actuelles ne se contente pas de nier, d’excuser ou de relativiser les violences policières dont a été victime le producteur de musique au mois de novembre 2020. A en croire l’hebdo de la droite très radicale, Michel Zecler aurait fait subir à l’un des policiers qui l’ont interpellé un « calvaire » cruel et inhumain.

Le dernier numéro de Valeurs Actuelles, en date du 1er juillet, c'est du lourd ! La première de couverture annonce trois sujets, tous consacrés à la question raciale qui semble empoisonner le climat de notre douce France : d’abord, sur onze pages, un dossier entièrement consacré aux poursuites judiciaires pour injures raciales engagées par le Parquet contre VA dans le cadre de l’affaire Obono ; plaidoyer pro-domo où l’hebdo prend la posture du chevalier blanc de la liberté d’expression victime de l’intolérance judiciaire et médiatique. Ensuite, un article consacré, entre autres, à Rokhaya Diallo, intitulé Le festival du racialisme. Racialisme… un néologisme qui connait depuis quelque temps un succès fou à l’extrême droite, pour désigner – et disqualifier – l’antiracisme en soi. 

Et enfin, un article [1] annoncé en première de couverture – Calvaire : le policier qui a arrêté Michel Zecler – et intitulé dans les pages intérieures : Cette autre victime de l’affaire Michel Zecler, suivi d’un chapeau : « En refusant de se soumettre à un test sanguin, le producteur a contraint un policier à suivre un traitement médical particulièrement lourd ». Je vous le disais, c'est du lourd.

Vous pensiez peut-être que les violences dont Michel Zecler fut victime à l’automne dernier étaient incontestablement établies Mais non ! Avant d’en venir au « calvaire » du policier, Valeurs Actuelles croit utile de revenir sur les faits : ce 21 novembre, le gardien de la paix Gérald R. reçoit l’appel de trois de ses collègues « paniqués », qui ont besoin « de renfort pour faire face à un individu violent et récalcitrant retranché dans un sas ». Une réécriture qui ne colle pas vraiment à la réalité des vidéos que tout le monde a pu voir et qui ont déterminé le parquet à engager des poursuites contre les fonctionnaires de police. L’appartement privé de Michel Zecler où ces derniers s’étaient introduits en toute illégalité et où ils se sont mis à frapper le producteur avant toute autre forme de procès devient « un sas » dans lequel un individu violent se trouvait retranché.  Et la « panique » ne submergeait pas celui qui recevait les coups, mais ceux qui les donnaient. Passons. Et poursuivons : arrivé sur les lieux, le gardien de la paix « s’avance vers Michel Zecler et lui demande de se mettre au sol pour être interpellé. Mais les choses se compliquent ». Effectivement, c'est compliqué : « Une fois au sol, Michel Zecler continue de refuser d’obtempérer ». On a du mal à comprendre où commence le refus d’obtempérer et où il continue. Michel Zecler s’est-il mis au sol volontairement ou pas ? Seul un esprit chagrin aurait l’impertinence de rappeler que les vidéos prises dans la rue laissent entendre les hurlements de l’intéressé qui se verra reconnaître ultérieurement une ITT de 90 jours pour les blessures subies lors de cette interpellation. Mais l’essentiel n’est pas là.  Pour Valeurs Actuelles, ce qui compte, c'est qu’une fois menotté, « une conversation cordiale s’ensuit » entre le policier et l’interpellé. Ce dernier se plaint d’insultes racistes. Le premier, qui est noir lui-même, répond que de là où il se trouvait, il n’a rien entendu. Tout ça, sur le ton de la cordialité.  Circulez cordialement, il n’y a rien à voir, et rien à entendre.   

C'est alors que commence le calvaire du policier qui, soudain, constate qu’il s’est légèrement blessé lors du menottage et que son pouce droit saigne... « Or, Michel Zecler est lui-même couvert de sang, à cause d’une plaie au crâne. Il y a donc un risque de contamination de certaines maladies graves ». Le policier s’en inquiète à plusieurs reprises « lors du trajet qui mène Michel Zecler au commissariat du 17ème arrondissement où il sera placé en garde-à-vue », en demandant à celui-ci s’il est maladeMais l’intéressé s’enferme dans le mutisme ou répond évasivement. Ces interpellés sont sans limites. Aucune précaution, aucune mesure d’hygiène ni respect des gestes barrière. Et quand on les interroge cordialement, ils ne répondent pas. Le cynisme absolu.

S’ensuit pour le policier un parcours du combattant. Pas encore tombé au champ d’honneur, mais on n’en est pas loin. « Une trithérapie préventive de trois jours lui est prescrite, comme en témoigne une ordonnance que Valeurs Actuelles a pu consulter ». Toujours vérifier ses sources. L’honneur journalistique est sauf.  Dans les jours qui suivent, la hiérarchie policière relance Michel Zecler, via son avocat, en lui demandant de faire un test de dépistage.  Sans succès. Peut-être avait-il, à ce moment-là, d’autres chats à fouetter.  Mais pour Valeurs Actuelles, cette abstention fautive est directement la cause des tourments du policier qui vont alors se poursuivre : trithérapie prolongée pour 25 jours, anxiété, vomissements, diarrhées, abstinence sexuelle avec sa compagne, et au final, perte de poids de 5 kilos. « Gérald R n’a pas porté plainte à ce jour, mais il y réfléchit »     

Si l’on s’en tient au sens littéral du texte, aucun dérapage raciste dans cet article. Mais l’on peut tout de même s’interroger sur l’accumulation dans un même numéro d’articles aussi malhonnêtes, visant systématiquement des noirs.

Et la version de l’article sur l’affaire Zecler mise en ligne a fait l’objet de 16 commentaires de lecteurs abonnés. Sur ces 16 commentaires, Valeurs actuelles en a dépublié huit, très exactement la moitié, comme contraires aux conditions de publication

On a les lecteurs qu'on mérite.            

 

 

 

[1] https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/societe/cette-autre-victime-de-laffaire-michel-zecler/

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