La détermination et l’énergie font de lui un pâtissier hors paire.

Un japonais à Paris, qui parle peu français ou presque pas et qui veut être le meilleur pâtissier, alors, ce n’est que dans un conte de fée. Mais quant on commence à écouter Frédéric Chiba, on peut comprendre comment est il arrivé.

Il parle en souriant comme s’il ne s’agissait pas de lui. Déjà, avec son visage et toutes ses expressions pour se faire comprendre, comme s’il voulait pénétrer dans la pensée de l’autre. Il est toujours souriant, mais en dehors d’être pâtissier, c’est un homme très humain avec une sagesse que lui apporte sa philosophie de vie, le Bouddhisme.

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Mais il préfère parler de pâtisserie, on croirait qu’il est imprégné de sucre.

Il parle également de sa femme avec douceur, une femme qui le soutient dès le début de son arrivée à Paris.

Quand il arrive en France en 1968, en plein bouleversement révolutionnaire, il ne comprend pas tout ; et pourquoi, les étudiants dans la rue, les barricades et manifestations partout ?

Lui comme un petit paysan, né à Tokyo dans un pays, le Japon, qui après une abominable guerre, connu la bombe atomique lancée par les Nord Américains.

Frédéric Chiba est issu d’une famille de boulangers, il a la pâte dans la peau, et Paris est la capitale de l’Europe pour un pâtissier afin d’apprendre et se faire connaître.

Son père lui offre un voyage aller pour qu’il fasse son apprentissage dans la pâtisserie et aussi la langue française.

Il arrive à Paris, il regarde ce monde inconnu pour lui, il se met à la recherche d’une habitation, les hôtels n’étant pas à la hauteur de ses possibilités. Il se demande : « comment expliquer que je cherche une chambre ? » dit-il en souriant, jamais je n’avais fait autant de mimiques pour me faire comprendre ! A la fin j’ai trouvé une personne qui a compris et ma logé dans une modeste petite chambre.

La fatigue du voyage et les kilomètres que j’ai parcourus m’ont permis de dormir intensément.

Dès le matin je commence à chercher du travail pour gagner ma vie. J’ai accepté des emplois et toutes sortes de travaux dans le monde de la restauration parisienne, et ma connaissance de la pâtisserie m’a beaucoup aidée.

Ma décision était déjà prise : « J’irai jusqu’au bout, quoiqu’il arrive ! »  Frédéric Chiba n’échappera pas à quelques difficultés comme perdre son emploi pour divergences de point de vue, et quelques échecs, mais il va s’en relever à chaque fois.

Il se souvient quant il a commencé à travailler au restaurant Tokyo, où l’on parlait en Japonais : « J’y ai rencontré une très belle compatriote qu’au début je n’osais pas aborder, mais peu à peu nous avons sympathisé, elle s’appelle Angélique.

Une femme de grand courage et détermination. Elle est arrivée en France quelques années avant moi, traversant la Sibérie avec une amie : Cela s’appelle de la détermination, surtout pour une femme. Cette rencontre a changé ma vie, elle est devenue ma femme. »

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Alors que Frédéric Chiba parle de sa femme, on perçoit la grande complicité et le soutien qu’elle lui a apportés dans chacune de ses démarches, et s’appelle désormais Angélique Chiba.

Puis, petit à petit, Frédéric va faire de solides rencontres dans le milieu de la pâtisserie. Sous la tutelle des grands chefs pâtissiers, il ne compte pas ses heures et s’adonne corps et âme dans cet art culinaire.

On dirait que Frédéric Chiba cherche encore des complications et se lance de nouveaux défis. Il s’inscrit à des concours de pâtisseries renommés en région parisienne.

Son entraînement ne connaîtra aucune limite et Frédéric ira jusqu’à se brûler les mains. Malgré certaines frustrations lors des premiers pas dans les concours, sa détermination, l’art de la pâte et du sucre font partie de son ADN, il ne se décourage pour rien au monde.

Sa persévérance a fini par payer et les grandes portes s’ouvrent.

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En 1972, quatre années après être arrivé à Paris, Frédéric Chiba remporte la Médaille de bronze au Concours gastronomique d’Arpajon,

En 1975, la Médaille d’or au Concours Charles Proust,

En 1978, la Coupe de la ville de Paris. Il recevra d’autres prix jusqu’au début des années 80.

En 1995, c’est l’année de consécration puisqu’il devient Membre de l’Académie Culinaire de France ! Il est au plus près de celui qu’il considère comme son maître, Antonin Carême, le roi des chefs et le chef des rois du XIXème siècle qui a servi Talleyrand, le tsar Alexandre 1er, le roi Georges IV et l’empereur d’Autriche François 1er.

En 2003, il prend la nationalité française. Le moment est venu de créer les liens entre la France et le Japon. « C’est ce qui a toujours été mon souhait. Le Japon, où l’ancienne culture est inconnue de la majorité des français, j’essaierai de promouvoir ces liens.

Mais je ne peux pas oublier ce que la France m’a donné, c’est une raison pour moi d’écrire cette histoire de la pâtisserie française. »

Non content de faire connaître ses produits, il décida d'écrire un premier livre en japonais intitulé: "Un Japonais devenu Pâtissier Parisien" aux Editions Amalthée. Il est préfacé par Gérard Dupont, qui a présidé l’Académie culinaire de France de 1997 à 2015 et depuis Président d’honneur.

Ceux qui ont la possibilité de connaître les Chiba se rendent compte qu’ils sont tous deux des êtres extraordinaires.

Angélique et Frédéric Chiba, arrivés dans un pays inconnu, pour eux extrêmement inhospitalier, nous montrent le désir et le courage, la réussite de deux personnes.

C'est juste qu'ils aiment la vie et donnent chaque jour un exemple de comportement humain, par leur engagement bouddhiste.

La Pâtisserie et Salon de thé Angélique est située au : 28 rue Vignon – 75009 Paris

Guillermo Saavedra

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