Lettres de Cuba 6

La Poderosa, vendredi 8 décembre 2017 (Lettre à mon ami Cromagnon)

6 décembre, tu es en verve Cromagnon...jour de double deuil national, enfin presque.
Un homme qui aimait les crayons nous quitte, un autre aussi, qui aimait les motos.
La vie quoi. Je n'ai pas d'idole et j'éteins la radio. Blues blues, la musique que j'aime.
25 motos qu'il a l'ami Smet... Devant notre montagne je pense à une autre moto d'un autre héros national d'un autre pays...
J’entends la Poderosa pétarader dans  "Carnets de voyage" de Walter Salles - 2004,  et je revois ce transbordador chilien qui nous a conduit de Punta Arenas à Puerto Montt à travers les canaux de Patagonie. Ambiance glacée des fjords patagoniens et belles lumières sur les glaciers quand les nuages se déchirent...ce qui est assez rare finalement.
C'est dans la salle à manger de ce demi-cargo chargé de vaches et de moutons destinés à l'abattoir, que nous avons rencontré ce film la première fois.
Aujourd'hui, depuis le nouveau dispositif de libération de l économie cubaine, avec son agence Poderosa Tours, un autre homme aime les motos, l'un des fils du Che, Ernesto March, organise des circuits "Découvrez les lieux mythiques du Che"en Harley Davidson.
Quelle mémoire !

On ne reconnait plus personne les cheveux dans le vent.
Moi qui ne suis jamais monté sur une moto, je me dis maintenant:

"Possible en moto
Tu peux le faire... Tu peux le faire
Oh ! oui tu peux le faire... C'est possible en moto
C'est Possible... en Moto.. en Moto.. Yeah !"

Johnny Hallyday Possible en moto - 1989


(Et je me dis aussi, alors, que tenir un crayon je peux le faire...oui, tu peux le faire...je peux...tu peux...Yeah !!)

Toi qui aimes les Vélosilex, Cromagnon, tu dois aussi t'intéresser aux Harley-Davidson et tu prêteras attention a ces tournées motos à 5000$ la semaine qui parcourent un circuit révolutionnaire.
Détail qui tue, sa moto à l'Ernesto père, c'était une Norton 500, oui une anglaise ! De quoi raviver les discussions de comptoir entre amateurs de motos américaines et britanniques…
Plus sérieux est le film.
Road movie rigolo en pétrolette dans l'Amérique du Sud qui mène le jeune Ernesto Che Guevara, médecin étudiant de Buenos aires et son ami Alberto Granado, à travers la Patagonie et les Andes jusqu'en Amazonie bolivienne.
Bon c'est pas un chef-d’œuvre mais assez goutant quand même.

Un voyage initiatique durant lequel il  trouvera sa vocation.
Plusieurs révolutions plus tard il reviendra en Bolivie où il rencontrera sa fin sans autre forme de procès, comme quoi, révolutionnaire c’est pas un métier.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.