non à cette petite France des petites affaires, prise au piège par le corrupteur Denis SASSOU NGUESSO.

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Collectifs des Avocats d’origine Congolaise

Représentés par Maître Dominique KOUNKOU

Docteur en droit

Elisant domicile au Cabinet de Maître D. KOUNKOU

Avocat au Barreau de Paris

5, rue du HELDER

75009 PARIS

Téléphone : 01 53 24 00 84

cabinetkounkou@yahoo.fr

 

Lettre ouverte à

 Monsieur le président François HOLLANDE

Chef de l’Etat de la République Française

 

Monsieur le Président,

Les Avocats Français d’origine Congolaise inscrits dans les barreaux de France, ayant pris conscience du péril imminent dans lequel plonge leur pays, ont l’honneur de vous exprimer leur indignation concernant votre dernière déclaration en faveur du projet de référendum de Monsieur Denis SASSOU NGUESSO placé à sa tête, alors que nous sommes en grande inquiétude du régime népotique qu’il exerce en spoliant ses électeurs. Vous savez fort bien et nous y reviendrons ci-dessous, à quel point ce régime porte de graves atteintes aux libertés fondamentales, en violation caractérisée des règles les plus élémentaires du jeu démocratique dans ce pays.

Malgré les avis émis par la France, les Etats Unis d’Amérique et les réserves exprimées par les Nations-Unies, l’Union Africaine et l’Union Européenne, Monsieur Denis SASSOU NGUESSO semble désormais défier la vigilance de la communauté internationale et saper les aspirations profondes du peuple Congolais.

L’objet de la présente se trouve dans la façon dont vous saluez un référendum qui usuellement est un acte démocrate, mais dont il devient l’outil d’un passage en force destiné à tout prix à changer la Constitution Congolaise par le canal d’un référendum inconstitutionnel. Son objectif  à Monsieur Denis SASSOU NGUESSO est de briguer indument un nouveau mandat,  alors même que la Constitution Congolaise le lui interdit. 

Il a épuisé la durée de son mandat.  Il ne peut plus le renouveler car il a atteint la limite d’âge pour se présenter de nouveau à la candidature suprême.

Vous comprendrez donc, Monsieur le Président, que c’est avec une grande stupéfaction que le peuple Congolais et tous les démocrates du monde entier, ont très difficilement accueilli votre déclaration du 21 octobre 2015 soutenant le Président Denis SASSOU NGUESSO en des termes non équivoques :

«Le Président Sassou peut consulter son peuple, ça fait partie de son droit et le peuple doit répondre. Ensuite, une fois que le Peuple aura été consulté, cela vaut d’ailleurs pour tous les chefs d’Etat de la planète, il faut toujours veiller à rassembler, à respecter et à apaiser ».

Or vous n’êtes pas sans ignorer, Monsieur le Président, que cette consultation référendaire permettra à Monsieur SASSOU NGUESSO de prolonger 32 ans de pouvoir tyrannique, de crimes et de violation massive des droits de l’Homme et des libertés individuelles.

Le peuple Congolais continue à s’opposer catégoriquement à ce référendum qui n’aura pour issue déjà programmée que le règne éternel de Monsieur SASSOU NGUESSO via sa descendance,  alors que d’autres pays Africains comme le Burkina Faso,  ont bénéficié de la France, d’un soutien et d’un accompagnement nécessaire dans leur quête de la démocratie et du respect de l’ordre constitutionnel.

Le peuple Congolais est intrigué qu’un traitement plutôt oppressif lui soit réservé, en totale contradiction avec les discours d’espérance et les engagements de la France, aujourd’hui convertie de toute évidence, par des appels du pied, au régime liberticide de Brazzaville.

En outre, ce soutien déclaré à Monsieur Denis SASSOU NGUESSO tranche aussi avec votre allocution solennelle et historique tenue, le 29 novembre 2014, à l’ouverture du Sommet de la Francophonie à Dakar.

Vous y avez, en effet, salué les transitions alors en cours en Tunisie et au Burkina Faso.
Ce discours fut entendu et accueilli dans le monde entier comme une mise en garde pour « les dirigeants tentés de se maintenir au pouvoir en violant l’ordre constitutionnel et les aspirations des peuples ».

Vous avez notamment insisté sur le fait que « Là où les règles constitutionnelles sont malmenées, là où l’alternance est empêchée, j’affirme ici que les citoyens de ces pays sauront toujours trouver un soutien dans l’espace Francophone ».

