Trahir la pensée c’est trahir ses convictions

Trahir la pensée c’est trahir ses convictions

La croissance vertigineuse des inégalités et les exclusions sociales à crée un vide spirituel de la société, qui se reflète dans la perte des valeurs sur lesquelles se reposent les communautés.

 

Dans son numéro date du 31 mai, de 2012, l’hebdomadaire « le point » sort un dossier sur la trahison. Le philosophe Alain Finkielkraut, dit : « Nous sommes les héritiers de la trahison »

« Penser c’est en quelque sorte trahir; juger, agir par soi-même, c’est prendre le risque de se briser le cœur. »

« Quand un responsable de droite participe à un gouvernement de gauche, il s’honore, il se grandit. Quant un homme de gauche entre dans un gouvernement de droite, il révèle son âme noire : c’est un vendu, c’est un traître, c’est un félon, c’est un judas. Car la gauche est divine. Elle défend les humbles contre les nantis et les dominants. Elle est le parti des crucifiés. Elle combat sur tous les fronts toutes les formes d’injustice. Elle porte un message d’égalité universelle que les privilégiés et les endurcis s’obstinent à ne pas entendre. Il faut rompre une fois pour toutes avec ce scénario de mélodrame et réconcilier l’intelligence avec la prose du monde. La politique ne doit plus être une section de la « bibliothèque rose » La pluralité des hommes et des situations ne se laisse que très exceptionnellement réduire à un affrontement manichéen. »

Monsieur Finkielkraut oublie la situation du monde et que le capitalisme et les forces qui lui défendent son responsable de :  L’accumulation des richesses dans les pays capitalistes développe, l’enracinement des besoins qui affecte l’humanité comme : la faim, l’ignorance, les maladies, le chômage, l’extrême misère, la violence sociale, le renforcement brutal du racisme, la dangereuse résurrection du fondamentalismes religieux dans divers couches sociales. Le militarisme, et la course aux armements, mettent en danger la paix dans le monde. Le libre jeu des lois du marché conduit à un fonctionnement de l’économie qui ne tient pas compte de la nécessité de protéger le milieu naturel de l’humanité, détériorant progressivement l’ambiance et met en danger le futur de l’être humain.

La croissance vertigineuse des inégalités et les exclusions sociales à crée un vide spirituel de la société, qui se reflète dans la perte des valeurs sur lesquelles se reposent les communautés.

Victor Hugo, Léon  Blum, Guy Môquet, Jean Moulin et tant d’autres, les veines de l’histoire qui ont été ouvertes plus d’une fois en France et en Europe, nous ont montré les torrents de sang et d’injustice. Heureusement qu’il existait des hommes et des femmes qui se sont levés avec détermination partout en France et Europe, et avec courage pour arrêter cette hémorragie de douleur. Justement l’histoire nous montre à quel point le capitalisme a détruit la pensée et les valeurs, les valeurs de justice, le valeur de honorabilité, le valeur humaniste et solidaire. C’est  justement ses hommes qui  avec une pensée humaniste et profondément spiritualistes l’ont défendu.

John Keynes, connu pour sa théorie de l’économie moderne, publia un essai intitulé

« Perspective économiques pour nos petits-enfants » annoncés par le titre de l’essai et des témoignages de l’obsession de la valeur monétaire qu’il surnommait « l’amour de l’argent » est présente partout. La valeur monétaire a impitoyablement triomphé et supplante toutes les autres valeurs, qu’elles soient d’ordre social ou quotidienne.

Les affaires de corruption des grandes entreprises, escroqueries, scandales des assurances ou des appels d’offres, ainsi que les délits d’initie. La culture du « money-game, dont l’influence s’étend jusqu’aux jeunes et aux enfants, découlent de l’amour de l’argent.

L’histoire a démontré l’impossibilité de supprimer la monnaie comme moyen d’échange dans la société humaine. Toute tentative de restreindre de force les mécanismes monétaires se heurtera à une féroce contre-attaque.

