Pourquoi les cheminots? La Cour des comptes épingle la communication de la SNCF

Résultat, la rentabilité attendue est elle aussi biaisée. Dans le meilleur des cas, elle n’atteindrait de toute façon que 3,3 %. Ce qui impliquerait un apport massif de subventions pouvant « aller jusqu’à 80 % » afin d’assurer le fonctionnement de la ligne.

Fleuron de l'économie française, le TGV n'est pas rentable. C'est ce que pointe la Cour des comptes dans un rapport à paraître jeudi, mais dont le site spécialisé Contexte publie des extraits. Selon ce rapport, la gestion du réseau des Trains à grande vitesse serait à la dérive.

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La première atteindrait une rentabilité de 3% contre 2,9% initialement envisagée et la seconde 4,1%, soit deux fois moins que prévu, selon le journal spécialisé dans les "politiques publiques françaises et européennes ".La rentabilité de la LGV Nord atteint péniblement 3 %, contre 12,9 % initialement envisagés. 

Publicité à destination du public, communication RH en interne ou « corporate » en externe, lobbying... « Au total, pointe le rapport, la SNCF a dépensé en moyenne près de 210 millions par an pour cette activité sur la période 2007-2011 ». Un chiffre qui ne représente que 0,7 % du chiffre d'affaires 2010, relativise la compagnie ferroviaire. La Cour relève, elle, « que cette dépense représente 13 % des investissements de l'établissement public cette année-là ".

Entre 2008 et 2013, le taux de marge enregistré par l’entreprise dans cette activité est passé de 29 % à 12 % du chiffre d’affaires.

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Un séminaire à plus de 1.400 euros par jour et par tête

Dans le cadre d'un plan de réduction des frais de structures, la direction de la SNCF s'est engagée en 2009 à dégager des économies pérennes sur les dépenses de communication, mais cette mesure, a-t-elle fait savoir à la Cour, ne devait produire des effets que sur le budget 2012, soit hors de la période contrôlée. La rue Cambon, acerbe, confirme qu'« à la fin de l'année 2011, aucune réduction des dépenses (...) n'a pu être constatée, alors que leur mise en oeuvre semblait relever de simples bonnes pratiques ".

Plusieurs opérations évènementielles sont pointées du doigt pour leur coût, comme « L'Art entre en gare » pour les 70 ans de la SNCF en 2007 (6,7 millions). Le rapport cite également le séminaire organisé pour 600 managers à Tanger, en septembre 2011, qui a coûté 2,7 millions, soit « 1.430 euros par jour et par personne (hors achat de 650 tablettes numériques offertes aux participants) », détaille le rapport.

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Mais pour la Cour, « le recours excessif aux marchés négociés, sans mise en concurrence, constitue le point le plus préoccupant ». Ces « pratiques anormales " concernent 71 % des 41 opérations de communications à fort budget menées depuis 2007. Illustration avec la campagne d'information pour le changement d'horaires fin 2011 : « La SNCF a passé, sans mise en concurrence, un contrat de 593.622 euros après avenant, que l'urgence impérieuse ne peut justifier pour une opération périodique dont l'ampleur était parfaitement connue des acteurs depuis la fin de l'année 2010. »

La Cour des comptes épingle la gestion du réseau TGV

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Dans un rapport qui doit être présenté jeudi, la Cour des comptes pointe les dérives de la gestion du réseau des TGV. Selon elle, les lignes à grande vitesse sont loin d'atteindre les objectifs de rentabilités annoncés par la SNCF. La question du montage financier est souvent reléguée au second plan, quand les études techniques suffisent quasiment à asseoir la crédibilité du projet. Une telle impréparation rejaillit inéluctablement sur les projets. La recherche de financements pour la LGV Tours-Bordeaux est intervenue « douze ans après le lancement des études et seulement quatre ans environ avant le début des travaux », observent les auteurs.

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