Par-dessus tout, un avertissement de votre part fut adressé à certains chefs d’Etat africains par prétérition, à l’adresse de Denis SASSOU NGUESSO, en ces termes :

« Le peuple Burkinabé a fait une belle démonstration. Ce qu’a fait le peuple burkinabè doit faire réfléchir ceux qui veulent se maintenir au pouvoir en violant l’ordre constitutionnel »

Il y a à peine trois mois, le 2 juillet 2015, dans un discours prononcé dans la capitale Béninoise, vous avez renouvelé avec détermination votre engagement à faire prospérer les alternances politiques, la démocratie et le respect des constitutions en Afrique :

« La stabilité des institutions, c’est la stabilité du pays. Le respect de la Constitution, c’est le respect des peuples. Quand ces règles-là ne sont plus respectées, ne sont plus partagées, il y a des conséquences qui peuvent atteindre à la paix civile ».

Alors pourquoi, Monsieur le Président, après tant de nobles et augustes engagements politiques, vous offrez au monde un si sordide et  si indigne « rétropédalage !

 Que penser d’autre, dans votre soutien à  un tel référendum truqué ? Comment votre propre peuple et l’opinion mondiale peut vous considérer,  vous faire confiance si vous  accréditez les velléités d’un dictateur qui se voit accorder ainsi un blanc-seing qui engage la France derrière vous,  pour se maintenir encore au pouvoir en violation des règles claires de la Constitution, qu’il a fait lui-même  rédiger?

N’êtes-vous pas en train d’engager votre pays dans les signes avant–coureurs parfaitement relevés dans les propos tenus par Monsieur Louis ALLIOT, le 22 octobre 2015 sur LCP Europe :

« Il faut arrêter de jouer avec l’Afrique. Il faut faire confiance à une jeunesse qui se lève en Afrique qui veut développer le continent. Parce qu’en desserrant évidemment l’économie en Afrique, elle évitera les taux migratoires : Par exemple, au Congo Brazzaville aujourd’hui, vous avez un Président, ça fait 32 ans qu’il est là. La Constitution lui interdit de faire un troisième mandat. Il est en train de modifier la Constitution avec la complicité du gouvernement français. Tout ça, il faut que ça s’arrête et très vite ».

Si la parole fais            ait l’homme, même en politique, vous regarderiez avec inquiétude toutes les réactions que votre déclaration a suscité.

Heureusement que vous n’avez avec le Congo,  que d’élémentaires  relations  d’intérêts économiques et miniers, sinon, vous vous trouveriez à la place des familles Congolaises… Comme elles, vous ne  dormiriez pas  tranquille, terré que vous seriez comme elles le sont dans leurs maisons à Pointe-Noire,  sous le bruit des armes de Monsieur SASSOU NGUESSO.

Si vous aviez la moindre empathie pour les Congolais, vous comprendriez l’incroyable misère dans laquelle vit la population surtout dans le Sud du pays, alors que toute la richesse que produit les mines Congolaises sert à corrompre les classes politiques dans le monde,  y compris en France, pour que Monsieur SASSOU NGUESSO se maintienne au pouvoir !

Si vous aviez simplement en mémoire les termes de votre discours du 6 mai 2012, vous feriez au moins une ingérence utile parmi celles que vous répétez dans vos Relations Internationales, en dénonçant explicitement Monsieur SASSOU NGUESSO avec nous, qui a pris en otage le peuple Congolais. Vous attaqueriez avec nous son clan par sa propre volonté, qui a notamment « néo patrimonialisé » toutes les richesses et les fonds qui devaient permettre de construire une société de partage et de prospérité.

Mais, vous n’êtes peut-être plus ce Monsieur HOLLANDE, qui  a prononcé à Bercy en 2012, ces mots empreints de gravité :" Nous sommes la France, pas n’importe quel pays du monde, la France, celle des libertés, des conquêtes, des valeurs, des principes, de l’humanisme ! Et c’est cette France-là qui est attendue partout dans le monde ! Mais je ne pense pas simplement à l’Europe, je veux aussi que le scrutin du 6 mai soit pour l’Afrique, l’Amérique latine, les continents qui regardent la France toujours avec espérance, admiration, même si parfois l’Histoire nous a mis les uns en face des autres. Nous sommes la France, pas n’importe quel pays du monde, la France, celle des libertés, des conquêtes, des valeurs, des principes, de l’humanisme ! Et c’est cette France-là qui est attendue partout dans le monde ! Je veux que le 6 mai soit une bonne nouvelle pour les démocrates et une terrible nouvelle pour les dictateurs".

En grande masse, les Congolais de France et les Français d’origine Africaine avaient voté pour vous, le 6 mai 2012, forts de ce discours si éloquent. Or, désormais, vos propos dénoncés par l’opinion publique Congolaise et l’opinion internationale,  contredisent décidément votre discours de 2012. Le peuple Congolais reçoit votre message de soutien au régime autocratique de Brazzaville comme une insulte à sa volonté d’aspirer à la démocratie, qu’il paye au prix du sang et de la perte massive de ses vies humaines.