Selon Keynes, les êtres humains ont à la fois des « besoins absolus »qu’il leur faut satisfaire s’ils veulent survivre et des « besoin relatifs » qu’ils n’éprouvent que dans la mesure où ils cherchent à surpasser et supplanter autrui. Les premiers ont des limites naturelles, les autres non. Celui qui essaie d’assouvir des besoins relatifs constate qu’ils augmentent sans cesse ; ils sont, « insatiables ». Ce désir permanent d’être supérieur aux autres incarne la nature destructrice. « L’amour de l’argent comme objet de possession –distinct de l’amour de l’argent comme moyen de goûter aux plaisirs et aux réalités de la vie-  sera reconnu pour ce qu’il est, une passion morbide plutôt répugnante, l’une de ces inclinations mi-criminelles, mi-pathologiques, dont on confie le soin en frissonnant aux spécialistes…   

Le philosophe André Comte-Sponville dans son livre « Le capitalisme est-il moral » le Comte-sponville distingue en quatre ordre la société humaine :

A- Le premier est l’ordre économique scientifique qui est structuré intérieurement par l’opposition du possible et de l’impossible. 

B - Le deuxième est l’ordre juridico-politique, structure intérieurement par l’opposition du légal et de l’illégal.

C - Le troisième est l’ordre de la morale, structure intérieurement par l’opposition du bien et du mal, du devoir et de l’interdit.

D - Le quatrième est l’ordre éthique, l’ordre de l’amour, structure intérieurement par l’opposition de la joie et de la tristesse.

Il souligne qu’il s’agit là de distinctions, non de divisions, et que nous vivons en fait dans le chevauchement simultané de ces quatre ordres. Le point crucial est constitué par les interactions entre eux. Chacun est directement contrôlé par l’ordre qui est juste au-dessus de lui : le techno-économico-scientifique par le juridico-politique, le juridique-politique par la morale, etc.

Les valeurs comme la sécurité de l’emploi et les avantages des salariés passent naturellement au deuxième rang après la poursuite du profit. Ce qui vivent sous l’emprise de l’ordre économico techno scientifique peuvent être des technocrates nucléaires qui s’efforcent de développer le caractère destructeur et mortel des armes nucléaires, comme des technocrates qui s’engagent sans hésitation dans le clonage humain et la manipulation des lignées génétiques, ce qui peut miner les bases fondamentales de la dignité humaine. Le comte-Sponville les qualifie des « salauds techniquement compétentes ».

De la même manière, la logique interne de ce deuxième ordre est incapable de contenir les actes des « légalistes salauds » qui se contentent de suivre la loi à la lettre. De la même manière que le troisième ordre permet l’existence de « salauds moralisateurs »- hypocrites et dogmatiques qui manient bien le langage moralisateur.

Les problèmes auxquels l’humanité est confrontée ne peuvent êtres abordés d’un point de vue purement éthique, ils exigent des décisions rationnelles des politiques. Si la conscience et la connaissance individuelles sont cruciales, à l’époque actuelles, la question de savoir comment appliquer l’éthique à la tache de changer la politique des Etats. Carl Jung a dit : « Les démons du totalitarisme l’emportent sur la prise de conscience que tout ce qui peut être réellement accompli est un pas en avant infinitésimal dans la nature morale de l’individu ».

Comme le montre la généalogie du totalitarisme, plus l’absence d’humanité est forte, plus les êtres humains sont vulnérables à son attrait démonique. La société de consommation contemporaine, avec son haut degré de développement des sciences et des technologies de la communication, fournit bien des opportunités aux sombres activités des démagogues et à  leurs dangereux appels.

Le professeur Japonais, Makiguchi, qui est mort en défendant le caractère sacre de la vie, disait qu’il existe trois sortes de personnes. Les premiers persécutent les faibles et craignent les forts parce qu’ils sont lâches et avides. Les deuxièmes sont  les passifs qui ne combattent pas le mal et ne soutiennent pas le bien. Je crains que ce ne soit le portrait de beaucoup de gens de notre époque.
Les troisièmes, toujours selon Makiguchi, sont les intrépides qui soutiennent la vérité et la justice, toujours près à combattre courageusement pour ce qui est juste.

 

Guillermo Saavedra

 

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