Pourquoi Marine Le Pen pourrait l’emporter en 2022

Il est possible de préciser la date à laquelle la présidente du Rassemblement National a percé le fameux plafond de verre, même si, à l’époque, cet évènement semble être passé relativement inaperçu et avoir été peu commenté. Depuis, tout se passe comme si les planètes s’alignaient inexorablement pour favoriser une possible victoire de Marine Le Pen en 2022.

Depuis des années, le parti lepéniste semblait comme voué à se heurter éternellement au « plafond de verre » : une fourchette de 17-22%, lors des scrutins présidentiels, qui lui interdisait de nourrir sérieusement l’espoir de parvenir un jour au pouvoir. En réalité, ce plafond a été brisé, il y a maintenant deux ans et demi, sans que personne ne l’ait apparemment remarqué. Il a fallu le climat délétère de ces derniers mois pour que l’on en prenne conscience et que l’on commence à s’en inquiéter. Comme ces sinistres dont on ne découvre l’ampleur que longtemps après une discrète fuite d’eau. Souvenez-vous. Le séisme du 21 avril 2002 avait été suivi d’un second tour de l’élection présidentielle sans appel. L’essai de Jean-Marie Le Pen n’avait pas été transformé. Si le nombre de votants s’était accru de 71 à 79% des inscrits (soit une augmentation de près de 3,5 millions de votants), le chef du Front National n’avait amélioré son score que de 1%, passant de 16,86% à 17,79%. Il en fut tout autrement quinze ans plus tard ! Alors même que le nombre de votes exprimés au second tour de la présidentielle de 2017 diminuait d’un peu plus de 5 millions d’électeurs par rapport au premier tour – avec un nombre inédit et inquiétant de votes nuls (un peu plus d’un million) et, plus inquiétant encore, de votes blancs (un peu plus de 3 millions) – Marine Le Pen, quant à elle, réalisait un gain de près de 3 millions de voix supplémentaires, pulvérisant ainsi tous les scores précédents du Front National en obtenant ainsi 33,90 % des suffrages !

Ce score, comme je l’ai dit, ne semble pas avoir été pris alors à sa juste mesure. Les commentaires se focalisaient sur la campagne et la victoire hors norme d’Emmanuel Macron. L’image de Marine Le Pen apparaissait comme irrémédiablement ruinée par son débat désastreux de l’entre-deux-tours, dont les observateurs les plus autorisés estimaient qu'elle aurait beaucoup de mal à s'en remettre. La victoire du camp « libéral-progressiste » sur le clan populiste n’aurait été qu’une victoire à la Pyrrhus ? Pire, contenait-elle les germes d’une future renaissance et d’une nouvelle ascension de la candidate d’extrême-droite ? Car, si tout le monde s’accorde à dire que l’élection de 2017 fut – après celle de 2002 - un séisme d’une autre forme qui transforma l’échiquier politique traditionnel en un champ de ruines consécutif à la déroute historique des deux grands partis de gouvernement qui avaient régné alternativement depuis plusieurs décennies, les vestiges de ce champ de ruines constituent un réservoir de forces qui aurait, pour ainsi dire, vocation naturelle à servir les intérêts de celui des deux camps le plus apte à se nourrir et à croître sur le terreau de la démagogie et du populisme. La majorité présidentielle ne dispose plus d’une opposition « raisonnable », lui offrant l’occasion de s’affirmer dans la confrontation d’un débat d’idées rationnel. En lieu et place des partis politiques traditionnels, son principal opposant s’appelle désormais le RN, et, dans une moindre mesure, La France Insoumise qui, certes, joue le jeu républicain, mais dont une certaine forme de radicalité justifie qu'on mette en doute sa pleine capacité à assumer demain le rôle d’un parti de gouvernement.  A quoi vient s’ajouter le mouvement des Gilets jaunes, phénomène politique totalement nouveau, puisant son ressentiment dans un discours mi-lepéniste mi-mélenchoniste, et dont il est permis de penser que les membres se recrutent aussi bien dans la masse des trois millions d’électeurs qui ont rejoint Marine Le Pen au second tour que dans celle des quatre millions qui ont voté blanc ou nul. Un vivier électoral plus sensible et plus réactif aux thèmes démagogiques véhiculés par les algorithmes des réseaux sociaux qu’aux règles traditionnelles du débat politique aujourd'hui en déshérence, et qui pourrait fort bien, demain, porter l’extrême-droite au pouvoir.

 

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