Pourquoi donc avoir choisi de rendre « petite » et méconnaissable cette grande France ? Quels sont donc ces intérêts qui avilissent à présent la conscience  d’un homme politique comme vous ? N’était-il pas possible, quitte à vous entremettre dans une ingérence immanente d’une volonté démocratique,  de discuter et de traiter en tant que Chef d’Etat d’un pays héritier des Lumières, avec  le peuple Congolais qui veut se doter d’un pouvoir démocratique, porteur d’espérance ?

En tant qu’Avocats d’origine Congolaise exerçant en France, citoyens Français de surcroît, nous disons solennellement non et non à cette petite France des petites affaires, prise au piège par le corrupteur Denis SASSOU NGUESSO.

 La France, pour nous qui la regardions hier de nos pauvres contrées, est cette grande Nation qui nous a formés à défendre le Droit, qui ne saurait se permettre, sans se dévoyer, de commettre une telle faute historique. Elle est l’incarnation et le pays fondateur des Droits de l’Homme. Elle siège au panthéon des plus grandes démocraties du monde.

Cette image ne doit ni être ternie ni être souillée… Il est temps de confirmer ce rôle mondial en prenant ses distances vis-à-vis des velléités d’un dirigeant autocratique qui se veut éternel au pouvoir, en jouant sur le terrain d’une diplomatie flatteuse et mercantile mais toujours au détriment des droits humains et des valeurs de démocratie et des libertés. De pratiquer, d’un côté,  une politique à géométrie variable en condamnant Bachar El Assad en totale ingérence décomplexée, avec la même inconséquence qui a précédé la fragmentation de la Lybie sous votre prédécesseur ;  et de l’autre côté féliciter Denis SASSOU N’GUESSO.

Malheureusement, votre nouveau communiqué ne donne aucun élément concret et aucun moyen politique ou militaire qui permette d’en vérifier le sérieux. Par respect du parallélisme de pure  forme, il aurait été judicieux que Monsieur le Président de la République Française tienne une conférence de presse pour exprimer sa nouvelle position personnelle et officielle au nom de la France. 

D’où, par la voix des avocats Français d’origine Congolaise ; le peuple Congolais, réaffirmant la fierté et la richesse des liens historiques et forts qui unissent le Congo et la France, est interpelé sur la portée véritable qu’il convient de donner aux discours contradictoires de la France où se mêlent des grains d’espoir, des marques de trahison et des soupçons de manipulations politiques, économiques et commerciales.

Voilà pourquoi, nous, collectif d’Avocats Français d’origine Congolaise, inscrits dans les barreaux de France, défenseurs des libertés fondamentales et attachés aux principes universels de démocratie, réaffirmons la solidité des liens traditionnels, historiques et de profonde amitié entre les peuples Français et Congolais.

Nous sollicitons officiellement de la France qui est aussi notre pays, de prendre une position ferme sur la situation au Congo en :

-        Annonçant la suspension de sa coopération politique, économique, militaire et policière avec le régime de Brazzaville 

-        Reconnaissant que la tenue du référendum intervenant dans le seul but du maintien de Monsieur SASSOU N’GUESSO au pouvoir alors que la Constitution de son pays lui interdit un nouveau mandat, s’inscrit en faux avec les déclarations de la Francophonie au sommet de Sénégal 2014 en méconnaissance des règles démocratiques de valeur universelle 

-        Déclarant qu’au vu de la violation de ces principes à valeur universelle, la France espère que le Peuple Congolais empêchera un nouveau mandat de Denis SASSOU NGUESSO, et s’engage à soutenir l’alternance au Congo dans le respect scrupuleux des règles du jeu démocratique, comme elle le prône par ailleurs pour d’autres pays

-Dénonçant officiellement toute violence militaire ou policière perpétrée sur les populations qui manifestent en contestation de la tenue du référendum et d’un mandat contre SASSOU NGUESSO 

- Conseillant la levée de toutes mesures d’assignation à résidence de fait de tous les opposants qui sont mis dans une position où ils ne peuvent pas mener librement leurs activités politiques, voire se sont exilés en France pour sauver leur vie.

Monsieur le Président,  nous souhaitons vous rencontrer pour discuter des intérêts Français  au Congo qui ne peuvent être désolidarisés d’un soutien à l’alternance politique dans ce pays,  de façon concrète et précise, ce qui est la volonté de son peuple qui se détermine ainsi, mais qui se trouve actuellement bâillonné et transi de peur.

Veuillez, recevoir, Monsieur le Président, l’expression parfaite de notre très haute considération.

Fait à Paris, le 24 octobre 2015

 Le collectif des Avocats congolais inscrits dans les barreaux de France et représentés par Maître Dominique KOUNKOU, Docteur en droit, Avocat à la Cour

 

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