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Billet de blog 26 janv. 2018

Le sceau d’infamie

Dans son livre « Antisémite», Pascal Boniface retrace chacune des étapes du mauvais procès qui lui est fait depuis 2001. Effrayant.

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Le principe est connu : collez une étiquette sur quelqu'un, il ne pourra jamais s’en débarrasser.  La mauvaise foi des uns combinée à la paresse intellectuelle et au panurgisme des autres scellera à jamais l’association d’un nom et d’une accusation infâmante. En 2001, Pascal Boniface, alors délégué aux questions internationales au sein du Parti Socialiste, rédige une note interne sur le conflit israélo-palestinien dans laquelle il critique la position déséquilibrée du PS en faveur de la politique israélienne, justifiée selon certains par le poids électoral (réel ou supposé) de la communauté juive en France. Mauvais calcul, écrit-il, car la communauté musulmane pourrait, à son tour, vouloir faire contre-poids. « Il serait donc préférable de faire respecter des principes universels, et non pas le poids de chaque communauté », conclut-il. Une argumentation raisonnable, factuelle, presque banale. Il n’imagine pas alors l’impact que ce texte va provoquer dans sa vie personnelle et professionnelle. Très vite, les esprits s’enflamment. L’ambassadeur d’Israël le met en cause dans les colonnes du Monde en lui reprochant explicitement son « antisémitisme ». D’autres surenchérissent, dans les médias, et au sein du PS que Pascal Boniface finira par quitter en claquant la porte. La polémique n’en reste pas là. Un certain nombre de réseaux et de relais de soutien à Israël multiplient les interventions en sous-main pour tenter de couler l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) qu’il a fondé et qu'il dirige, en le privant de sources de financements, ou même en demandant son renvoi au Conseil d’administration. Face à ces attaques, Pascal Boniface tente de répondre et de s’expliquer de la manière la plus rationnelle, et surtout la plus civilisée qui soit : celle du débat contradictoire. Il organise de nombreux colloques et conférences auxquels il invite certains de ses accusateurs les plus sévères à venir y exposer leurs arguments, pour pouvoir leur répondre. Il parviendra même à finir par nouer des relations d’estime mutuelle avec certains d’entre eux. Mais pour la plupart, c'est non. L’accusation d’antisémitisme est comme un poison sans antidote qui fait de celui à qui on l’inocule un malade incurable et infréquentable, un pestiféré à perpétuité.  

La durée dans le temps de ce mauvais procès constitue le plus étonnant, et le plus effrayant, de cette histoire. Malgré toutes ses tentatives d’explications et d’apaisement, Pascal Boniface n’a jamais cessé, jusqu’à aujourd'hui, d’être poursuivi de ce sceau d’infamie. Son livre retrace ainsi les épisodes les plus cruels et les plus absurdes (mises en causes récurrentes, invitations et participations à des conférences annulées, collaborations avec certains médias supprimées) venant parfois de personnes colportant contre lui et reprenant ad nauseam des accusations calomnieuses pourtant maintes fois démenties. « Ce qui m’est arrivé est à peine croyable. Depuis seize ans, les mêmes arguments sont invoqués alors qu’une simple réflexion de quinze secondes peut en déceler l’inanité », écrit-il. Dernier épisode en date, sa mise en cause violente par Manuel Valls, en janvier 2017, sur une radio de la communauté juive, puis dans les colonnes de Marianne, l’ancien premier ministre déclarant publiquement avoir demandé aux ministères de la Défense et des Affaires étrangères de cesser toute collaboration avec l’IRIS. Sur quel motif ?  « Je considère que ce qu’écrit Pascal Boniface depuis des années pose un vrai problème ». Sans plus de précision. Un grief d’autant plus flou et inexplicable que Manuel Valls avait, en 2001, dans les débuts de cette mauvaise querelle, publiquement soutenu Pascal Boniface.

Depuis, Pascal Boniface a invité publiquement Manuel Valls à débattre avec lui. Ce dernier y répondra-t-il positivement ?  Un refus de l’ancien premier ministre - qui ne fait pas mystère de son soutien quasi-inconditionnel à la politique d'Israël – ne serait qu’une preuve supplémentaire de ce que le sujet brûlant du conflit israélo-palestinien n’est pas tout à fait un sujet comme les autres, et que l’accusation calomnieuse d’antisémitisme constitue encore aujourd'hui le meilleur moyen de faire taire ceux qui tentent de l’aborder rationnellement.

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